L’ACEUM divise Legault et Blanchet

François Legault estime que «des gains importants pour les travailleurs» québécois ont été obtenus dans la négociation du nouvel accord de libre-échange.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir François Legault estime que «des gains importants pour les travailleurs» québécois ont été obtenus dans la négociation du nouvel accord de libre-échange.

Pour défendre les intérêts du Québec, faut-il voter pour ou contre le nouvel ALENA ? La question divise le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, et le premier ministre Legault. Ce dernier a sommé M. Blanchet d’appuyer l’accord. Ce à quoi le chef du Bloc répond : non.

« Je pense que le Bloc doit défendre les intérêts des Québécois, et c’est dans les intérêts des Québécois que cette entente soit adoptée et ratifiée rapidement, parce que c’est un gain », a indiqué M. Legault au sortir d’une rencontre avec son homologue fédéral, Justin Trudeau, à Montréal.

« Alors, je demande à M. Blanchet et au Bloc d’appuyer l’accord, de ne pas retarder les travaux, de ne pas faire d’[obstruction parlementaire], pour que ce soit adopté rapidement. »

Dans sa réponse à ce qui est un premier litige entre les deux hommes depuis l’élection fédérale d’octobre, Yves-François Blanchet indique que « le Bloc québécois travaille exclusivement dans l’intérêt des Québécois, de tous les Québécois, de toutes les régions. C’est ça aussi le nationalisme économique. Nous demandons que nos travailleurs de l’aluminium aient droit à la même protection que les travailleurs de l’acier, quitte à renégocier » l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM).

Compétition sino-mexicaine

Or, François Legault estime que, « même pour l’aluminium, il y a des gains importants pour les travailleurs » dans la nouvelle version de l’ACEUM. Ce dernier prévoit que 70 % des matériaux et des pièces utilisés dans la fabrication d’automobiles devront désormais être d’origine nord-américaine. Cela vaut pour l’acier et l’aluminium.

Mais là où l’accord précise que l’acier doit être « fondu et coulé » en Amérique du Nord pour se qualifier, rien n’est prévu pour l’aluminium. Or, le Mexique importe de l’aluminium de la Chine et le transforme chez lui : il devient ainsi de l’aluminium nord-américain.

« Évidemment, on aurait souhaité qu’il n’y ait pas une clause d’évitement où le Mexique pourrait s’approvisionner en aluminium qui vient de Chine, a dit François Legault vendredi. On aurait préféré ça. Mais déjà l’accord comme il est est un gain, puisqu’on est assurés qu’il n’y aura pas de tarif [douanier contre l’aluminium]. Nos alumineries vont pouvoir exporter leurs biens aux États-Unis sans tarif. Ce n’est pas idéal, mais c’est un gain. »

Le premier ministre a souligné que le Québec a « un surplus commercial de près de 20 milliards de dollars avec les États-Unis. On ne peut pas se permettre de prendre de risques. »

Laïcité

La première rencontre entre les deux premiers ministres depuis l’élection devait servir à discuter de sujets consensuels — comme le financement des projets de transport en commun et la question de la taxation des profits des géants du Web.

Mais François Legault a aussi « insisté pour revenir sur la loi 21 et le respect de la nation québécoise », a-t-il spécifié aux médias. « C’est important, même si le fédéral n’est pas d’accord avec certaines décisions du gouvernement du Québec, qu’il respecte ces décisions, a-t-il dit. La loi 21 est appuyée par une majorité de Québécois et a été adoptée par l’Assemblée nationale. Je ne demande pas son accord à Justin Trudeau, mais qu’il respecte la décision de la nation québécoise. »

En entrevue à Radio-Canada plus tard dans la journée, M. Trudeau a dit que, « pour les deux, c’est une position de conviction. Je respecte [le fait] que c’est un gouvernement qui a pris la décision. C’est pour ça qu’on regarde ça [les contestations citoyennes devant les tribunaux], et qu’on ne va pas intervenir pour l’instant. » C’est la position qu’il défend depuis le premier jour de la campagne électorale.

Selon le cabinet de M. Trudeau, la rencontre a permis aux deux premiers ministres « d’affirmer leur engagement à l’égard de priorités communes comme l’infrastructure, le transport en commun, le projet de train à grande fréquence de VIA Rail et l’environnement ». La question d’une entente asymétrique sur le logement a aussi été abordée.

Et l’immigration ? Il semble que MM. Trudeau et Legault aient « convenu de l’importance d’une approche collaborative dans le domaine de l’immigration pour faire face aux enjeux de pénurie de main-d’oeuvre ».

Taxation des GAFA : Trudeau veut attendre l’OCDE

Les géants du Web ne seront pas taxés à partir du 1er avril 2020 sur les profits qu’ils font au Canada, comme le suggérait la plateforme libérale durant la dernière campagne électorale. Le premier ministre Trudeau a indiqué vendredi à Radio-Canada que le pays va finalement attendre les recommandations de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) avant de procéder. « Pour la TPS, on va l’imposer très bientôt, peut-être dans le prochain budget, a-t-il dit. Pour les 3 % [d’imposition sur les profits], on est en train de travailler avec les pays de l’OCDE. C’est une problématique qui existe partout. On ne veut pas nécessairement s’avancer trop loin, trop rapidement, comme a fait la France », a mentionné M. Trudeau. L’OCDE espère une entente au cours de 2020 à ce sujet.