Québec n’aidera pas les retraités de Groupe Capitales Médias

Les retraités de Groupe Capitales Médias ont manifesté devant le siège social de Power Corporation, la semaine dernière, à Montréal.
Photo: Charles-Frédérick Ouellet Le Devoir Les retraités de Groupe Capitales Médias ont manifesté devant le siège social de Power Corporation, la semaine dernière, à Montréal.

Le gouvernement québécois ne viendra pas en aide aux retraités de Groupe Capitales Médias (GCM), qui risquent de perdre le tiers de leurs rentes dans la faillite de l’entreprise de presse, a statué le premier ministre François Legault mercredi.

Les retraités qui ont vu leurs prestations réduites après des difficultés financières de leur ex-employeur seraient trop nombreux et les compensations seraient trop onéreuses pour l’État, a-t-il fait valoir.

« Écoutez, il y a beaucoup de cas, puis on ne veut pas s’ingérer dans des cas rétroactifs d’entreprises privées. Est-ce qu’on peut faire quelque chose pour l’avenir ? C’est quelque chose qu’on pourrait regarder » a-t-il répondu.

Le chef du gouvernement a ainsi fermé la porte qu’il avait lui-même ouverte, la semaine dernière, en marge de sa mission économique en Californie.

En entrevue au Devoir, il s’était dit « peut-être ouvert » à instaurer au Québec un mécanisme qui puisse garantir le paiement de certaines prestations à des retraités dont l’ex-employeur a fait faillite.

À aucun moment durant son entretien avec Le Devoir il n’a dit que le sort des retraités de Groupe Capitales Médias (GCM) était scellé.

« J’avais été clair en Californie. J’avais dit : on pourrait évaluer la possibilité dans l’avenir de voir si on peut sécuriser les fonds de pension dans les entreprises privées, mais on ne pourra pas agir dans ce cas-là, dans le cas de Groupe Capitales Médias », a-t-il toutefois prétendu mercredi.

La faute aux libéraux

Les retraités de GCM ont interpellé Québec afin qu’il légifère en s’inspirant de l’Ontario. Là-bas, le Fonds de garantie des prestations de retraite protège les employés ayant cotisé à un régime de retraite à prestations déterminées en leur garantissant des versements mensuels pouvant atteindre 1500 $ par mois en cas de faillite de leur employeur.

« On peut être ouverts à regarder ça », avait répondu François Legault lorsque Le Devoir lui avait soumis la suggestion des retraités de GCM. « Mais il reste que ce serait encore un peu s’ingérer dans une entreprise privée. […] Je ne suis pas fermé à l’idée de le regarder pour l’ensemble des entreprises », avait-il notamment ajouté.

Les 950 retraités de GCM, qui avaient des régimes à prestations déterminées, ont appris que la faillite de l’entreprise — ou sa reprise par des coopératives — leur fera perdre le tiers de leur rente. Les six journaux pour lesquels ils ont travaillé étaient autrefois la propriété de Power Corporation. Certains retraités doivent retourner sur le marché du travail, payés au salaire minimum, pour joindre les deux bouts.

« Je trouve ça extrêmement triste, cette situation-là, a dit François Legault. Je sais aussi qu’il y a beaucoup de Québécois qui n’en ont pas, de fonds de pension, donc il faut voir les régimes de retraite, comment assurer un filet de sécurité. »

Il a évoqué la possibilité de « trouver des moyens de s’assurer qu’à l’avenir, les placements qui sont faits dans les fonds de pension soient mieux gérés » et a rejeté la faute sur les libéraux, qui étaient au pouvoir lorsque Power Corporation a cédé ses journaux régionaux à GCM, sans assurer la pérennité du fonds de pension des retraités.

Au palais de justice

Au même moment, au palais de justice de Québec, un débat opposant les retraités de GCM aux syndicats qui les ont autrefois représentés a monopolisé une audience qui devait servir à homologuer la relance des journaux de GCM par des coopératives.

Les retraités ont fait valoir leur opposition aux quittances que contient le plan d’arrangement voté par les créanciers de GCM lundi.

Ces quittances placent notamment l’ex-propriétaire de GCM, Martin Cauchon, à l’abri de poursuites. Elles protègent aussi les syndicats, contre qui les retraités se sont déjà retournés en envoyant une centaine de plaintes individuelles pour défaut de représentation.

Résultat de la longue journée devant la Cour supérieure : le plan de relance des journaux de GCM n’a pu être homologué avant que n’expire l’assurance responsabilité pour ses dirigeants et administrateurs, qui les protégeait jusqu’à mercredi contre les poursuites.