Legault explique la baisse de popularité de son gouvernement

Le premier ministre François Legault
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre François Legault

Le premier ministre François Legault attribue le recul de la Coalition avenir Québec dans les intentions de vote aux « changements » opérés par son gouvernement depuis un an, à commencer par la réforme du système d’immigration.

« Ce n’est jamais facile de faire des changements. On le voit en immigration. On ne peut pas avoir tous les Québécois qui nous supportent », a-t-il dit dans la foulée de la publication d’un sondage Léger-Le Journal de Montréal mercredi. « Quand on fait des changements, on bouscule. »

La CAQ a perdu six points depuis la mi-mars 2019. Elle récolte désormais 38 % des intentions de vote, comparativement à 27 % pour le Parti libéral du Québec (+6 points), 19 % pour le Parti québécois (+4 points) et 10 % pour Québec solidaire (-5 points).

Le premier coup de sonde effectué par Léger en huit mois consacre la fin de la lune de miel entre le gouvernement caquiste et l’électorat québécois. « On s’y attendait. On se demandait quand ça arriverait. J’étais surpris que ça ne soit pas arrivé avant », a avoué M. Legault dans une mêlée de presse.

Le chef du gouvernement s’est dit étonné qu’une formation politique ― la CAQ en l’occurrence ― puisse profiter d’une lune de miel plus de 13 mois après son arrivée aux commandes de l’État. « Ma lune de miel n’a pas duré 14 mois avec ma femme », a-t-il fait remarquer, avant d’esquisser un large sourire. « Je l’aime toujours », s’est-il empressé d’ajouter.

M. Legault dit avoir tiré des enseignements de la baisse de popularité de son gouvernement au fil des derniers mois. « Je continue à dire à mes députés, à mes ministres : il faut rester humble, il faut rester à l’écoute des citoyens, il faut travailler plus fort », a-t-il mentionné à moins de 10 jours de l’ajournement des travaux parlementaires. Il a invité les membres de son équipe à « respirer » face à l’arrogance de leurs adversaires politiques.

Cela dit, 60 % des Québécois sont satisfaits du gouvernement dirigé par le chef caquiste François Legault, selon Léger. Et la CAQ a toujours la cote avec les francophones : 70 % d’entre eux l’appuient.

Quelque 45 % des 1000 personnes sondées soutiennent que le travail abattu par le gouvernement Legault depuis octobre 2018 est « conforme à [leurs] attentes ». L’action gouvernementale est « au-delà [des] attentes » de 12 % des répondants et « en dessous [des] attentes » de 29 % des répondants.

Les maternelles 4 ans impopulaires ?

Par ailleurs, pas moins de 45 % des Québécois sont insatisfaits du déploiement des classes de maternelle 4 ans à temps plein, peut-on lire dans le rapport de sondage Léger-Le Journal de Montréal. M. Legault, qui a fait campagne en faveur de l’implantation de prématernelles dans les écoles québécoises en 2018, en est vexé. « J’avoue qu’on a encore du travail à faire. Mais, je ne peux pas comprendre que d’offrir une option additionnelle aux parents, surtout aux parents d’enfants qui ont des difficultés d’apprentissage, de dire : vous allez pouvoir les envoyer à l’école avec des orthophonistes, des orthopédagogues, je ne comprends vraiment pas comment quelqu’un peut refuser cette possibilité », a-t-il laissé tomber mercredi. « Il y a des gens qui ont critiqué la maternelle 4 ans. Il y a des gens qui ont critiqué notre approche sur l’immigration. C’est certain quand on fait des changements, on bouscule. Mais, moi, ce qui est important, c’est de respecter nos promesses », a-t-il poursuivi.

Appui en hausse pour le PLQ et le PQ

Le chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand, a accueilli prudemment la progression de six points enregistrée par le PLQ. « Il commence à y avoir des fissures dans l’armure de la CAQ », s’est-il contenté de dire, à cinq jours de l’élection partielle dans la circonscription de Jean-Talon.

Le chef parlementaire du PQ, Pascal Bérubé, avait, lui, davantage le cœur à la fête. « Ça, ça me fait plaisir. On voit clairement que le Parti québécois, qui a le double des appuis de Québec solidaire, est le parti où se retrouvent les indépendantistes », s’est-il enorgueilli mercredi. N’en demeure pas moins que le PQ a l’appui de moins d’un électeur sur cinq. « Tout le monde reçoit des messages à travers ce sondage. Nous, on en reçoit un : c’est celui de continuer à travailler. On est très motivés », a poursuivi M. Bérubé.

QS perd des plumes

La co-porte-parole de QS, Manon Massé, n’entend pas rectifier le tir, en dépit d’un recul de cinq points de pourcentage dans les intentions de vote depuis le 13 mars dernier. « Si on avait écouté les sondages à la dernière élection, on n’aurait pas eu 10 députés », a-t-elle fait valoir à la presse. « On continue de faire notre travail. »

Mme Massé n’a pas repoussé l’hypothèse avancée par un journaliste selon laquelle QS a perdu des plumes notamment en raison de la controverse suscitée par les tenues vestimentaires de la députée de Taschereau, Catherine Dorion. « Les gens tranquillement vont découvrir Catherine », a-t-elle soutenu. « Quand, moi je suis arrivé, j’étais la « bébitte ». Le monde aimait bien rappeler que j’étais différente. […] Aujourd’hui, plus personne ne parle de ma moustache. Les gens ont vu de quel bois je me chauffe », a-t-elle ajouté. Il en sera de même pour Mme Dorion, est persuadée Mme Massé. Mais, « sur le terrain, Madame Dorion n’est pas le monstre que vous tentez de décrire », a précisé l’élue solidaire aux médias.