Benoît Charette prend la relève de Sylvie D’Amours au ministère des Affaires autochtones

Syvlie D’Amours devrait être de retour à son poste le 27 janvier.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Syvlie D’Amours devrait être de retour à son poste le 27 janvier.

Sylvie D’Amours a discrètement — et temporairement — quitté ses fonctions de ministre responsable des Affaires autochtones, a appris Le Devoir

En vertu d’un décret gouvernemental, Sylvie D’Amours est officiellement « en vacances » et remplacée par le ministre de l’Environnement Benoit Charette, a confirmé vendredi le bureau de la ministre, au terme de deux journées de commentaires imprécis au sujet de son absence. 

Vendredi, aucun des chefs ou porte-parole d’organisations autochtones contactés par Le Devoir n’était au courant du remplacement de Sylvie D’Amours. La nouvelle a été accueillie avec incrédulité et surprise par les Autochtones avec qui Le Devoir a échangé. 

Au cabinet du premier ministre, l’attachée de presse, Nadia Talbot, disait jeudi ne pas avoir été mise au courant de l’absence de la ministre. « Mme D’Amours est seulement à l’extérieur pour les prochains jours, tout simplement », a-t-elle assuré. 

Le lendemain, l’attachée de presse de Sylvie D’Amours a plutôt confirmé que la ministre était relevée dans ses fonctions pendant quelques semaines pour des « raisons personnelles », sans donner davantage de détails. 

Elle a ensuite évoqué un décret gouvernemental qui prévoit le remplacement de la ministre par son collègue à l’Environnement, Benoit Charrette. « Le décret sera disponible la semaine prochaine », a-t-elle assuré. 

Sylvie D’Amours doit être de retour en poste pour le 27 janvier, date prévue d’une seconde rencontre avec les chefs et les grands chefs autochtones du Québec au sujet du rapport Viens — qui a en outre conclu que les Autochtones du Québec subissent diverses formes de discrimination systémique.

 Surprise chez les Autochtones

Le Devoir a communiqué avec une dizaine de chefs et de représentants d’organisations autochtones vendredi. Aucun d’eux n’avait été mis au courant de l’absence temporaire de la ministre. 

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard, a déclaré qu’on ne lui avait pas transmis d’informations à ce sujet. Le grand chef du Conseil de la nation atikamekw, Constant Awashish, ne le savait pas non plus. « Je viens de vérifier dans les courriels ou messages et je n’ai pas été avisé de quoi que ce soit. Je n’ai jamais eu d’indication dans ce sens également », a-t-il dit au Devoir

« Je ne suis pas au courant », a également attesté le chef de Kanesatake, Serge Otsi Simon. « Quand on fait des changements comme ça, c’est pour des raisons de santé, ou il y a peut-être des raisons politiques derrière ça », a-t-il tenté. 

« J’apprends la nouvelle concernant la ministre à l’instant. Nous n’avons aucun avis en ce sens », a déclaré la directrice générale du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or, Édith Cloutier. « Je n’ai pas été avisée, aucunement, je viens de l’apprendre par vous », a réagi Viviane Michel, de Femmes autochtones du Québec. 

Le chef de Wendake, Konrad Sioui, n’a pas été informé de la nouvelle. Pas plus que la cheffe de Lac-Simon, Adrienne Jérôme, et que le grand chef d’Eastmain, Kenneth Cheezo, ou encore Vanessa Adams, qui est l’attachée de presse du ministre fédéral des Services aux Autochtones. « Habituellement, on nous informe de ce genre de choses, mais nous sommes encore en vacances », a souligné le chef Cheezo. Le critique libéral en matière d’affaires autochtones, David Birnbaum, n’avait pas été avisé non plus.

 Une fin d’année difficile

Le remplaçant de Sylvie D’Amours aura vraisemblablement à naviguer en eaux troubles en ce début d’année. 

Fin 2019, Sylvie D’Amours a été durement critiquée après avoir déclaré qu’elle n’attendrait pas la rencontre du 27 janvier avec les leaders autochtones pour commencer à travailler sur les recommandations du rapport Viens. « C’est comme un poignard dans le dos », a notamment déclaré Adrienne Jérôme à Radio-Canada, en déplorant le manque de « collaboration » de la ministre. « Les commentaires qu’elle a faits […] ça avait vraiment élevé la colère chez les chefs », a rappelé Serge Otsi Simon vendredi. 

Le gouvernement Legault essuie aussi les critiques depuis qu’il a annoncé, le 19 décembre, qu’il conteste devant la Cour d’appel la constitutionnalité d’une loi fédérale (C-92) qui affirme les droits et la compétence des Premiers Peuples en matière de services à l’enfance et à la famille. Le geste de Québec a entre autres été qualifié de « recul qui fera encore plus de tort aux enfants et aux familles des Premières Nations » par l’Assemblée des Premières Nations et de « honte » par l’APNQL. 

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