La conciliation politique-famille plus facile aux Communes

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, était accompagné de ses enfants à son assermentation en octobre 2018. Avec d’autres députés de l’Assemblée nationale, il cherche comment faciliter la vie familiale des politiciens sans s’accorder un privilège dont les citoyens ne peuvent bénéficier.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, était accompagné de ses enfants à son assermentation en octobre 2018. Avec d’autres députés de l’Assemblée nationale, il cherche comment faciliter la vie familiale des politiciens sans s’accorder un privilège dont les citoyens ne peuvent bénéficier.

L’Assemblée nationale accuse un certain retard en matière de conciliation entre le travail et la famille si l’on compare cette situation avec les efforts qui ont été déployés par la Chambre des communes à Ottawa au cours des dernières années. Aménagement d’une salle familiale, programme ponctuel de garde d’enfants, choix de repas pour les enfants à la cafétéria et places de stationnement réservées pour les députées enceintes… La colline du Parlement a dû se moderniser avec l’arrivée de jeunes députés.

À Québec, plusieurs initiatives sont envisagées pour y remédier, poussées par le Cercle des jeunes parlementaires.

« La préoccupation existe depuis plusieurs années à l’Assemblée nationale ; évidemment elle est encore plus forte maintenant puisqu’on est beaucoup plus de femmes et aussi de jeunes pères », a remarqué en entrevue la députée caquiste Chantal Soucy, qui porte également les chapeaux de présidente du Cercle des femmes parlementaires et de deuxième vice-présidente de l’Assemblée nationale.

« On va voir avec la consultation, c’est quoi le besoin », a-t-elle ajouté.

Les solutions choisies dépendront des réponses des députés et de leurs employés à un questionnaire qui leur a été envoyé quelques semaines avant Noël.

Services offerts à Ottawa

L’ajout d’un service de garde pourrait être à nouveau étudié si les élus l’identifient comme priorité, selon la responsable des relations avec les médias de l’Assemblée nationale, Julie Champagne. À Ottawa, un tel service existe déjà depuis 1982 pour les enfants de 18 mois à 5 ans. Il s’agit d’une garderie privée où certains employés ont un accès prioritaire, comme ceux de la Chambre des communes, du Sénat, de la Bibliothèque du Parlement, du Service de protection parlementaire, du Commissariat aux conflits d’intérêts et à l’éthique de même que les membres de la Tribune de la presse parlementaire. Les députés ont également accès à un programme de garde d’enfants à court terme à leur résidence d’Ottawa ou à leur bureau au besoin.

Contre la loi

Un projet de Centre de la petite enfance à l’Assemblée nationale risque de se heurter au manque d’espace et à la législation québécoise, selon Mme Soucy. Le nombre de places doit être fixé pour obtenir un permis : or, il est difficile de prévoir combien d’élus en auraient besoin. Il serait tout aussi difficile de créer une halte-garderie lors d’un bâillon, par exemple, sans faire entorse à la loi.

« On ne pourrait pas, a-t-elle affirmé. En fait, c’est interdit parce que les haltes-garderies, c’est seulement dans des établissements de santé et de services sociaux, des établissements commerciaux. » Pourquoi, alors, ne pas faire une entorse au règlement ou tout simplement le changer ?

Cette suggestion suscite un certain malaise. « Ce ne sont pas tous les employeurs qui offrent à leurs employés d’avoir la possibilité d’avoir un service de garde sur les lieux de travail », a fait valoir le leader parlementaire péquiste, Martin Ouellet.

« L’idée, ce ne serait pas de modifier la loi seulement pour accommoder les députés parce qu’on viendrait se voter un privilège que les autres citoyens n’ont pas, a souligné à son tour le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe. L’idée, c’est de voir si on peut être plus flexible pour l’ensemble des citoyens québécois et ensuite, si l’Assemblée nationale décide d’avoir une halte-garderie, elle pourrait le faire. Ça fait partie des questions qu’on se pose. »

L’ajout d’une salle familiale pourrait, à court terme, régler bien des problèmes, selon lui. Le jeune père se rappelle avoir joué au frisbee avec les enfants d’un collègue pour les occuper.

L’Assemblée nationale pourrait prendre exemple sur celle qui a été récemment aménagée par la Chambre des communes et qui est équipée, entre autres, d’un lit de bébé, d’un petit réfrigérateur, d’un chauffe-biberon, d’unetable à langer avec une poubelle à couches, d’une chaise haute, d’un fauteuil inclinable, d’un poste de travail, d’un four à micro-ondes et d’un évier.