François Legault réplique à son homologue manitobain

<p>Le premier ministre québécois a réagi jeudi à la campagne publicitaire lancée par son homologue en réaction à la Loi sur la laïcité de l’État.</p>
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne

Le premier ministre québécois a réagi jeudi à la campagne publicitaire lancée par son homologue en réaction à la Loi sur la laïcité de l’État.

Le premier ministre du Manitoba aurait intérêt à mieux financer les services en français dans sa province plutôt que de se payer des publicités pour recruter au Québec, selon François Legault. Or, l’organisme qui représente les francophones de cette province se réjouit plutôt de voir qu’un gouvernement progressiste-conservateur fasse leur promotion.

Le premier ministre québécois a réagi jeudi à la campagne publicitaire lancée par son homologue en réaction à la Loi sur la laïcité de l’État.« Je pense que M. Pallister aurait été mieux de mettre cet argent-là pour donner des services en français au Manitoba et il devrait commencer par garder ses propres joueurs de hockey, entre autres, Dustin Byfuglien, qui n’est pas capable de rester avec les Jets. »

La campagne de publicité a coûté 20 000 $ au gouvernement manitobain. Cette annonce, publiée notamment dans Le Devoir, invite les fonctionnaires québécois qui se sentent lésés par la Loi sur la laïcité de l’État à déménager au Manitoba. On peut y voir les visages de trois personnes, dont une femme souriante portant le hijab. « [L]es fonctionnaires du Manitoba sont accueillis à bras ouverts et mis à l’honneur, quelle que soit leur religion ou leur culture. Au Manitoba la diversité est respectée et valorisée.», peut-on lire. La publicité décline ensuite 21 raisons — en référence à la loi 21 — de déménager dans cette province de l’Ouest, comme sa communauté francophone, le prix abordable de ses maisons, la présence d’équipes de la Ligue canadienne de football et de la Ligue nationale de hockey, ses activités culturelles et ses étés très chauds.

Je pense que M. Pallister aurait été mieux de mettre cet argent-là pour donner des services en français au Manitoba

« Nous respectons les libertés et les droits de la personne, et nous n’avons pas une police de l’habillement », a affirmé le premier ministre manitobain à La Presse canadienne mercredi.

Brian Pallister, un progressiste-conservateur, n’a jamais caché le dégoût que lui inspire la loi québécoise qui interdit le port de signes religieux pour certains employés de l’État comme les juges, les procureurs et les enseignants. L’Assemblée législative du Manitoba a d’ailleurs emboîté le pas à celle de l’Ontario, en adoptant mercredi une motion pour condamner «toute loi qui limite de façon injustifiée le droit à la religion de tout citoyen», incluant celui de porter le signe religieux de son choix.

Dans un extrait de son discours diffusé sur Twitter, M. Pallister compare les combats menés par les soldats canadiens durant les deux Guerres mondiales et celle de l’Afghanistan à sa bataille contre la loi 21.

« On sait que la loi au Québec est plus modérée qu’en France, qu’en Suisse, qu’en Belgique, qu’en Allemagne, a remarqué M. Legault. Est-ce que M. Pallister va commencer à faire de la publicité en Europe pour attirer des gens à Winnipeg ? » 

Il a dit ne pas craindre que des Québécois s’installent au Manitoba. Selon Statistique Canada, en 2018, ils étaient 328 à s’installer dans la province fondée par Louis Riel contre 619 Manitobains qui ont déménagé au Québec.

Pour sa part, le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, a invité M. Pallister à se mêler de ses affaires. « Je trouve ça particulièrement opportuniste, mais en même temps, je suis pas mal sûr que le Québec est beaucoup plus attractif que peuvent l’être Winnipeg et le Manitoba. »

« Qui défend les intérêts du Québec ? a-t-il demandé en mêlée de presse. Moi, je trouve que la défense du gouvernement du Québec est faible. Moi, je siège à l’Assemblée nationale du Québec pour défendre les intérêts des Québécois, et quand on se fait attaquer, on réplique. »

Une occasion pour les francophones ?

