Québec aidera les villes à mieux protéger leur patrimoine bâti

Jeudi, Nathalie Roy, la ministre de la Culture, a été incapable de dire si les mesures annoncées auraient pu éviter la destruction de plusieurs maisons patrimoniales déjà répertoriées.
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Jeudi, Nathalie Roy, la ministre de la Culture, a été incapable de dire si les mesures annoncées auraient pu éviter la destruction de plusieurs maisons patrimoniales déjà répertoriées.

La ministre de la Culture, Nathalie Roy, bonifie les « incitatifs » à la restauration du patrimoine bâti dans l’attente d’un projet de loi qui, promet-elle, empêchera d’anciens bâtiments patrimoniaux de crouler sous le pic des démolisseurs.

Elle a annoncé jeudi la bonification d’une subvention visant à couvrir de 50 à 70 % du coût des travaux de restauration ou encore des services-conseils en architecture et de la production de carnets de santé et d’audits techniques, mais seulement si le ministère de la Culture et les municipalités s’entendent. « Ce sont les municipalités et les villes qui décideront à hauteur de combien ils voudront avoir d’argent, parce que c’est de l’appariement », a précisé Mme Roy à la presse.

Cette aide gouvernementale s’adresse aux propriétaires de bâtiments dont l’intérêt patrimonial « supérieur » est reconnu par une municipalité, mais pas nécessairement « cité », « classé » ou « déclaré » en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel.

Il est primordial que les inventaires s’accompagnent d’une modification de la réglementation municipale en plus d’une sensibilisation accrue

 

« La fameuse maison [du patriote Boileau] de Chambly n’avait aucun statut de protection. Ça nous aurait permis tout de même avec ce programme de donner de l’argent pour préserver le bâtiment », a fait valoir la ministre Nathalie Roy, après avoir prononcé une allocution devant les membres de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), jeudi avant-midi. « On vient combler des vides. […] Actuellement, la loi ne prévoit pas entre autres d’aide financière pour des maisons qui n’ont pas de statut de protection », a-t-elle poursuivi.

De l’aide technique

Québec déliera aussi les cordons de la bourse pour procéder à l’embauche d’agents de développement en patrimoine immobilier par les MRC et les municipalités. Pendant trois ans, ils « pourront venir soutenir le travail des municipalités, des MRC, et être la courroie de transmission entre les citoyens et le ministère de la Culture et les autres ministères […] pour avoir des sous », a expliqué Mme Roy. Ces personnes-ressources formées en histoire, en architecture et en urbanisme feront office de lanceurs d’alerte. « [Ils pourront] dire : “Bien, voici ce qui est patrimonial, voici ce qui est important de protéger” », a fait remarquer l’élue.

Selon Action patrimoine, le succès de l’initiative « repose sur la bonne volonté des élus municipaux ». Or, pour l’instant, les municipalités sont peu enclines à citer et à protéger des bâtiments privés, même si la loi le leur permet. « C’est pourquoi il est primordial que les inventaires s’accompagnent d’une modification de la réglementation municipale en plus d’une sensibilisation accrue », fait valoir l’ONG.

Quel effet concret ?

Jeudi, la ministre de la Culture a toutefois été incapable de dire si les mesures annoncées d’une valeur pouvant aller jusqu’à 30 millions de dollars sur trois ans auraient pu éviter la destruction de plusieurs maisons patrimoniales déjà répertoriées, comme la maison Pasquier de Québec, qui était l’une des plus anciennes demeures du Canada, en septembre dernier. « La question est hypothétique, est-ce que ça aurait pu ? C’est largement hypothétique. »

L’élue caquiste entend modifier la Loi sur le patrimoine culturel… après le dépôt du rapport d’audit de la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, qui est prévu à l’hiver 2020. « Aujourd’hui, on pose la première pierre à un chantier important sur le patrimoine bâti. Il y en aura d’autres. […] Nous ferons les modifications qui s’imposent », a-t-elle promis.

Il s’agira d’une occasion en or d’« établir un régime de valorisation et des mesures incitatives qui contribueront grandement au bien-être du patrimoine dans la région métropolitaine et tout le Québec », estime Héritage Montréal.

D’ici là, Mme Roy mise sur une prise de conscience du milieu municipal. « Je pense qu’ils vont y penser à deux fois avant d’amener la pelle mécanique devant le bâtiment », a-t-elle lancé en donnant l’exemple de la maison Jobin-Bédard de Charlesbourg, dont le permis de démolition a été suspendu par la ministre pour une période de trente jours.

Les municipalités ont été réticentes à protéger et à restaurer leur patrimoine bâti au fil des dernières années, estime Nathalie Roy. « Elles ne souhaitent pas nécessairement « citer ». Elles n’ont pas nécessairement d’argent pour tout protéger », a-t-elle dit.

La ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, a quant à elle rappelé que la « municipalité est responsable de préserver son patrimoine ». 

Avec Jean-François Nadeau