Dialogue difficile entre Québec et les anglophones

Les anglophones «n’arrivent pas à vivre pleinement l’expérience québécoise», note Christopher Skeete, adjoint parlementaire du premier ministre François Legault.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Les anglophones «n’arrivent pas à vivre pleinement l’expérience québécoise», note Christopher Skeete, adjoint parlementaire du premier ministre François Legault.

La tournée de consultations menée par le gouvernement Legault auprès des communautés anglophones du Québec cet automne n’a pas permis d’atténuer le contentieux avec la plus importante association qui les représente. Le Quebec Community Groups Network (QCGN) sort ainsi déçu du processus… et affaibli par rapport à Québec.

Si « bâtir des ponts » était le thème officiel de cette tournée menée par le député Christopher Skeete — responsable du Secrétariat aux relations avec les Québécois d’expression anglaise —, il ne s’est pas matérialisé avec le QCGN.

« Ç’a été, comme prévu, une tournée publicitaire pour M. Skeete plus que des consultations », affirme au Devoir Geoffrey Chambers, président de l’organisme qui représente près de 45 groupes. Il estime que le processus a été mené à l’envers, et que Québec a surtout « présenté ses idées, ses programmes, ses attentes », plutôt que d’être à l’écoute des préoccupations des communautés. « Nos relations politiques se sont-elles améliorées ou non ? La réponse est assurément non », dit celui qui avait ouvertement critiqué le processus dès le départ.

À cela, Christopher Skeete répond que le QCGN « est un groupe parmi d’autres, qui vit des moments difficiles. C’est un groupe important, mais ce n’est pas le seul. Il ne parle pas pour tout le monde. Il a un point de vue, et ça ne m’empêche pas d’aller voir d’autres groupes pour d’autres points de vue. »

Crise interne

L’adjoint parlementaire du premier ministre fait ici référence à la crise interne qui secoue le QCGN et qui a mené le quart de ses membres (une quinzaine sur 60) à quitter l’organisation depuis l’automne.

Parmi eux, l’English-Language Arts Network (ELAN) estime au contraire que les consultations ont été « un exercice très apprécié qui a permis à la Coalition avenir Québec de mieux comprendre ce que les communautés veulent faire, et vice-versa », selon le directeur général, Guy Rodgers. Quelque 150 organisations et institutions ont été rencontrés au cours de la tournée.

Comme d’autres organisations qui ont quitté le QCGN et qui ont fait part publiquement de leurs doléances dans les derniers mois, M. Rodgers résume le conflit à une question « d’attitude ». Il juge notamment que le QCGN devrait « doser le langage » de ses attaques contre Québec, avec qui les points de friction sont nombreux (Loi sur la laïcité et projet de loi sur la gouvernance scolaire, notamment)

« Il y a des gens, comme M. Chambers, qui voudraient revivre les batailles des années 1970, et ça ne parle pas à la majorité, soutient-il. Les générations qui n’ont pas connu ces combats sont tellement loin de ça. »

Mais pour Geoffrey Chambers, il n’y a pas de hasard : « Les organismes qui ont quitté [le groupe] ont tous eu récemment des subventions directes de Québec », note-t-il. Suggère-t-il que Québec a plus ou moins acheté ces organismes pour diminuer le rapport de force du QCGN ? « Les subventions n’étaient pas données sans conditions [«no strings attached »] », allègue-t-il, sans toutefois fournir de preuves en ce sens.

Guy Rodgers réfute cette interprétation (comme les autres avant lui). « M. Chambers et d’autres ont décidé que le gouvernement et le Secrétariat étaient en train de manipuler la communauté avec des subventions et des formes de menaces — et ce sont des affirmations qui semblent être absolument fausses. Aucun groupe qui a reçu du financement [de Québec] ne se sent menacé ou manipulé. »

Globalement, M. Rodgers dit ne pas souhaiter « l’éclatement du QCGN, qu’on construit depuis 24 ans à partir des cendres d’Alliance Québec. C’est notre organisme. Mais on [les démissionnaires] aimerait un discours moins excessif, et plus représentatif de ce que les membres vivent dans les régions du Québec ».

Rapport

Au-delà de ces questions, Christopher Skeete se dit pour sa part satisfait de la tournée. Il en retient que « les Québécois anglophones se sentent un peu comme un carré dans un cercle : ils n’arrivent pas à vivre pleinement l’expérience québécoise ». Les consultations lui ont notamment fait réaliser que plusieurs programmes « sont mal adaptés » pour les groupes communautaires anglophones.

Les différents constats qu’il a dressés seront consignés dans un rapport qu’il remettra sous peu au premier ministre Legault. M. Skeete évoquera la question de l’offre de cours de français pour les anglophones — les libéraux viennent de déposer à cet égard un projet de loi visant « le droit à la gratuité des services d’enseignement du français pour toute personne qui réside au Québec ». François Legault s’est déjà dit « très ouvert » au projet.