Les francophones du Manitoba voient les choses d’un autre oeil. «Nous sommes heureux que la province fasse la promotion de notre bilinguisme et qu’elle oeuvre pour assurer qu’elle puisse nous offrir des services en français», a réagi la vice-présidente de la Société de la francophonie manitobaine, Angela Cassie. Elle a toutefois refusé de se prononcer sur le message contre la Loi sur la laïcité de l’État véhiculé par cette campagne de publicité. «On ne peut vraiment pas parler au sujet de l’objectif du gouvernement provincial et comment il a choisi de passer son message, mais pour nous, peu importent les circonstances, les gens qui font le choix de venir chez nous vont être accueillis. Nous sommes une communauté francophone diverse et inclusive. On travaille très fort pour nous en assurer.»

Elle espère que cette campagne portera ses fruits, d’autant plus que les francophones avaient dû se mobiliser après l’élection du gouvernement Pallister en 2016 pour lui faire comprendre «la valeur ajoutée» de leur communauté. «Pour nous, ça démontre qu’ils nous ont entendus et qu’ils sont prêts à aller de l’avant, a-t-elle affirmé en espérant un réinvestissement dans les services en français pour créer des postes dans le milieu de l’éducation, de la santé et de la petite enfance. «Nous avons beaucoup de besoins comme francophonie, pas seulement ici à Winnipeg, mais dans le contexte rural aussi», a-t-elle ajouté. Les francophones ont leur propre commission scolaire au Manitoba.

Le gouvernement progressiste-conservateur de M. Pallister n’avait pas été tendre envers les francophones au début de son premier mandat, a rappelé le politologue Raymond Hébert en entrevue au Devoir. Il avait aboli un poste de sous-ministre adjoint responsable de l’éducation en français et une douzaine de postes permanents de traduction au sein de l’État pour les remplacer par des pigistes. «Ça a fait un effet choc dans la communauté francophone», a souligné M. Hébert.

Le professeur à la retraite soupçonne M. Pallister, qui a autrefois été un député fédéral allianciste, de préparer une éventuelle campagne à la direction du Parti conservateur du Canada. «Il essaie de projeter l’image qu’il est un leader canadien qui a les intérêts de l’ensemble du Canada à coeur», a-t-il avancé. D’autant plus que la Loi sur la laïcité de l’État est mal perçue dans cette province qui compte quelque 130 communautés ethniques.

Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a dit craindre que l’offensive publicitaire du premier ministre manitobain, Brian Pallister, « alimente le discours nationaliste conservateur » de la CAQ. « En posant des gestes comme cela, ce que le Manitoba fait, c’est de nourrir le discours de la Coalition avenir Québec et du Parti québécois qui parle de la question de la laïcité comme d’un débat Québec-Canada, alors que ce n’est pas ça du tout. C’est un débat au Québec, entre Québécois, sur quelle conception on a de la laïcité », a-t-il déclaré tout en disant vouloir demeurer en retrait de « ce genre de “guéguerres” politiques là. »

  
Avec La Presse canadienne et Marco Bélair-Cirino
15 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 29 novembre 2019 03 h 45

    Francophones canadiens

    Et il y a des québécois qui contnuent à dire que le français dans le ROC est mort.

  • Paul St-Gelais - Abonné 29 novembre 2019 03 h 46

    Faire et laisser braire

    Peu importe ce que fait Québec, ce sera toujours répréhensible au Canada. Il suffit de nous critiquer pour gagner de la popularité et des votes au Canada. La haine viscérale, irrationnelle, de beaucoup d'anglos envers notre province y apporte déjà des préjudices importants. La fermeture de l'usine GM, la plus productive au Canada, n'est sûrement pas étrangère à l'aversion qu'ont beaucoup de canadiens pour tout ce qui est québécois, et Hyundai? Pour certains anglos, pratiquement tous les problèmes canadiens sont d'origine québécoise. Combien de discours loufoques j'ai entendu à ce propos durant mon séjour de plusieurs années en C.B.? Et ça fait vendre les journaux qui participent avec brio à cette ignominie qui finira par être dangereuse si on ne s'en occupe pas.

  • Jean-Luc Malo - Abonné 29 novembre 2019 04 h 50

    Pourquoi le Devoir a--t-il accepté ces publicités?

