Québec veut accueillir plus d’étudiants de l’étranger

Moins d’un mois après l’échec de la réforme du PEQ, Québec annonce son intention d’ouvrir grandes les portes de ses cégeps et universités aux étudiants de l’étranger.
Photo: Alice Chiche Le Devoir Moins d’un mois après l’échec de la réforme du PEQ, Québec annonce son intention d’ouvrir grandes les portes de ses cégeps et universités aux étudiants de l’étranger.

La ministre des Relations internationales, Nadine Girault, veut voir les cégeps et les universités accueillir davantage d’étudiants étrangers.

« Ouvrir le monde aux établissements d’enseignement et aux jeunes » est l’une des cinq priorités d’actions économiques du gouvernement québécois à l’étranger, a appris Le Devoir.

Du coup, « un effort spécifique sera mené pour le recrutement des étudiants internationaux », peut-on lire dans la « mise à jour » de la Politique internationale du Québec.

Mme Girault dévoilera le document coiffé du titre « Le Québec : Fier et en affaires partout dans le monde ! » à l’occasion d’une conférence de presse à Montréal vendredi, soit trois semaines après le fiasco de la réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), pilotée par son confrère Simon Jolin-Barrette.

En 2017, le Québec accueillait 12 % des étudiants internationaux en sol canadien, comparativement à 48 % en Ontario et à 24 % en Colombie-Britannique. Or, c’est trop peu aux yeux de la ministre Nadine Girault.

« Les étudiants internationaux constituent des candidats de choix pour l’immigration : les étudiants francophones ou francisés et intégrés dans leur milieu d’études sont particulièrement bien placés pour poursuivre leur vie au Québec, s’ils le souhaitent. Ils ont tous les atouts pour répondre rapidement aux besoins des entreprises, à partir de qualifications acquises en bonne partie au Québec », souligne-t-elle à gros traits dans la Politique internationale du Québec, revue et modifiée.

En plus de maintenir les bourses et les exemptions de droits de scolarité additionnels qu’il offre aux étudiants d’excellence, le gouvernement caquiste s’engage à soutenir les efforts des établissements d’enseignement visant à « garantir des services d’accueil et d’intégration, créant ainsi des conditions favorables à [la] rétention [des étudiants internationaux] ».

M. Jolin-Barrette devra avoir en tête ce passage lorsqu’il ébauchera un nouveau règlement resserrant l’accès au PEQ ― voie expresse pour obtenir un certificat de sélection du Québec ― à des diplômés de certains programmes d’études, dit une source gouvernementale au Devoir.

Virage économique

Le premier ministre, François Legault, s’est dit déterminé à donner un véritable virage économique aux relations internationales du Québec, ce qui a soulevé quelques inquiétudes dans l’opposition.

« Depuis un an, nous assistons à un glissement des pouvoirs du ministère des Relations internationales vers celui de l’Économie. Je souhaite qu’avec sa politique, la ministre inverse cette tendance inquiétante », affirme l’élue libérale Paule Robitaille.

La députée de Taschereau, Catherine Dorion, dit avoir « plus de craintes que d’attentes » en prévision du dévoilement de la Politique internationale du gouvernement Legault. Elle s’inquiète notamment de voir les représentations du Québec se « transformer en bureaux de vente pour les entreprises du Québec à l’étranger » et que le gouvernement caquiste « abandonne carrément la doctrine Gérin-Lajoie », selon laquelle « dans tous les domaines qui sont complètement ou partiellement de sa compétence, le Québec [joue] un rôle direct, conforme à sa personnalité et à la mesure de ses droits ». Elle demande à Mme Girault de ne pas baisser la garde face aux assauts des géants du Web, des États-Unis et des gens d’affaires contre l’exception culturelle, qui permet de soustraire la culture des accords commerciaux. « On est trop petit. On a absolument besoin de diplomatie. Ce n’est pas juste une question d’argent », insiste-t-elle.

L’élu péquiste Joël Arseneau est d’avis que « le Québec doit se donner les moyens de mieux performer à l’étranger en créant des vitrines économiques ». « Mais notre rayonnement international doit aussi comporter les dimensions culturelle et linguistique, en plus de traduire nos valeurs québécoises », soutient-il, tout en pressant le gouvernement Legault de donner les « moyens suffisants » à la diplomatie québécoise « pour défendre et illustrer notre exception culturelle, faire rayonner les créations culturelles québécoises dans le monde ».