Fitzgibbon répond aux attaques de Péladeau

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon

Ciblé sur les réseaux sociaux depuis la semaine dernière par Pierre Karl Péladeau, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a réagi mardi avant-midi en marge d’une conférence de presse sur l’allégement réglementaire.

« Je vais jouer au journaliste pendant quelques secondes, mais je ne répondrai pas à la question. La question c’est : « Qui est l’intimidateur ? Est-ce que c’est le ministère de l’Économie ou M. Péladeau ? » », a demandé M. Fitzgibbon en mêlée de presse.

Le président et chef de la direction de Québecor a publié une longue entrée sur sa page Facebook dimanche pour critiquer le projet de relance coopératif du Groupe Capitales Médias (GCM). M. Péladeau y a écrit que le premier ministre du Québec, François Legault, et le ministre Fitzgibbon « se sont récemment lancés dans une opération de tordage de bras et d’intimidation envers Desjardins ». Il réagissait aux propos récents de M. Legault qui avait laissé planer la menace de réviser les crédits d’impôt sur le capital de risque si la coopérative n’investit pas dans la relance de GCM, actuellement en faillite. M. Legault juge ce projet rentable.

« Il n’y a aucune mesure de représailles que le gouvernement veut mettre en place pour forcer Desjardins à investir, a déclaré le ministre Fitzgibbon. Ça n’arrivera pas. » Il s’est réjoui de la première rencontre tenue la veille entre Desjardins Capital et GCM. Desjardins, qui avait d’abord refusé de financer la relance des six journaux, a accepté la semaine dernière de réévaluer son choix. Aucune nouvelle décision formelle n’a été prise, pour l’instant, selon le porte-parole de Desjardins Capital, Richard Lacasse.

Motion en appui à la coopérative d’employés

Quelques heures plus tard, l’Assemblée nationale adoptait une motion en appui à la relance coopérative des six journaux de Groupe Capitales Médias (GCM) qui sera envoyée à M. Péladeau. La motion a été déposée par la députée solidaire Catherine Dorion conjointement avec le ministre Fitzgibbon, le Parti libéral et le Parti québécois. Elle rappelle « l’importance de la diversité de presse pour une démocratie en santé ».

« On est d’accord avec le premier ministre sur cette question-là, a reconnu le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois. Et M. Péladeau, je ne sais pas pourquoi il pense que son opinion est déterminante dans ce débat-là. C’est un patron de presse. Il souhaite se constituer ce qui se rapproche de plus en plus d’un monopole. Pour nous, ce n’est pas dans l’intérêt public que d’aller dans ce sens-là. »

M. Fitzgibbon avait causé l’indignation de M. Péladeau la semaine dernière en soulevant l’apparence de conflit d’intérêts de la dirigeante de Québecor Sylvie Lalande. Regrette-t-il ses propos ? « Non. En fait, Mme Lalande, je l’ai convoquée à mon bureau hier, a-t-il révélé. On a eu une discussion informelle et je lui ai dit trois choses. La première, c’est que, de par le poste qu’elle occupe, à savoir qu’elle est à la présidence de CRCD de Desjardins et en même temps elle est membre du conseil d’administration de Québecor, […] c’est justifié de poser des questions sur l’apparence de conflit d’intérêts. »

« Maintenant, selon les faits que Desjardins a divulgués, Mme Lalande n’a pas été partie prenante des discussions. Donc, [dans ce] cas, il n’y a pas eu conflit d’intérêts », a-t-il ajouté, en indiquant qu’il n’avait pas eu l’intention de lui faire du tort.

GCM pourrait réduire ses coûts de 18 millions s’il se trouvait dans le giron de Québecor, selon M. Péladeau, qui demande au gouvernement de reconsidérer la proposition de son entreprise. Celle-ci comprenait d’importantes compressions. Le président de l’empire médiatique estime que les journaux de GCM pourraient faire des économies en utilisant les imprimeries, le réseau de distribution et les locaux de Québecor.

Cette proposition, comme d’autres, pourrait être considérée si GCM échoue à trouver du financement, a reconnu M. Fitzgibbon. « Pour l’instant, le meilleur repreneur est la coopérative d’employés », a-t-il indiqué.