Le rapport de la commission parlementaire sur les pesticides se fait attendre

Cette commission spéciale visant à étudier l’effet des pesticides sur la santé et l’environnement avait été mise sur pied après le congédiement de l’agronome Louis Robert.
Photo: Greg Gardner Getty Images Cette commission spéciale visant à étudier l’effet des pesticides sur la santé et l’environnement avait été mise sur pied après le congédiement de l’agronome Louis Robert.

L’opposition s’impatiente dans le dossier des pesticides. Les députés qui siègent à la commission espéraient dévoiler leurs recommandations en décembre, mais cet échéancier apparaît difficile à respecter à quatre jours de la relâche parlementaire.

« Force est de constater que ça n’arrivera pas et c’est extrêmement malheureux », a affirmé la députée libérale Marie Montpetit en entrevue au Devoir, en accusant au passage le bureau du leader parlementaire, Simon Jolin-Barrette, de s’ingérer dans les travaux. Le président de la commission, le député caquiste Mathieu Lemay, préconiserait un rapport sans pistes d’action pour éviter un débat de deux heures à l’Assemblée nationale.

« On a eu plus de 700 recommandations, les attentes sont très, très élevées, donc je vois mal comment on pourrait en venir à autre chose que des recommandations », a dit Mme Montpetit.

« Non, il n’y a pas d’ingérence », s’est défendu M. Lemay en entrevue, tout en confirmant qu’il y avait des discussions sur la possibilité de se limiter à des observations.

Cette commission spéciale visant à étudier l’effet des pesticides sur la santé et l’environnement avait été mise sur pied après le congédiement de l’agronome Louis Robert, qui avait levé le voile sur l’ingérence de l’industrie dans la recherche sur les néonicotinoïdes, un produit tueur d’abeilles.

« Le rapport est attendu avec impatience par tout le monde agricole », a constaté le porte-parole de l’Union des producteurs agricoles du Québec, Patrice Juneau, en rappelant que le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, avait dit vouloir attendre les conclusions de la commission avant de modifier l’encadrement de ces produits toxiques.

Un comité directeur, composé d’un élu pour chacun des quatre partis, s’est réuni à trois reprises pour rédiger l’ébauche du rapport, mais depuis le 6 novembre, les travaux sont au point mort. Mme Montpetit déplore que deux courriels et une lettre officielle envoyés au président de la commission, Mathieu Lemay, soient restés sans réponse.

On a eu plus de 700 recommandations, les attentes sont très, très élevées, donc je vois mal comment on pourrait en venir à autre chose que des recommandations

La députée solidaire Émilise Lessard-Therrien a également fait parvenir une lettre à M. Lemay jeudi pour lui demander de convoquer la commission rapidement puisqu’elle ne s’est pas réunie depuis la fin du mois de septembre. « Je considère qu’une période de temps considérable s’est écoulée depuis la fin des auditions et qu’il serait plus que temps que le comité directeur fasse part de ses discussions au reste des membres », a-t-elle écrit.

Après près d’un mois de silence, M. Lemay a finalement convoqué une réunion jeudi pour que les 13 élus discutent des conclusions de leur rapport… deux heures après avoir accordé une entrevue au Devoir. Les travaux parlementaires se terminent vendredi.

« Notre souhait, ce serait de pouvoir déposer ça vendredi à l’Assemblée nationale, a-t-il dit. […] Si on réussit à bien s’entendre, on aura un rapport avant les Fêtes ou, sinon, ça ira après les Fêtes parce que l’important, c’est d’avoir un rapport qui fait consensus. »

Une tactique qui ressemble drôlement à celle qui avait été utilisée par les députés caquistes lors de la commission sur le recyclage du verre, selon Marie Montpetit. « Je ne sais pas si c’est l’intention de dire on étire, on étire, on étire, on va convoquer pour mettre un peu le couteau sur la gorge, puis dire “c’est ce qu’il y a sur la table ou c’est rien” », a-t-elle remarqué.

« Il s’agit d’un enjeu important pour le gouvernement, a répondu l’attachée de presse du ministre Jolin-Barrette, le responsable de l’organisation des travaux parlementaires. Nous ne ferons pas les choses à la va-vite. » C’est ce que souhaite le député péquiste Sylvain Roy, qui espère que la commission arrivera à trouver une « posture d’équilibre ».