Le débat est rouvert

La ministre québécoise de la Santé, Danielle McCann
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La ministre québécoise de la Santé, Danielle McCann

L’élargissement de l’accès à l’aide médicale à mourir aux personnes souffrant de maladie neurodégénérative par le biais d’une demande anticipée soulèvera un lot de questions délicates, signale la co-auteure de la Loi concernant les soins de fin de vie Véronique Hivon à l’aube d’une nouvelle consultation publique transpartisane sur la question de mourir dans la dignité. Mais, le consensus dégagé au fils des dernières années demeurera intact, se dit-elle persuadée.

« L’enjeu va se situer autour de la complexité dans l’application d’une telle ouverture », a prédit Mme Hivon après le dévoilement du rapport du Groupe d’experts sur la question de l’inaptitude et de l’aide médicale à mourir, à l’Assemblée nationale vendredi.

 

 

Selon elle, les législateurs devront se creuser la tête afin d’ouvrir la porte à l’aide médicale à mourir — qui est actuellement défini comme « l’administration de médicaments ou de substances par un médecin à une personne en fin de vie, à la demande de celle-ci, dans le but de soulager ses souffrances en entraînant son décès » dans la Loi concernant les soins de fin de vie — aux personnes atteintes d’une maladie neurodégénérative, de type Alzheimer.

« La personne qui l’a demandé à l’avance, elle était une “personne X”. Lorsqu’elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle devient en quelque sorte une “personne Y” parce que sa personnalité peut changer. Elle peut avoir la démence heureuse jusqu’à un certain point. Donc, jusqu’où ses volontés exprimées sont vraiment celles qu’on doit suivre ? Les volontés doivent-elles être suivies à tout prix ? » a demandé la députée de Joliette.

Parmi les autres questions sensibles qui devront trouver une réponse au cours de la nouvelle conversation nationale sur l’aide médicale à mourir, Mme Hivon suggère : « Comment estime-t-on qu’on est rendu au jour X, pas au jour moins un ou au jour plus un ? »

Consultation publique

La ministre de la Santé, Danielle McCann, a annoncé vendredi la mise sur pied, au cours de la prochaine année, d’une consultation publique transpartisane sur un éventuel élargissement de l’aide médicale à mourir. L’élue caquiste était pour l’occasion accompagnée des élus d’opposition André Fortin (Parti libéral du Québec), Sol Zanetti (Québec solidaire) et Véronique Hivon (Parti québécois).

Après 18 mois de réflexion, le Groupe d’experts sur la question de l’inaptitude et de l’aide médicale à mourir recommande à la ministre et, par ricochet, à l’Assemblée nationale, de permettre à une personne adulte d’enregistrer une « demande anticipée » d’aide médicale à mourir, mais seulement après l’obtention d’un « diagnostic de maladie grave et incurable ». L’ultime soin de fin de vie pourrait être administré lorsque « la souffrance physique, psychique ou existentielle qu’elle éprouve serait constante et importante, et en partie objectivable par l’équipe soignante multidisciplinaire ainsi que les proches qui l’accompagnent, le cas échéant », suggère-t-il.

Dans son rapport de plus de 150 pages, le groupe d’experts de différents horizons coprésidé par Jocelyn Maclure et Nicole Filion souligne que « les questions philosophiques, éthiques, sociales, juridiques et cliniques que soulève l’élargissement de l’aide médicale à mourir aux personnes qui, au moment de la recevoir, ne seront plus capables de témoigner de leur souffrance et de réitérer leur consentement, comptent parmi les plus difficiles qu’une société peut se poser ».

À l’heure actuelle, la Loi concernant les soins de fin de vie ne permet pas aux personnes qui deviendraient inaptes de bénéficier de ce soin, a rappelé la ministre Danielle McCann vendredi. « Nous entendons le cri du coeur de nombreux Québécois qui souffrent et qui réclament un élargissement. La société québécoise évolue sur cette question sensible, et nous avons le devoir moral d’y répondre tous ensemble. C’est pour ça que je travaille déjà avec mes collègues des oppositions », a-t-elle ajouté.

L’élu solidaire Sol Zanetti estime que « des enjeux philosophiques importants » résident dans le concept de « consentement anticipé ». « Les experts les abordent. Il faut que la consultation puisse permettre à tout le monde de s’exprimer là-dessus pour qu’on ressorte le consensus le plus fort possible », a-t-il fait valoir.

