La CSN accusée de prendre les employés «en otage»

<p>Les retraités du «Soleil» dénoncent le travail de la centrale syndicale, qui, selon eux, ne les a pas suffisamment appuyés dans leurs démarches pour éviter la terminaison de leurs régimes de retraite.</p>
 
Photo: Olivier Zuida Archives Le Devoir

Les retraités du «Soleil» dénoncent le travail de la centrale syndicale, qui, selon eux, ne les a pas suffisamment appuyés dans leurs démarches pour éviter la terminaison de leurs régimes de retraite.

 

L’Association des employés retraités du Soleil reproche à la CSN de prendre les employés des journaux du Groupe Capitales Médias « en otage » pour forcer les retraités de ces mêmes médias à renoncer à leurs droits de poursuite.

Dans une lettre virulente envoyée au président de la CSN mardi, les retraités dénoncent le travail de la centrale syndicale, qui, selon eux, ne les a pas suffisamment appuyés dans leurs démarches pour éviter la terminaison de leurs régimes de retraite. La faillite de GCM risque d’amputer de 30 % les rentes de 950 employés retraités de GCM.

Or « un ou des représentants syndicaux laissent entendre que le refus des associations de retraités d’accepter la coupure de 30 % des rentes fera tomber les coopératives [qui doivent relancer les journaux en faillite] », écrivent Robert Fleury et Pierre Pelchat, respectivement président et porte-parole de l’Association des employés retraités du Soleil.

« En soi, c’est tout à fait illogique. C’est comme si la CSN prenait en otages les employés des journaux pour forcer les retraités à renoncer à leur droit de poursuites. Un tel chantage est indécent, voire honteux de la part de la CSN. »

« Depuis la faillite de GCM, nous avons collaboré avec plusieurs intervenants, notamment avec les associations de retraités, pour tenter de sauver les régimes de retraite », s’est défendue la centrale syndicale. « Aucun repreneur potentiel ne pouvait assurer la survie de l’entreprise et de ses régimes de retraite. La décision difficile de les fermer, prise par la Coopérative nationale de l’information indépendante dans sa proposition déposée auprès du syndic de faillite et soumise aux syndicats comme condition de survie de l’entreprise, visait à assurer la relance des six quotidiens », a fait valoir la CSN.

La CSN absente de la manifestation

MM. Fleury et Pelchat reprochent à la CSN et à la Fédération nationale des communications (FNC) de ne pas avoir participé à la manifestation de 200 employés retraités de GCM devant les bureaux montréalais de Power Corporation, le 11 décembre. La FNC a en revanche assumé les frais de location d’autocars pour transporter les manifestants vers Montréal.

« Dans le même ordre d’idées, nous n’arrivons pas à saisir ce qui a poussé la [CSN] à ne pas nous fournir les services d’experts et d’avocats depuis que le Groupe Capitales Médias a été placé sous la loi sur la faillite et l’insolvabilité, puis sous la loi sur les arrangements des créanciers des compagnies », poursuivent MM. Fleury et Pelchat.

Les deux retraités disent aussi avoir sollicité la CSN afin qu’elle envoie deux observateurs aux négociations entre les syndicats et le syndic ou les coopératives. « Cela nous a été refusé. Incidemment, ces supposées négociations n’ont rien donné aux retraités », notent-ils.

Ils s’étonnent par ailleurs du fait que la CSN ne les ait pas avisés des impacts sur les régimes de retraite à prestations déterminées que pouvait avoir, en 2015, la vente des journaux de Gesca à Martin Cauchon et à la nouvelle entité qu’était GCM.

« Si on savait à ce moment qu’il y avait des évidences que M. Cauchon ne pourrait assumer le paiement du déficit en cas de faillite ou de fermeture, pourquoi ne pas l’avoir dit publiquement à ce moment et surtout pourquoi ne pas avoir informé les membres des syndicats ? », demandent-ils.

La CSN a de son côté assuré avoir « exprimé à de nombreuses reprises sa grande préoccupation à l’égard des régimes de retraite » lors de la vente des journaux Gesca au Groupe Capitales Médias. « Malgré nos mises en garde, Retraite Québec a néanmoins avalisé la transaction », a écrit la centrale syndicale.

Des plaintes contre la CSN

Lundi, Pierre Pelchat a confirmé que des employés retraités — qui ont autrement appuyé les projets de coopératives — ont commencé à déposer des plaintes à titre individuel contre la CSN. « Les gens considèrent qu’ils ont été mal représentés », a-t-il dit.

En conclusion de leur lettre, MM. Fleury et Pelchat demandent à la CSN d’« appuyer le premier ministre François Legault, qui a entrouvert la porte la semaine dernière à la mise en place d’un programme d’assurances rentes pour les retraités victimes d’une faillite ou d’une fermeture ».

« En Ontario, un tel programme existe depuis près de 40 ans. Cela nous apparaît une solution intéressante dans la mesure où le programme est rétroactif à notre situation. Il permettra d’éviter de nombreux autres drames au cours des prochaines années », avancent-ils.