Pénurie de places en garderie: le mouvement de contestation se poursuit

Le ministre de la Famille a annoncé son intention de convertir certaines garderies non subventionnées en établissements subventionnés.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le ministre de la Famille a annoncé son intention de convertir certaines garderies non subventionnées en établissements subventionnés.

Le mouvement de contestation contre le manque de places abordables et l’iniquité dans les services de garde continue. Le regroupement qui la mène veut faire valoir que l’accès coûteux aux places dans le réseau non subventionné exacerbe la pénurie de main d’oeuvre parce que des parents — surtout des mères — sont forcés de retarder leur retour au travail.

Le Regroupement de parents utilisateurs de garderies non subventionnées devrait bientôt demander une rencontre avec les ministres de la Famille et des Finances du Québec, Mathieu Lacombe et Eric Girard, notamment pour avancer cet argument. « On a des solutions à leur proposer », a dit mardi Brigitte Cardinal, l’instigatrice du mouvement, en entrevue au Devoir.

La mère de trois enfants voit des liens clairs entre ses revendications et la pénurie de main-d’oeuvre qui frappe actuellement le Québec. Elle suggère que des sommes prévues pour pallier à la rareté de la main-d’oeuvre pourrait être consacrées à assurer un meilleur accès à des services de garde abordables.

La biologiste Anaïs Renaud fait partie de celles dont le retour au travail a été perturbé. « Mon congé de maternité s’est terminé en septembre, mais je n’ai pas pu retourner au travail parce que je n’ai pas trouvé de place pour ma fille », explique-t-elle. Son fils de trois ans fréquente une garderie non subventionnée coûtant déjà cher, ce qui complexifie la situation financière de sa famille.

Le Regroupement de parents utilisateurs de garderies non subventionnées demande au gouvernement de François Legault de rembourser les frais excédentaires à un tarif quotidien de 8,25 $ aux parents qui sont contraints, faute de places disponibles, d’envoyer leur enfant dans un service de garde non subventionné. C’est ce même un tarif unique de 8,25 $ qui prévaudra bientôt dans les CPE et garderies subventionnées.

Le ministre de la Famille a annoncé son intention de convertir certaines garderies non subventionnées en établissements subventionnés. Il n’a toutefois pas prévu d’échéancier précis — outre que la conversion débuterait dès 2020 — et n’a pas spécifié le nombre de places visé.

Pour Anaïs Renaud, le temps presse. Cet automne, cette résidente de Magog a été contrainte à travailler seulement un ou deux jours par semaine dans l’organisme de bassin versant qui l’emploie.

Elle raconte vivre de l’anxiété. « Tous les mois, mon employeur me demande quand je serai disponible pour travailler à temps plein, dit-elle. L’hiver n’est pas la saison la plus occupée pour nous, donc on arrive à s’arranger pour l’instant. Toutefois, je ne vois aucune solution se dessiner pour le mois de mai, quand commence notre grosse saison. »

Sa fille, aujourd’hui âgée de 14 mois, est inscrite depuis sa naissance sur La Place 0-5, le guichet d’accès aux places en service de garde subventionné dans la province. Mme Renaud vérifie aussi trois fois par jour auprès d’un bureau coordonnateur de la garde en milieu familial pour s’enquérir de l’ouverture de places dans sa région.

« Comment est-ce que je vais faire, est-ce que je vais perdre mon emploi ? », se demande-t-elle. Entre temps, elle et son conjoint s’endettent.

Brigitte Cardinal indique avoir entendu de nombreuses histoires comme celles-là depuis qu’elle a lancé le regroupement, le 1er décembre.

Mardi, La Presse révélait que Pamela Marcotte-Michaud, une mère de Trois-Rivières, avait déposé une plainte contre le gouvernement du Québec auprès de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ). Elle lui reproche de laisser en place un système discriminatoire, où le manque de places subventionnées pousse les parents à recourir au privé, à repousser leur retour au travail ou à changer leurs plans familiaux.

Si la plainte est jugée recevable par la CDPDJ, le regroupement de Mme Cardinal évaluera s’il est possible de la rallier officiellement. Ainsi, la plainte ne serait pas seulement au nom de Mme Marcotte-Michaud, mais bien de tous les parents concernés.

Ces derniers jours, le regroupement a ébauché une pétition, parrainée par la députée libérale de Westmount–Saint-Louis, Jennifer Maccarone, pour demander un tarif journalier à 8,25 $ pour tous les services de garde.

« C’est sûr qu’on aimerait se rendre à 40 000 ou 50 000 signatures, dit Mme Cardinal. Évidemment, plus il y a de gens, plus on aura une voix forte à l’Assemblée nationale. » Mardi après-midi, ce nombre s’élevait à plus de 7800.