Le député libéral André Fortin dissuade toute personne d’entremêler des « considérations politiques » aux « questions éthiques, questions légales, questions morales » suscitées par un éventuel élargissement de l’accès à l’aide médicale à mourir.

Le gouvernement québécois mettra de côté le critère de « fin de vie » — soit la période où une personne peut recevoir l’aide médicale à mourir — d’ici le 11 mars 2020 pour accorder l’accès à l’aide médicale à mourir aux personnes éprouvant des souffrances physiques ou psychologiques intolérables, et ce, même si leur mort naturelle n’est pas raisonnablement prévisible, comme le lui a demandé la Cour supérieure du Québec le 11 septembre dernier.

Le Groupe d’experts recommande aux législateurs de supprimer le critère de fin de vie dans la Loi au profit d’une « notion de trajectoire de fin de vie pour laquelle la mort est raisonnablement prévisible, sans nécessité d’établir un délai précis quant à l’espérance de vie ».

« Nous bénéficions du point de vue d’experts provenant de divers horizons et reconnus dans leur domaine, tant sur les plans éthique, juridique que clinique. Nous pensons qu’il revient maintenant aux citoyens de se prononcer sur cet enjeu délicat », a déclaré Mme McCann, jugeant prématuré de dire si elle déposera un projet de loi élargissant l’accès à l’aide médicale à mourir d’ici les élections générales de 2022.

Le premier ministre, François Legault, a exprimé ses réticences toutes personnelles à soumettre une demande anticipée de ce dernier soin de fin de vie. « Moi, j’aime la vie. Alors, j’aimerais qu’on s’acharne un peu », a-t-il laissé tomber dans une mêlée de presse.

3 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 30 novembre 2019 09 h 34

    Un oubli...

    Je préfère de loin une ouverture aux soins palliatifs généralisés. C'est curieux, mais non surprenant, comme on parle plus, grâce aux médias idéologisés, de l'aide médicale à mourir que des soins palliatifs, le grand oublié. Ainsi va la société québécoise. Comme vont les choses, je prédis un jour le droit au suicide médicalement assisté pour tous. Comme cela, on dépasserait les Pays-Bas! Bravo...!

    M.L.

    • Yvon Bureau - Abonné 30 novembre 2019 14 h 01

      Bien sûr qu'il faut développer les SP, faisant partie dorénavant des Soins de fin de vie.
      Sage de nous rappeler, monsieur Lebel, que la grande majorité des receveurs d'AMM reçoivent déjà d'excellents SP.
      À méditer.

      Que les médias couvrent l'ensemble des Soins de fin de vie.

  • Yvon Bureau - Abonné 30 novembre 2019 10 h 13

    Honneur à nos 4 partis politiques québécois!

    Vous ferez ensemble honneur à cette Cause noble du mourir plus humain, plus libre, plus digne et plus respectueux de la personne finissant SA vie, habités par la primauté du seul intérêt de la personne en fin de vie ou RENDUE à la fin de SA vie, vous rappelant ceci de la Cour suprême : OUi au droit à la vie pour toute personne, MAIS sans l'obligation de vivre à tout prix et malgé elle».

    Je ne suis pas en accord avec ceci : «Le Groupe d’experts recommande aux législateurs de supprimer le critère de fin de vie dans la Loi au profit d’une « notion de trajectoire de fin de vie pour laquelle la mort est raisonnablement prévisible, sans nécessité d’établir un délai précis quant à l’espérance de vie ». Je sais que cela été écrit avant le Jugement Baudouin. Avons besoin plus que jamais d'une clarté clinique et juridique. Éloignons tout flou.

    Parlant du critère «être en fin de vie», notre Gouvernement devrait nous proposer d'ici Noël un projet de mise à jour de notre Loi sur les soins de fin de vie, sans ce critère. En y enlevant, quant à y être, les irritants opérationnels. Au nom des GRANDS SOUFFRANTS ADULTES APTES (GSAA) ! Le Québec peut et doit faire cela bien avant le 11 mars. Compassion et solidarité avec les GSAA OBLIGENT!

    Gratitude au MSSS, et au 3 partis d'opposition.