Legault veut attirer les grands studios au Québec

Le premier ministre québécois a amorcé sa mission économique hier en visitant le Staples Center en compagnie du président du club de hockey des Kings, Luc Robitaille.
Photo: Marco Bélair-Cirino Le Devoir Le premier ministre québécois a amorcé sa mission économique hier en visitant le Staples Center en compagnie du président du club de hockey des Kings, Luc Robitaille.

Le premier ministre du Québec, François Legault, fera la tournée des géants de l’industrie cinématographique et télévisuelle ayant pignon sur rue dans la ville des anges afin de les inciter à faire connaître le talent québécois partout sur la planète.

« Des entreprises comme Netflix, pour ne pas la nommer, peuvent aussi être un moyen de diffuser à travers le monde des productions qui sont plus locales », a-t-il déclaré dimanche, après avoir donné le coup d’envoi de sa mission économique de quatre jours en Californie. « On est bons ! Sincèrement, nos séries au Québec sont bonnes. »

M. Legault, qui fait partie des centaines de milliers d’abonnés de Netflix au Québec, ignore quelles sont les retombées de l’entente intervenue entre le numéro un de la diffusion de contenu en continu et le gouvernement Trudeau il y a deux ans. « On n’en a pas vu », a-t-il laissé tomber dans une mêlée de presse dans le centre-ville de Los Angeles dimanche après-midi. « Il faut poser les questions à Ottawa », a-t-il ajouté.

En 2017, Netflix s’était engagée à investir 500 millions de dollars sur cinq ans dans la production canadienne en échange d’un congé de taxe sur les produits et services (TPS) de la part d’Ottawa. Le premier ministre québécois entend faire le bilan de cet accord controversé lors de son premier tête-à-tête avec son homologue fédéral, Justin Trudeau, depuis la réélection de celui-ci. « J’ai une longue, longue liste [de sujets à aborder avec lui] », a-t-il dit, sourire en coin.

Rêvant d’une production québécoise au retentissement semblable à celui qu’a connu la série télévisée espagnole Casa Del Papel, M. Legault se dit même disposé à investir des deniers publics afin de propulser des séries québécoises de qualité à partir des grandes plateformes de diffusion en continu. Chose certaine, le Québec ne peut fixer de quotas au contenu québécois offert sur Netflix et cie, a-t-il dit. « Au gouvernement, on est très conscients que la population du Québec est quand même petite, toutes proportions gardées », a-t-il spécifié.

Mission cinéma

M. Legault effectuera lundi une série de visites dans les grands studios d’Hollywood ― Netflix Studios, Sony Pictures Studio, The Walt Disney Company (Disney +, 21 st Century Fox, Marvel, ABC Studios, Fox) et NBCUniversal ― en plus de s’entretenir avec les réalisateurs Roland Emmerich et Jean-Marc Vallée.

Il ne passera pas par quatre chemins : son gouvernement haussera l’aide financière offerte aux producteurs choisissant le Québec comme lieu de tournage. « Ce que je veux essayer de faire avec les compagnies de production ― Walt Disney, Sony, Netflix ―, c’est de leur dire : pourquoi vous ne venez pas de façon plus permanente plutôt que de venir par projet ? » a-t-il affirmé à la presse dimanche.

Le chef du gouvernement québécois s’inquiète de la stagnation des productions tournées dans les studios montréalais, dont ceux de Mel’s et de Grandé. « Il y a une grosse compétition sur les crédits d’impôt avec Toronto et Vancouver », a-t-il fait remarquer.

On est bons ! Sincère­ment, nos séries au Québec sont bonnes.

Le gouvernement caquiste est prêt à offrir « de meilleurs avantages financiers » à tout acteur de l’industrie cinématographique et télévisuelle lui garantissant l’embauche d’un nombre de personnes déterminé pour une durée minimale ― cinq ans par exemple. « Ça peut être des ententes à la pièce […] qui tiennent compte des retombées », a précisé M. Legault, citant comme modèle l’entente conclue avec Mitsubishi en septembre dernier. « On peut commencer par un prêt, mais si les emplois restent pour cinq ans, il y a une partie du prêt qui peut être pardonnée », a-t-il poursuivi.

L’an dernier, le Québec a recueilli pas moins de 378 millions en dépenses de tournages étrangers. M. Legault a évoqué, comme cible, une augmentation annuelle de 10 ou 20 % par rapport à ce montant.

Le président fondateur de Rodeo FX, Sébastien Moreau, s’est réjoui de la présence du premier ministre québécois à Los Angeles. « De venir les rencontrer en personne, c’est sûr que ça a une grande influence », a fait valoir l’expert en effets visuels derrière, notamment, Stranger Things et Blade Runner 2049.

Au Québec, « il y a déjà des bons incitatifs en place », a-t-il noté dimanche, tout en insistant sur la nécessité de « toujours bien se placer par rapport à nos compétiteurs », à commencer par Londres.

Les producteurs étrangers bénéficient actuellement de 20 % de remise en espèces pour les coûts admissibles liés à des services rendus au Québec ainsi qu’un boni de 16 % des coûts de main-d’oeuvre admissibles nécessaires à la réalisation d’effets visuels, d’animations informatiques et de scènes tournées devant un écran chromatique.

Photo: Marco Bélair-Cirino Le Devoir François Legault en compagnie de Luc Robitaille

Le premier ministre québécois a amorcé sa mission économique hier en visitant le Staples Center en compagnie du président du club de hockey des Kings, Luc Robitaille. Le « p’tit gars du Québec » est le 22e compteur dans toute l’histoire de la Ligue nationale de hockey, a-t-il souligné dans l’ombre de la statue du célèbre ailier gauche à l’extérieur du complexe sportif.

Après Los Angeles, M. Legault passera par la Silicon Valley, où il échangera avec le président de l’Université Stanford, Marc Tessier-Lavigne, et prendra part à une rencontre portant sur le financement des technologies vertes en compagnie de dirigeants d’entreprises québécoises et de firmes de capital de risque. Mercredi, il fera bloc avec le gouverneur de l’État de la Californie, Gavin Newsom, contre la Maison-Blanche, qui tente de faire voler en éclats le marché du carbone.


Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.