Élection partielle: le grand stress libéral

Les quatre candidats, Gertrude Bourdon (PLQ), Olivier Bolduc (QS), Joëlle Boutin (CAQ) et Sylvain Barrette (PQ), ont croisé le fer, mardi, à l’occasion d’un débat organisé par la Confédération des associations d’étudiants et d’étudiantes de l’Université Laval.
Photo: Charles-Frederick Ouellet Le Devoir Les quatre candidats, Gertrude Bourdon (PLQ), Olivier Bolduc (QS), Joëlle Boutin (CAQ) et Sylvain Barrette (PQ), ont croisé le fer, mardi, à l’occasion d’un débat organisé par la Confédération des associations d’étudiants et d’étudiantes de l’Université Laval.

Aux dernières élections, le libéral Sébastien Proulx a dû batailler ferme pour conserver la circonscription de Jean-Talon face à la Coalition avenir Québec (CAQ). De retour un an plus tard avec une candidate moins consensuelle, le PLQ risque gros dans cette partielle.

Vendredi matin, Gertrude Bourdon serrait des mains dans la rue Maguire en grande compagnie. Pour la soutenir, le parti avait dépêché les deux candidats à la chefferie du parti, Dominique Anglade et Alexandre Cusson.

« On est contents d’être là avec elle pour dire à quel point, au Parti libéral, on est [derrière] Gertrude », a dit Mme Anglade aux médias présents.

« Notre capitale nationale a besoin d’une députée dans l’opposition officielle pour suivre les dossiers », a ajouté Alexandre Cusson.

La principale intéressée a d’indéniables qualités sociales. Dans les petits commerces de la rue Maguire qu’elle a visités vendredi matin, l’ancienne patronne du Centre hospitalier universitaire de Québec a fait jaser sans difficulté tous les citoyens rencontrés.

Or, la bataille s’annonce rude. À l’élection de 2018, Sébastien Proulx l’avait emporté seulement par 1363 votes devant la caquiste Joëlle Boutin et c’était l’un des ministres les plus populaires de l’équipe libérale. Mme Bourdon, elle, doit encore composer avec l’image négative de « magasineuse ».

Cette semaine, un bénévole de la Coalition avenir Québec a raconté au Devoir en entendre souvent parler dans son porte-à-porte. Et ce, disait-il, dans des rues jadis considérées comme rouges d’un bout à l’autre. « Des gens qui votaient avant pour le PLQ et le PQ avant nous disent qu’ils sont contents du gouvernement », observe, quant à elle, la candidate caquiste, Joëlle Boutin.

Quatre candidats persévérants

Autre signe inquiétant pour les libéraux : Québec solidaire ne les considère même pas comme des adversaires. « On sent que c’est serré entre nous et la CAQ », disait cette semaine le candidat Olivier Bolduc, un jeune sténographe judiciaire. À l’élection générale, QS avait récolté 19 % des voix, son meilleur résultat dans la région de Québec après Taschereau et Jean-Lesage.

Le PQ, lui, a été relégué au quatrième rang. Sa meilleure performance dans Jean-Talon remonte à 1994. À l’époque, la libérale Margaret F. Delisle avait devancé l’ancienne syndicaliste Diane Lavallée par seulement 25 votes.

1363
C’est par cet écart de votes exprimés que le libéral Sébastien Proulx a remporté les élections de 2018 devant la caquiste Joëlle Boutin

Depuis, c’est plus difficile. Le candidat Sylvain Barrette a récolté 14 % des votes l’an dernier. Mais cela ne l’a pas empêché de se présenter à nouveau et de mettre clairement de l’avant le projet d’indépendance sur ses affiches.

« On est incapable de renouveler le fédéralisme », dit ce retraité qui a enseigné la musique à l’école primaire. Aux péquistes qui seraient tentés par la CAQ, il dit que ce n’est plus le temps de « se débarrasser des libéraux », qu’« ils ne sont plus au pouvoir ».

Fait notoire, les quatre principaux candidats dans Jean-Talon ont tous été défaits aux élections de l’an dernier : Gertrude Bourdon dans Jean-Lesage, Olivier Bolduc dans Chutes-de-la-Chaudière et Sylvain Barrette et Joëlle Boutin dans Jean-Talon.

Les machines à l’oeuvre

Située dans un des secteurs les plus aisés et éduqués de Québec, Jean-Talon longe le fleuve entre Sainte-Foy et le quartier Montcalm. C’est l’une des circonscriptions où le taux de participation est le plus élevé au Québec. Déjà, plus de 20 % des résidents ont voté par anticipation, ce qui est énorme pour une partielle.

Depuis sa création en 1965 en vue des élections de 1966, la circonscription a voté libéral à chaque fois.

On y trouve l’Université Laval, mais aussi des quartiers de plus en plus populaires chez les immigrants, dont celui où se trouve la tristement célèbre grande mosquée de Québec. Chez QS et chez les libéraux, on pense d’ailleurs que cela pourrait nuire à Joëlle Boutin, qui a dû faire campagne en pleine polémique sur le Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

Or, en entrevue, la principale intéressée insiste sur le fait que l’épisode PEQ a été « relativement court ». Issue des milieux économiques, Joëlle Boutin a été la cheffe de cabinet du ministre Éric Caire au cours de la dernière année. À ses yeux, « une relation de confiance est en train de s’établir » entre les gens et le gouvernement.

Mais Jean-Talon s’est révélé aussi un mauvais endroit pour défendre un autre dossier difficile de la CAQ : le troisième lien. Très populaire dans les anciennes banlieues du nord de la ville (Charlesbourg, Beauport et au-delà), le projet divise davantage dans Jean-Talon, peu aux prises avec la congestion étant donné sa proximité avec le centre-ville. Les caquistes disent en avoir peu entendu parler mais Québec solidaire pense avoir marqué beaucoup de points dans ce dossier.

Qui l’emportera ? Au-delà des enjeux, il faut tenir compte de la machine. Chez Québec solidaire, on a déployé sur le terrain toutes les ressources des équipes Dorion, Zanetti et compagnie pour faire voter les jeunes. Pendant ce temps, les ministres caquistes et les députés libéraux étaient présents tous les soirs pour appuyer leurs candidates dans le porte-à-porte. Dans chacun des cas, on dit que la bataille se jouera porte par porte.