Député et parent: comment concilier l’inconciliable?

Quand son deuxième enfant naîtra, Geneviève Guilbault aura donné naissance à ses deux enfants en tant qu’élue, comme Pauline Marois.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Quand son deuxième enfant naîtra, Geneviève Guilbault aura donné naissance à ses deux enfants en tant qu’élue, comme Pauline Marois.

Pour la première fois en janvier, une vice-première ministre du Québec donnera naissance à un enfant durant son mandat. Geneviève Guilbault rejoindra ainsi Pauline Marois qui avait été la seule parlementaire à avoir eu deux enfants pendant qu’elle était en fonction. Une situation qui soulève la délicate question de la conciliation entre le travail des élus et leurs obligations familiales. L’Assemblée nationale a décidé d’y réfléchir.

« La première campagne que j’ai faite en 2012, j’avais demandé à mon chef, François Legault : « Moi, je veux faire la campagne, mais trouvez-moi un comté où c’est sûr que je vais perdre »», a raconté la députée de Saint-Hyacinthe, Chantal Soucy, en entrevue au Devoir.

Celle qui est également deuxième vice-présidente de l’Assemblée nationale était séparée et mère de trois enfants. À l’époque, son plus jeune était en sixième année. Il n’était donc pas question qu’elle l’abandonne trois jours par semaine pour aller siéger à Québec. Le chef caquiste lui avait donc offert l’ancienne circonscription de Bernard Landry, alors un château fort péquiste. Elle a perdu cette élection, mais elle était prête pour la suivante, en 2014, qu’elle a remportée avec 32,74 % du vote.

« Je savais c’était quoi la vie parlementaire et il n’était pas question de laisser mon fils, a-t-elle expliqué. En 2014, ça a changé parce qu’il était au secondaire dans un collège privé où il était pensionnaire du lundi au vendredi. »

L’horaire des élus à Québec pose de nombreux défis pour les jeunes parents. Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, père de deux jeunes enfants qui ont 2 et 6 ans, doit faire « des pirouettes quotidiennes » pour arriver à concilier sa vie de député et celle de papa.

« C’est difficile, mais c’est possible », a-t-il constaté en ajoutant que cette complexité se vit aussi dans « beaucoup d’autres métiers, professions ».

Je savais c’était quoi la vie parlementaire et il n’était pas question de laisser mon fils

En début de mandat, le jeune ministre avait soulevé la controverse en s’installant à Terrebonne où réside la famille de sa conjointe, à quelques centaines de kilomètres de sa circonscription en Outaouais. En période de travaux parlementaires, il s’arrête pour dormir chez lui dans la région de Montréal lorsqu’il est de retour de Québec le jeudi soir et se rend tôt le lendemain matin à son bureau de circonscription.

Le jour de l’entrevue, il avait quitté sa résidence à 4 h 15 pour pouvoir arriver en Outaouais à 6 h 30. « La clé du succès d’une conciliation famille travail en politique, c’est d’avoir une équipe solide et puis de se réserver des moments où on passe du temps en famille, a-t-il dit. Si on ne le met pas à l’agenda, c’est clair qu’on n’y arrivera pas. »

Il s’assure aussi d’être là dans les moments qui comptent. Il n’a pas hésité, par exemple, à s’absenter pour pouvoir accompagner son fils lors de sa première journée à la maternelle en septembre. « Il faut prendre le temps d’être là autant dans les moments du quotidien que dans les moments qui comptent vraiment et dont on va se rappeler longtemps parce qu’une rencontre, ça se déplace, mais une première journée d’école, ça ne se revit pas, a-t-il remarqué. Donc, si on ne veut pas avoir des regrets plus tard en se disant qu’on a raté des moments importants, il faut être capable de prioriser parfois la famille quand on peut s’appuyer sur notre équipe pour faire une partie du travail. »

La députée libérale Jennifer Maccarone s’est présentée en politique pour pouvoir améliorer le sort des enfants autistes comme les siens. Son garçon est adulte et sa fille presque, mais l’élue qui est monoparentale doit tout de même être présente à distance pour les aider dans leur quotidien. Tout est organisé, ses enfants ont un calendrier où est inscrite chaque chose à faire. « Pour les devoirs, on fait ça par Facetime chaque fois que j’ai une pause […], a-t-elle raconté. On prépare les repas par Facetime quand je suis à l’Assemblée nationale, alors mes collègues voient ça. » Elle a de l’aide d’une amie qui passe les mardis soirs avec eux. Les mercredis, ils sont avec leur père et les jeudis, ils attendent son retour en circonscription.

Pour les devoirs, on fait ça par Facetime chaque fois que j’ai une pause

 

Sondage

L’Assemblée nationale réfléchit à des façons de mieux concilier le travail et des parlementaires avec leurs obligations familiales. Elle leur a fait parvenir un questionnaire en novembre pour les sonder. Faudrait-il ajouter une garderie, voire une halte-garderie ? Offrir une meilleure prévisibilité des horaires ? Ou même un congé parental auquel les députés n’ont pas droit même s’ils cotisent au Régime québécois d’assurance parentale ? Transférer une partie du budget de voyage vers la circonscription aux conjoints et aux enfants ? Mieux répartir les semaines en circonscription et celles à l’Assemblée nationale ?

Pour la députée de Québec solidaire Émilise Lessard-Therrien, il est temps que cette institution se modernise. « Si on veut attirer d’autres jeunes parents à l’Assemblée nationale, il faut vraiment avoir de l’ouverture à faire plus de conciliation parce qu’il y a un souci de représentativité de la population aussi », a fait valoir celle qui est mère d’une petite fille de 2 ans. Cela pourrait commencer par des aménagements très simples comme le fait d’avoir des chaises hautes à la cafétéria, des tables à langer dans toutes les salles de bains et une salle familiale.

D’autant plus que l’exemple de Geneviève Guilbault, qui aura donné naissance à ses deux enfants en tant qu’élue, risque de se répéter. « Je pense qu’il y aura d’autres situations comme ça, alors il faut se poser la question sur la façon dont on peut faciliter cette conciliation travail famille », a noté le député péquiste Martin Ouellet.

Le ministre Simon Jolin-Barrette, lui-même un jeune père, est ouvert à cette idée dans le cadre son projet de réforme parlementaire. « La conciliation travail famille est un enjeu important. Il faut moderniser la façon dont nous faisons les choses à l’Assemblée nationale. Nous y travaillons », a-t-il fait savoir par l’entremise de son attachée de presse.


 
1 commentaire
  • Bernard LEIFFET - Abonné 14 janvier 2020 08 h 08

    Même problème, même solution!

    Doit-on discriminer encore? Tous ceux et celles qui travaillent ont les mêmes problèmes, sans oublier que ces derniers sont plus prononcés pour certaines régions, etc. Bref, il n'y a pas le feu dans la maison!