Taxe carbone: Québec a tort de la contester, selon Greenpeace

La lutte contre les GES ne relève pas des compétences fédérales, plaide Québec.
Photo: Jason Franson La Presse canadienne La lutte contre les GES ne relève pas des compétences fédérales, plaide Québec.

Le Québec risque de se faire prendre à son propre jeu en s’alliant à la contestation de l’Ontario et de la Saskatchewan de la taxe fédérale sur le carbone, selon Greenpeace Canada, qui voit une contradiction entre cette démarche en Cour suprême et la défense de la bourse du carbone.

« Québec fait, selon moi, une erreur stratégique majeure qui risque de causer un tort énorme au prix sur le carbone au Canada », a affirmé le responsable de sa campagne climat-énergie, Patrick Bonin.

« Si les provinces gagnent, on sait très bien que celles qui sont climatosceptiques vont laisser tomber un prix sur le carbone, et Québec va se retrouver isolé, avec peut-être la Colombie-Britannique, à vouloir garder ce prix. » Greenpeace Canada n’a toutefois pas l’intention d’agir à titre d’intervenant devant le plus haut tribunal du pays.

Dans son mémoire déposé vendredi, le gouvernement québécois avance que la lutte contre les gaz à effet de serre (GES) ne relève pas des compétences fédérales étant donné que les activités qui en émettent « sont presque totalement des activités et des secteurs réglementés par les provinces : transport routier, production industrielle, production énergétique, construction et chauffage des bâtiments ».

Québec fait, selon moi, une erreur stratégique majeure qui risque de causer un tort énorme au prix sur le carbone au Canada

 

Le Québec est exempté de la taxe fédérale sur le carbone en raison de son marché du carbone, un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de GES auquel participe également la Californie.

Or, Le Devoir rapportait lundi que ce système pourrait devenir insuffisant avec la hausse annuelle de la taxe sur le carbone qui atteindra 50 $ la tonne en 2022.

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a invité le gouvernement Legault « à ne pas s’allier aux provinces climatosceptiques dans l’optique de payer moins, mais plutôt à rehausser son ambition comme l’exige l’ONU. »

« On comprend M. Legault : se faire donner des devoirs environnementaux et être jugé par un état pétrolier comme le Canada, c’est assez spécial, mais j’appelle à la prudence, a-t-elle fait valoir dans une déclaration écrite. Oui, il faut moderniser et améliorer le système qui est insuffisant, mais ça ne dispense pas le Québec de faire les efforts qu’exige la transition énergétique. »

Réaction du ministre Charette

Au cabinet du ministre de l’Environnement, Benoit Charette, on répète qu’il en va de l’autonomie des provinces et de la protection de « l’intégrité ainsi que la sécurité juridique et économique » de son marché du carbone.

« Cette intervention n’a pas pour objet d’appuyer l’une ou l’autre des parties au litige », a défendu l’attaché de presse de M. Charette, Louis-Julien Dufresne dans un courriel envoyé au Devoir.

« Nous ne nous opposons pas à la tarification du carbone comme moyen de lutter contre les GES, a-t-il ajouté. Nous avons toujours soutenu que la bourse du carbone est préférable à une taxe sur le carbone et nous maintenons cette position. »

La décision de la Cour suprême risque d’avoir une incidence sur le marché du carbone et, par conséquent, sur l’ensemble des politiques climatiques du gouvernement québécois, a-t-il également fait valoir.

Le porte-parole du Parti québécois en matière d’environnement, Sylvain Gaudreault, est d’accord avec la position du gouvernement Legault.

« C’est un peu embêtant parce qu’on se retrouve à être l’allié objectif de deux provinces qui veulent se retirer de la taxe sur le carbone, néanmoins, nous sommes persuadés que tous les pouvoirs en environnement devraient exclusivement relever du Québec », a indiqué celui qui se présente comme le candidat vert de la course péquiste.

À son avis, le Québec pourrait ensuite inciter des provinces à se joindre à son marché du carbone pour continuer la lutte contre les changements climatiques. Le Parti libéral du Québec n’a pas souhaité réagir.