Les petits Québécois demandent aux élus d’être plus proactifs en environnement

L’agente de recherche de l’Assemblée nationale Magali Paquin vide une boîte aux lettres, remplie des messages laissés par les enfants, exercice auquel elle se prête une fois par mois.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne L’agente de recherche de l’Assemblée nationale Magali Paquin vide une boîte aux lettres, remplie des messages laissés par les enfants, exercice auquel elle se prête une fois par mois.

Et si les enfants pouvaient s’adresser directement aux élus ? Que leur diraient-ils ?

Ils leur demanderaient de baisser le prix des sushis, de bannir les sacs en plastique et d’écouter les petits, qui ne sont pas des fantômes.

Vendredi matin, foyer de l’Assemblée nationale. Aux pieds du majestueux escalier se trouve une petite salle qui accueille depuis juin les enfants en visite. Personne n’est encore arrivé.

La salle est blanche, tapissée d’affiches qui rappellent les moments forts du passé. Un vieux bulletin de vote, Maurice Duplessis en 1956, René Lévesque…

Près d’une minuscule table, munie de deux bancs, où les enfants peuvent lire et dessiner, une petite télévision fait jouer en boucle des images entre autres d’une manifestation.

L’élément sans doute le plus ludique : un faux lutrin avec micros, un décor parfait pour les politiciens en herbe, le temps d’un égoportrait avec la bannière #jemengage.

Et il y a la boîte aux lettres. « Ici, c’est une étincelle de dire : “Voilà, c’est possible, tu peux le faire, prends tes crayons, mets-le dans la boîte aux lettres et ça va être acheminé”. »

Magali Paquin est en train de vider cette boîte aux lettres, remplie des précieux messages laissés par les enfants, exercice auquel elle se prête une fois par mois.

L’agente de recherche de l’Assemblée nationale — et doctorante en sociologie — les dépouille un à un, puis les livrera plus tard aux députés concernés. « On ne fait pas de censure, on envoie tout », explique-t-elle.

Par exemple, ce message, anonyme, d’un tout-petit qui désire que le gouvernement fasse « déssandre le prix des sushi, de la poutine et des poisson »*.

Ou cet autre, également anonyme, qui demande à ce que l’on bannisse les télévisions « parce que ça fait mal aux yeux ».

Mais rapidement, une tendance nette se dégage : les enfants veulent surtout parler d’environnement. « Je veut qu’on réduise la polution pour un avenir meilleur », écrit, par exemple, Maxym.

« Je vous fais confiance pour nous donner une terre encore habitable et jean suis très reconaisan », poursuit Olivier.

L’environnement : grande source de préoccupation

Josslyn n’écrit rien, mais dessine une belle planète bleue et verte, sur laquelle se tiennent trois personnes, entourées de coeurs.

« Cher assemblée, je voudrais que se ne sois pas les gens qui travaille pour la ville qui ramasse les dechèt des autres », s’indigne quant à lui Jean-Christophe, 8 ans.

« Je m’apelle Norah, j’ai 9 ans, maman veut que l’on soit plus écolo, on fait du compost et on cosomme moins de plastique. Il faudrait que tout le monde soit comme sa ».

« Help the earth ! » s’exclame Vale. « Je voudrais que vous enlevez les sacs de plastique dans les épiceries », renchérit un autre. « Plus de pétrole, passons à l’électricité verte ! » « Sauvez les arbres, ils vous sauveraient, eux ! »

Ce genre de messages, l’Assemblée nationale en reçoit à la tonne. À l’heure où les dirigeants du monde entier sont critiqués pour leur inaction — entre autres par la jeune égérie Greta Thunberg — Magali Paquin ne s’en étonne pas.

« Les jeunes actuellement sont énormément sensibilisés à la question environnementale, ils en entendent parler à tous les jours, à l’école, ils ont des activités, ça ne m’étonne pas, en fait, que ce soit un sujet récurrent », dit-elle.

« Ils sont préoccupés parce que ça les touche directement, par rapport à leur propre avenir, et on le voit dès le plus jeune âge. Là, on a des dessins d’enfants de 6-7 ans, qui vont déjà, dans leurs premiers mots, leurs premières lettres, parler de l’environnement. »

Elle souligne les nombreux appels à l’action des jeunes, dont plusieurs ont été touchés par les inondations. « Ils vont aussi en parler en disant : » Je ne veux plus d’inondations «. Il y a une sensibilisation directe qui se fait sur ce sujet-là. »

On doit saluer cette jeunesse qui a « déjà une graine d’engagement », se réjouit, Mme Paquin.

Vouloir être entendus

Le ton des messages est parfois grave. Jean, une fillette qui s’exprime en anglais, écrit : « Je veux que les enfants soient entendus. Je ne veux pas être un fantôme.

« Les gens me disent qu’il y a des choses que seuls les adultes peuvent faire. Mais les enfants peuvent faire une différence dans le monde. Malala est une enfant et elle a changé le monde. Je le peux aussi. »

Alexane poursuit en disant : « J’aimerais pas avoir la guerre », tandis qu’un autre milite en faveur du droit de vote « à partir de 13 ans ».

Autre message, celui-ci d’Alexis, qui s’accompagne de schémas : « Pauvreté zéro », « Homme Femme », « Libérée les femmes », « On s’entraide », « Non aux coupures ».

Mais aussi, cette note d’Elise, qui se fait encourageante : « Continuer votre excellent travail ! »

Le pouvoir de la pétition

Environ 27 000 jeunes visitent l’Assemblée nationale chaque année. La grande majorité sont Québécois.

Pour les adolescents, il y a aussi la « Salle jeunesse », située dans la partie nouvellement rénovée du parlement, où un mur troué comme un fromage suisse sert depuis peu de réceptacle pour leurs messages.

C’est là notamment qu’ils apprendront qu’ils peuvent amasser des signatures, soumettre une pétition et la faire parrainer par un député, même à leur âge.

« Ce n’est pas parce que vous n’avez pas 18 ans que vous ne pouvez pas vous insérer dans le processus démocratique et que vous n’avez pas votre place au parlement », soutient Krystal Mclaughlin, conseillère aux programmes éducatifs.

Par exemple, Yasmine et Nicolas veulent « limiter le suremballage, investir massivement dans le transport en commun, réglementer de façon stricte les multinationales, conserver les milieux sauvages, offrir des services de compostage PARTOUT ».

« Ils veulent qu’on leur donne la parole, et ils vont la prendre si on leur donne la place et on leur fait confiance, ajoute Mme Mclaughlin. C’est beau de les voir aller dans nos activités. Ils sont animés par le fait d’améliorer leur société, surtout au primaire. Pour eux, ça va de soi. »

* Les fautes d’orthographe ont été conservées par souci d’authenticité.