    Le Devoir a accepté il y a quelque mois des publicités du gouvernement de l'Alberta vantant les pipelines. Et maintenant du gouvernement du Manitoba. Je m'adresse au rédacteur en chef, M. Milne: Y a-t-il une éthique des publicités dans ce journal?

    Jean-Luc Malo
    (ex?) abonné

    • Michel Bouchard - Abonné 29 novembre 2019 08 h 44

      Le Devoir a accepté de publier pour mettre en évidence l'absurdité du gouvernement Pallister !

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 29 novembre 2019 09 h 06

      Poser la question c'est y répondre...Ce n'est plus une question d'éthique mais de gros sous et d'idéologie: ceux (gros sous) du Canada anglais et celle (idéologie) du multiculturalisme à la "canadian". Selon certains, il faudrait vendre la peau de l'ours avant de le tuer. Et, certains médias québécois y participent ...gaiement. Leur motivation: « le beurre et l'argent du beurre.» Rien n'a changé depuis ...Judas.

    • Clément Fontaine - Abonné 29 novembre 2019 09 h 09

      Pour ma part je ne vois pas d'objection à ce qu'un journal indépendant qui a besoin de revenus publicitaires accepte de faire paraître des annonces qui vont à l'encontre des convictions de la majeure partie de ses lecteurs, en autant que ces publicités soient clairement identifiées dans son édition papier et sur son site internet. Rien n'empêche ensuite ces mêmes lecteurs, comme vous et moi, d'y puiser des arguments additionnels pour lutter contre leurs adversaires. Le Canada est plus que jamais un pays disfonctionnel et le discours politique du ROC, à la fois méprisant et haineux, se charge de nous le rappeler régulièrement.

  • Pierre Rousseau - Abonné 29 novembre 2019 07 h 58

    De la paille et de la poutre

    Il est plus facile de voir la paille dans l'œil du voisin que la poutre dans le sien, selon l'adage. Le Manitoba en est un beau cas d'espèce. Cette province s'est bâtie sur le dos des Métis et des autochtones et l'immigration massive des pays d'Europe de l'Est a noyé une population locale qui était en partie autochtone et en partie francophone au temps de Louis Riel. L'armée canadienne a envahi le territoire pour mettre fin aux velléités d'autonomie des Manitobains et les autochtones ont été affamés pour les forcer à aller dans les réserves où on voulait les confiner. Le gouvernement a ensuite abusé de la bonne foi des peuples autochtones en leur faisant accepter les traités 1, 2, 3 et 5 pour ensuite leur voler leurs territoires pour favoriser une immigration « blanche » européenne. C'est ainsi que les peuples autochtones et les Métis ont été mis en minorité puis marginalisés. Le français a ensuite été interdit pendant des décennies.

    Zoom avant à aujourd'hui. J'ai dû passer pas mal de temps au Manitoba pour une affaire qui a abouti devant un tribunal administratif et pendant cette saga, personne n'a pu communiquer avec moi en français. Le pire fut devant ce soi-disant tribunal qui était en fait une farce monumentale où le principal intéressé (aussi francophone) n'a pu faire valoir son point de vue, la présidente du panel lui coupant la parole à tout bout de champ. Un des membres du panel soi-disant indépendant avait un intérêt personnel économique dans l'affaire et à la fin de l'auditon, les membres du panel ont demandé aux représentants du gouvernement manitobain de rester dans la salle et ils ont fait sortir les autres personnnes... Pas moyen de savoir quelles furent les tractations en notre absence.

    Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres de la tartufferie de Pallister et des politiciens manitobains. Si c'est tellement important pour certains de mêler la religion à l'état, alors allez-y mais vous risquez de sauter de la poêle à frire au feu...

  • Samuel Prévert - Inscrit 29 novembre 2019 08 h 31

    Les oignons québécois

    Cette publicité est répugnante. Les Québécois sont très accueillants mais ils ont le devoir et la responsabilité de défendre leur langue, leur laïcité et l'égalité des hommes et des femmes, des homosexuels et hétérosexuels.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 29 novembre 2019 10 h 38

      Tout à fait.