Alexandre Cusson, le bon élève

Alexandre Cusson devrait annoncer sa candidature à la direction du Parti libéral du Québec, samedi, à Sherbrooke.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Alexandre Cusson devrait annoncer sa candidature à la direction du Parti libéral du Québec, samedi, à Sherbrooke.

Le maire de Drummondville, Alexandre Cusson, doit officiellement faire le « point » sur les rumeurs entourant sa participation à la course à la chefferie du Parti libéral du Québec (PLQ) samedi matin. Ce bon élève — que son entourage dit minutieux, compétitif et discipliné — sautera vraisemblablement dans l’arène… non sans avoir fait ses devoirs auparavant.

Lancer un projet d’agrandissement dans l’école secondaire privée qu’il dirigeait. À ce jour, il s’agit là du geste le plus risqué qu’Alexandre Cusson estime avoir fait dans sa carrière.

C’était « dans un contexte où les revenus ne sont jamais assurés », souligne l’ex-président de l’Union des municipalités du Québec. Dans l’entretien qu’il accorde au Devoir, il se montre posé, réfléchi, modéré.

L’homme de 51 ans dirige Drummondville depuis 2013, et ses multiples engagements publics l’ont visiblement rompu au jeu des médias. Les déclarations flamboyantes, très peu pour cet ex-champion de Génies en herbe, qui a fait ses premières armes politiques dans les années 1980, au sein des jeunes libéraux.

« Vous semblez être d’une discipline hors du commun », lui lance Le Devoir. « Ah ! Ça se peut, répond-il. Je vais laisser les autres en juger. Je suis exigeant pour tout le monde, à commencer par moi. »

Alexandre Cusson marche tous les jours : de 80 à 100 kilomètres par semaine l’été ; entre 30 et 45 kilomètres l’hiver. Mais, comme dans sa carrière, il n’avance pas dans les rues de Drummondville sans but précis.

« Quand je marche, c’est pour aller faire une course, aller porter quelque chose quelque part […], mais je ne suis pas le genre à marcher pour faire le tour du bloc pendant une demi-heure, une heure, une heure et demie. Ça me prend un but dans la vie », atteste-t-il.

En 2017, son but était de perdre 80 livres (36 kilos). Il l’a atteint en sept mois. « J’avais un début de diabète [et] je me suis dit : j’ai le choix, soit je ne fais pas attention, soit… Et moi, quand je décide que c’est comme ça, eh bien, c’est comme ça, donc j’ai changé mes habitudes du tout au tout. Et je me suis mis à marcher. »

Ambitieux, intelligent, compétitif

Cette fin de semaine, il fera vraisemblablement un pas qui pourrait l’amener à diriger le PLQ.

« Il ne va pas là pour faire semblant. […] Il a des ambitions. Drummondville, je me risquerais à dire que c’est rendu trop petit pour lui ! » lance Jean-Pierre Boisvert, du journal L’Express de Drummondville.

S’il se lance dans la course, c’est pour gagner, admet-il lui-même. « C’est un gars qui est assez compétitif », remarque aussi Alain Caillé, de Deloitte Drummondville.

Dès le secondaire, il a remarqué que son confrère « était dans une classe à part ». Il est à son avis « d’une disponibilité hors du commun et d’une intelligence rarement vue ».

Le directeur actuel du collège Saint-Bernard, où a travaillé Alexandre Cusson entre 1989 et 2013, affirme quant à lui que son ex-collègue est l’une des « cinq personnes les plus intelligentes et les plus cultivées [qu’il] puisse connaître ».

« [Il a] une capacité d’apprentissage phénoménale, mais surtout une mémoire infaillible », estime Dominic Guévin.

Bourreau de travail

Alexandre Cusson est célibataire et n’a pas d’enfants.

« J’ai toujours été quelqu’un qui travaillait beaucoup, alors j’ai vite compris que d’avoir une famille… je ne serais peut-être pas un bon père », dit-il.

Son temps, il le consacre parfois aux voyages ou à la lecture de romans et de biographies de toutes sortes… mais surtout au travail.

Il est perfectionniste et minutieux, raconte son entourage. « Il fait ses devoirs », souligne Jean-Pierre Boisvert, du journal L’Express de Drummondville. Avant de déposer son premier budget à la Ville, le maire a passé des jours à l’étudier. Il voulait être en mesure de bien le présenter, se rappelle le journaliste.

Il est « tout le temps en contrôle » ; il maîtrise chacune des étapes des conseils municipaux et s’assure même de discuter avec les reporters, après coup, pour mieux encadrer le message qui parvient à la population.

Sans surprise, Alexandre Cusson dit « additionner » depuis des semaines les personnes devant former son équipe.

Il s’est notamment adjoint les services de Sylvain Langis et de Josée Lévesque, respectivement ex-directeur général du PLQ et ex-organisatrice de campagne de Philippe Couillard.

Des repères à retrouver

Mais la bataille au sein du PLQ s’annonce plus musclée que celles qu’il a livrées au municipal.

Lors de sa première campagne en 2013 à Drummondville, il avait profité de l’appui de la mairesse sortante Francine Ruest-Jutras, qui dominait la politique locale depuis 25 ans. Depuis, il n’a fait face à aucune opposition.

Or, au PLQ, il devra se mesurer à l’ex-ministre de l’Économie Dominique Anglade, qui profite de l’appui de 11 membres du caucus. Il fera aussi son entrée dans un parti « qui a des repères à retrouver », selon lui.

Devant son adversaire montréalaise, sa connaissance des régions du Québec constitue « un atout non négligeable », estime Jean-Marc Fournier. L’ex-ministre insiste : il n’appuie ni l’un ni l’autre des candidats, mais bien l’idée d’une course, afin de « reconnecter avec les militants et la population ».

Mots chers au PLQ

Alexandre Cusson est d’accord. « Il faut se reconnecter avec la population, se reconnecter avec nos propres militants, faire revivre nos institutions démocratiques », dit-il, en répétant des mots chers au PLQ depuis la défaite du 1er octobre 2018.

Visiblement, le bon élève a étudié le vocabulaire du parti.

Jusqu’à se l’approprier.

Avec Isabelle Porter

Environnement: les jeunes libéraux veulent des engagements

À la veille du déclenchement de la course à la chefferie du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade et Alexandre Cusson ont tous les deux appuyé la proposition de leur Commission Jeunesse visant à faire de la protection de l’environnement la neuvième valeur libérale. « On aura l’occasion d’en reparler, mais ça fait plus que m’intéresser », a confirmé au Devoir le candidat potentiel à la chefferie Alexandre Cusson. « Moi, je suis favorable, absolument, à la démarche », a aussi attesté la candidate Dominique Anglade vendredi. Les valeurs libérales ne peuvent être modifiées que par le congrès des membres du parti, qui doit se réunir en 2020. D’ici là, le parti vivra une course à la chefferie, qui sera lancée samedi. Déjà, les jeunes libéraux ont sommé les candidats de s’engager à mettre fin à toutes les subventions du gouvernement et de ses organismes dans les secteurs pétrolier et gazier dans les deux premières années d’un gouvernement libéral. Le Devoir