D'après un sondage, le Québec aime Legault

Le premier ministre François Legault domine largement ce coup de sonde qui peut être vu à la fois comme un concours de popularité et une mesure de l’appréciation du travail fait.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre François Legault domine largement ce coup de sonde qui peut être vu à la fois comme un concours de popularité et une mesure de l’appréciation du travail fait.

Qu’on le lise à l’endroit ou à l’envers, le baromètre des personnalités politiques de la fin 2019 pose un constat sans équivoque : les Québécois aiment — vraiment — François Legault, selon ce sondage mené par Léger pour Le Devoir.

Le premier ministre domine ainsi largement ce coup de sonde qui peut être vu à la fois comme un concours de popularité et une mesure de l’appréciation du travail fait. Avec 63 % d’opinions positives, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) est dans une classe à part en cette fin d’année.

Pour une lecture précise de la popularité d’un politicien, il faut toutefois ajouter une composante à l’équation : celle des opinions négatives (Léger a demandé aux répondants s’ils avaient « plutôt une bonne opinion ou plutôt une mauvaise opinion » de chacun des 65 politiciens listés). En établissant la différence entre les bonnes et les mauvaises opinions, on obtient ainsi la réelle cote d’amour dont dispose un élu.

63%
C’est la proportion de Québécois qui ont «plutôt une bonne opinion» de François Legault.

Encore là, François Legault s’illustre avec un différentiel de +37 (un quart des répondants ont une opinion plutôt négative du premier ministre). Seule la ministre des Aînés et ancienne animatrice télé, Marguerite Blais, le dépasse avec +38.

 

Les deux sont des habitués des premiers rangs de ce type de palmarès. Depuis son retour en politique pour fonder la Coalition avenir Québec, M. Legault a toujours figuré en haut de liste. Sauf qu’il était jusqu’à l’an dernier dans l’opposition ; qu’il conserve une si forte cote d’appréciation comme premier ministre est autrement impressionnant, estime Christian Bourque, vice-président chez Léger.

« Normalement, les premiers ministres ont un solde négatif, relève-t-il. Mais François Legault échappe à ça : ça témoigne certainement de quelque chose de spécial à son égard. » En comparaison, Justin Trudeau obtient dans le même sondage 43 % d’opinions favorables et 51 % de défavorables, pour une appréciation globale de -7 points.

Autres constats de ce baromètre :

Des aimés.

 

Derrière M. Legault et Mme Blais, c’est le maire de Québec Régis Labeaume (+35 points), la députée péquiste Véronique Hivon (+33) et le chef bloquiste Yves-François Blanchet (+30) qui obtiennent le meilleur différentiel d’appréciation. Le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, la ministre caquiste Sonia Lebel et le président de l’Assemblée nationale, François Paradis (qui a connu une session difficile, son autorité étant remise en cause) suivent de près, quelques points devant le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé.

Au seul chapitre des « bonnes opinions », Régis Labeaume (55 %), la mairesse de Montréal Valérie Plante (50 %) et Jagmeet Singh (50 %) obtiennent les plus hauts scores après François Legault. Suivent ensuite Mme Blais (49 %), la co-porte-parole solidaire Manon Massé (46 %), François Paradis (43 %) et Justin Trudeau.

 

Des mal-aimés.

 

L’ancien chef conservateur Andrew Scheer (qui vient de démissionner) et le député libéral Gaétan Barrette sont pour leur part imbattables à l’autre bout du spectre — au sommet de la liste de ceux qui récoltent le plus d’avis défavorables (64 % et 63 %).

Même en additionnant les opinions positives qu’ils reçoivent, leur solde d’appréciation est largement négatif, à -47 et -48 points. La députée solidaire Catherine Dorion (38 % d’avis défavorables, solde de -14 points), souvent impliquée dans des controverses, complète le trio de tête de cette catégorie des politiciens les plus polarisants.

 

Anglade et Cusson méconnus.

 

Il n’y a que deux candidats déclarés dans la course à la chefferie du Parti libéral du Québec… et les deux ont du travail à faire côté notoriété. La moitié (49 %) des répondants du sondage ne connaissent pas Dominique Anglade, qui a été ministre dans le gouvernement Couillard. C’est beaucoup, mais ça demeure mieux qu’Alexandre Cusson, inconnu pour… 83 % des gens.

Le maire de Drummondville obtient 10 % d’avis favorables, contre 7 % de mauvaises opinions. La perception de Mme Anglade est aussi mitigée : 27 % de bonnes opinions, et 24 % de mauvaises. N’empêche qu’à part le chef intérimaire du parti, Pierre Arcand, c’est la libérale la mieux classée au chapitre des bonnes opinions.

Qui ?

C’est une constance de ce type de sondage : la population connaît peu ses politiciens. Sur 65 politiciens nommés dans le coup de sonde, à peine un tiers étaient connus de plus de la moitié des répondants.

Simon Jolin-Barrette, ministre qui a dirigé les deux plus gros dossiers du gouvernement Legault (immigration et laïcité) ? Inconnu de 48 % des répondants. Steven Guilbeault, candidat vedette du Parti libéral du Canada et écologiste le plus connu au Québec ? Inconnu de 58 % des répondants. Geneviève Guilbault, vice-première ministre du Québec et ministre de la Sécurité publique ? Inconnue de 63 % des répondants (et c’est pire pour le reste du cabinet Legault).

« On fait toujours le constat que les gens, pour la plupart, ne savent pas qui sont les politiciens en poste, note Christian Bourque. Il y a une leçon d’humilité dans ces bulletins-là. »

Des leçons.

 

Si François Legault et ceux qui performent bien dans ce baromètre pourront s’en réjouir, il reste que ce genre de sondage ne présage de rien pour le futur. En juin 2015, par exemple, Le Devoir identifiait deux grands gagnants : Denis Coderre et Thomas Mulcair, qui avaient chacun plus de 60 % d’opinions positives et très peu d’opinions négatives.

Or, on s’en souviendra, la performance de M. Mulcair aux élections de l’automne suivant a incité les membres du Nouveau parti démocratique à lui montrer la porte. Quant à M. Coderre, il a été battu sans appel par Valérie Plante aux élections municipales de 2017.

Le sondage a été mené en ligne entre les 13 et 16 décembre 2019, auprès de 1010 Québécois. Un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur de 3,1 % dans 19 cas sur 20.

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