Projet de loi 40: le compromis du ministre Roberge ne suffit pas à rallier les enseignants

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, propose qu’un enseignant puisse modifier la note d’un élève qui ne fréquente pas son école.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, propose qu’un enseignant puisse modifier la note d’un élève qui ne fréquente pas son école.

Le ministre québécois de l’Éducation, Jean-François Roberge, va à l’encontre de la politique d’évaluation de son propre ministère en proposant qu’un enseignant puisse réviser la note d’un élève qui ne fréquente pas son école, croit la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

Dans un article publié mardi dans Le Journal de Québec, le ministre a testé l’idée d’amender son projet de loi sur l’organisation et la gouvernance scolaires (40) afin de permettre aux enseignants de faire appel à leurs collègues d’une autre école lorsqu’il est nécessaire de réviser les notes de leurs élèves.

« Ça reste à discuter. Il me semble que ce serait préférable que ce soit un enseignant d’une autre école, mais du même niveau, [qui puisse réviser une note] », a lancé Jean-François Roberge à son arrivée à l’Assemblée nationale, où se poursuit l’étude détaillée de son projet de loi.

Il tente de cette façon de calmer la grogne qu’a causée son projet de loi, dans lequel il prévoyait que le directeur d’une école, « après consultation de l’enseignant, [puisse] majorer le résultat d’un élève s’il existe des motifs raisonnables liés à son cheminement scolaire ».

Selon le ministre, le recours à des enseignants d’une autre école permettrait d’affirmer l’autonomie professionnelle à laquelle les enseignants tiennent tant.

« Le principe, c’est qu’il n’y a qu’un enseignant qui peut inscrire une note et que, dans des cas exceptionnels où il devrait y avoir une révision, elle ne pourrait être faite que par un enseignant. D’aucune façon un cadre d’une direction, d’une commission scolaire, ne pourrait venir modifier une note », a-t-il déclaré.

En contradiction avec le ministère

Or, cette révision par un pair d’une autre école entre en contradiction avec la Politique d’évaluation des apprentissages du ministère de l’Éducation, estime le président de la FAE, Sylvain Mallette.

« La Politique d’évaluation des apprentissages prévoit que la note d’un élève ne tient pas uniquement compte de l’activité ou de l’examen qui est noté, [mais bien de] l’ensemble du développement de l’élève », a-t-il déclaré en marge d’une manifestation organisée par sa fédération devant l’Assemblée nationale. « Alors, comment un autre prof, qui ne connaît pas l’élève, qui ne connaît pas ses difficultés, qui ne l’a pas accompagné, [peut-il] réévaluer le travail d’évaluation qui a été fait par un prof ? » a-t-il demandé.

La première orientation de la Politique d’évaluation des apprentissages, présentée en 2003 par le ministre Pierre Reid, inscrit l’évaluation des apprentissages en tant que « fonction pédagogique capitale » qui « s’ajoute à l’ensemble des moyens utilisés pour soutenir l’élève dans ses apprentissages ».

Selon Sylvain Mallette, le système de révision envisagé par le ministre est d’autant plus problématique qu’il rend un enseignant d’une autre école « redevable » envers les parents de l’élève dont la note a été révisée. « Je pense qu’il [le ministre] n’a pas pensé à ça », a-t-il dit.

La présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement ne partage pas entièrement la vision de la FAE. Pour Josée Scalabrini, l’important est que la révision de note soit faite par "l’expert" en cette matière, c’est-à-dire l’enseignant. "Si c’est exceptionnel, si c’est balisé, on est prêts à en parler", a-t-elle déclaré.

L’importance de l’autonomie professionnelle

La députée libérale Marwah Rizqy a elle aussi souligné l’importance de « l’autonomie professionnelle de l’enseignant », qui lui permet d’attribuer « SES notes, dans SA classe », a-t-elle indiqué.

« Je trouverais ça très mal venu qu’un enseignant d’une autre école donne une note à un élève qu’il n’a jamais vu, pour un examen qu’il n’a pas lui-même préparé. Et en plus, on ajoute une charge de travail à un enseignant. Comment on va faire tout ça ? » a-t-elle demandé.

Sa consoeur de Québec solidaire Christine Labrie s’est réjouie de voir le ministre reconnaître l’autonomie des enseignants en reculant sur son intention de permettre aux directeurs d’école de modifier les notes d’un élève. « C’est un enseignant qui doit évaluer l’élève. La meilleure personne pour le faire, c’est le titulaire. Mais dans des situations exceptionnelles où il doit y avoir un processus de révision de note, ça doit être fait par un enseignant », a-t-elle dit. Elle n’a pas voulu préciser si cet enseignant devait travailler dans l’école fréquentée par l’élève évalué, disant préférer attendre le dépôt des amendements par le ministre Roberge.

Le ministre ignorait l'existence des «journées sans élèves»

Le ministre de l’Éducation a reconnu avoir appris dans les écrans de La Presse l’existence des « journées sans élèves », ces moments « de concertation » entre enseignants qui peuvent garder les élèves hors de l’école pendant une dizaine de jours par année. « C’est quelque chose sur lequel je vais me pencher. Je veux creuser là-dessus », a-t-il déclaré. Ces journées, qui ne sont pas des congés « pédagogiques », sont ajoutées au calendrier de certaines écoles qui accumulent du temps d’enseignement à la fin des journées de classe. Dans quelques cas, des parents ont dû payer pour envoyer leurs enfants au service de garde en raison de la suspension des classes. Or c’est « inacceptable » : d’ajouter du temps de classe au détriment de la concentration des élèves, a réagi l’élue libérale Marwah Rizqy ; et de faire payer les parents pour ce genre de journées, a ajouté la députée solidaire Christine Labrie.