Élection partielle: le PLQ a manqué d’écoute, concède le chef intérimaire

Le chef de la CAQ et premier ministre du Québec, François Legault, était bien fier de présenter à son caucus de députés la nouvelle élue de Jean-Talon, Joëlle Boutin. Mario Laframboise les accompagne sur la photo.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le chef de la CAQ et premier ministre du Québec, François Legault, était bien fier de présenter à son caucus de députés la nouvelle élue de Jean-Talon, Joëlle Boutin. Mario Laframboise les accompagne sur la photo.

Manque de préoccupation pour le troisième lien, désir d’expulser les libéraux, manque d’écoute de la part de ces derniers : chacun des partis d’opposition y est allé de ses hypothèses, mardi, pour expliquer la victoire sans équivoque de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans Jean-Talon lundi soir.

« On n’a pas écouté assez les gens, de toute évidence », a reconnu le chef intérimaire du Parti libéral du Québec (PLQ), Pierre Arcand.

Jean-Talon, qui n’avait jamais été représentée par un autre parti que le sien, a été « tenue pour acquise » par les libéraux, ont répété les caquistes, à la suite de la victoire de leur candidate, Joëlle Boutin, par une majorité de près de 10 000 voix.

Les libéraux — dont l’un des leurs, Sébastien Proulx, a provoqué l’élection en quittant la politique en août 2019 — ont dû se contenter de 25 % des votes.

Nos adversaires ont joué beaucoup sur le fait qu’il y avait eu de nombreux députés libéraux, au fil des années, qui ne sont pas demeurés très longtemps comme députés

« Je n’en veux pas à Sébastien Proulx, a assuré le chef Arcand. Mais une chose est certaine, nos adversaires ont joué beaucoup sur le fait qu’il y avait eu de nombreux députés libéraux, au fil des années, qui ne sont pas demeurés très longtemps comme députés. »

Pas moins de cinq députés du PLQ dans Jean-Talon ont quitté leurs fonctions en cours de mandat : Raymond Garneau (1978), Gil Rémillard (1994), Philippe Couillard (2008), Yves Bolduc (2015) et Sébastien Proulx.

Un effet Catherine Dorion

Le candidat solidaire, Olivier Bolduc, a terminé troisième dans Jean-Talon. Dans l’espoir de rééditer les succès de Catherine Dorion et de Sol Zanetti — seuls élus non caquistes de la région de Québec —, Québec solidaire (QS) avait investi beaucoup d’énergie dans l’élection partielle de Jean-Talon. Mais avec 17 % des appuis, le parti termine en moins bonne posture qu’à l’élection générale, lors de laquelle il avait obtenu 19 % des votes.

« On n’a pas réussi à faire de la question du troisième lien l’enjeu de l’urne dans Jean-Talon. C’est ce qu’on a essayé de faire, et on n’y est pas arrivés », s’est désolé Gabriel Nadeau-Dubois.

Au moyen de slogans comme « Plus de routes, plus de trafic », Québec solidaire a rappelé au cours de la campagne son opposition au projet de lien routier entre les rives nord et sud de Québec.

Les co-porte-parole de QS ont par ailleurs reconnu que les frasques de leur collègue Catherine Dorion avaient pu influencer le vote des électeurs de cette circonscription de Québec.

« Quand les gens m’en ont parlé [de Catherine Dorion], c’était, oui, tantôt avec un “ouf, OK…”, mais aussi, ils m’ont parlé de la sortie qu’elle a faite sur la protection du patrimoine », a concédé Manon Massé.

« C’est un enjeu qui polarise [les gens]. Mais est-ce que c’est un enjeu qui nuit à Québec solidaire ? Je pense qu’il est trop tôt pour faire ces bilans-là », a ajouté Gabriel Nadeau-Dubois.

On n’a pas réussi à faire de la question du troisième lien l’enjeu de l’urne dans Jean-Talon. C’est ce qu’on a essayé de faire, et on n’y est pas arrivés.

Autre écueil pour Québec solidaire : la faible participation des jeunes, ce « public difficile à rejoindre », de l’aveu même du parti.

Selon des chiffres de 2018, 27 % des électeurs de Jean-Talon étaient âgés de 18 à 29 ans, ce qui en fait la troisième circonscription la plus jeune au Québec.

Or, il n’y a pas de vote dans les campus lors d’une élection partielle, et cela a nui à la formation politique, a reconnu Gabriel Nadeau-Dubois.

Le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, a de son côté reconnu être déçu de la performance de son parti (9 %), qui avait néanmoins de faibles attentes.

« On a bien travaillé, on a fait ce qu’on pouvait. On savait que ça allait être difficile à Québec », a-t-il admis.

« Les Québécois voulaient se débarrasser des libéraux depuis longtemps et ils ont vu qu’il en restait encore dans Jean-Talon. Ils n’ont pas voulu courir de risque », a-t-il déclaré.

« On n’a pas eu un résultat à la hauteur de nos attentes, le gouvernement, pour l’instant… les gens semblent satisfaits, alors félicitations à la nouvelle députée et à son équipe », a-t-il ajouté.