Réforme ratée du PEQ: le ministre Jolin-Barrette avoue avoir été «ébranlé»

Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, lors de son allocution devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, lors de son allocution devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain

Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, a dit, vendredi, à la tribune de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) avoir appris sa leçon du fiasco de sa première tentative de réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) : il consultera « tous » les acteurs du milieu des affaires et de l’éducation avant de soumettre un nouveau règlement au Conseil des ministres.

Le président de la CCMM, Michel Leblanc, n’était pas pour autant prêt à faire comme si de rien n’était. « Le lien de confiance, c’est quelque chose qui se construit », a-t-il affirmé, deux semaines après l’abandon d’un règlement resserrant l’accès au PEQ ― voie expresse pour obtenir un certificat de sélection du Québec ― à des diplômés de certains programmes d’études.

D’humeur badine, M. Jolin-Barrette a avoué avoir été tenté d’enfiler son « coton ouaté » au fil des dernières semaines, tellement « il a venté fort » contre son projet de réforme de l’immigration. « Mes cheveux ont presque bougé », a-t-il laissé tomber, après être monté sur la scène de la CCMM, escorté de son garde du corps. « J’ai même parfois envie d’être en coton ouaté », a-t-il ajouté.

Le ministre a aussi affirmé, sourire en coin, que « tout l’épisode » ayant culminé avec l’abandon de son règlement modifiant les critères d’admission au PEQ « aura permis au programme une renommée qui est immédiate ».

La controverse aura aussi coûté au haut fonctionnaire Alain Dupont le poste de sous-ministre adjoint, a appris Le Devoir. M. Dupont avait supervisé l’élaboration de la « Liste des domaines de formation admissibles au PEQ » qui a mis dans l’embarras le gouvernement caquiste. Des programmes de formation saugrenus y apparaissaient comme celui de « sciences domestiques » qui était jadis offert aux jeunes femmes afin de les maintenir dans leurs rôles de ménagère, de mère et d’épouse.

« J’ai décidé, nous avons décidé de retourner à la table de travail pour améliorer la réforme pour prendre en compte les différents commentaires », a poursuivi M. Jolin-Barrette devant le parterre de gens d’affaires.

Au même moment, des agents de sécurité du Palais des congrès et des policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) montaient la garde à plusieurs endroits dans le Palais des congrès, où la CCMM avait donné rendez-vous à l’élu caquiste.

Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Des dizaines de manifestants s’étaient réunis devant le Palais des congrès, à Montréal, où le ministre de l’Immigration donnait une conférence devant les membres de la Chambre de commerce.

À l’extérieur, des dizaines de manifestants avaient promis de « perturber l’exercice de communication politique » de l’« idéologue des politiques xénophobes » de la Coalition avenir Québec et instigateur des « réformes catastrophiques en immigration ». « Comme il s’est moqué de nous avec sa réforme, nous lui rendons la pareille en lui faisant sa fête », pouvait-on lire sur l’un de leurs tracts.

Trêve

Le dirigeant de la CCMM, Michel Leblanc, a, lui, appelé à une trêve avec le gouvernement caquiste. « On a fait entendre nos doutes et le ministre a fait marche arrière. C’est ce qu’on espère d’un gouvernement, c’est qu’il fasse cela à l’occasion. Et quand il le fait, on ne lui lance pas la pierre », a-t-il souligné, avant d’inviter ses membres à « travailler » avec l’équipe de Simon Jolin-Barrette.

M. Leblanc a promis d’« expliquer » à M. Jolin-Barrette « pourquoi » la liste des domaines d’études admissibles au PEQ doit être exhaustive. « Les entreprises veulent plusieurs types d’individus, pas seulement des individus avec une formation ultra-spécifique », a-t-il fait remarquer aux médias.

Comment le gouvernement québécois s’assurera-t-il que, par exemple, un étudiant en sociologie maîtrisant le mandarin — qui s’avérerait un atout de taille pour une entreprise québécoise désirant conquérir le marché chinois — puisse participer au PEQ ?, a-t-il demandé.

M. Jolin-Barrette n’a pas écarté l’idée d’inscrire tous les programmes menant à un diplôme d’études collégiales (DEC), de baccalauréat, de maîtrise ou encore de doctorat à la nouvelle Liste des domaines de formation admissibles au PEQ comme les cégeps et les universités le lui demandent. « Dans un premier temps, je vais les rencontrer. Je vais les consulter, je vais échanger, je vais entendre leurs préoccupations. Je me laisse le temps de bien refaire le travail », a-t-il affirmé, avant de répéter qu’il entend « sélectionner les personnes immigrantes en fonction des besoins du marché du travail ».

Le directeur général de l’organisme Accueil liaison pour arrivants (ALPA), René Fréchette, a pour sa part demandé au ministre que « la nouvelle mouture du programme réponde à la fois aux besoins du marché du travail, mais aussi aux besoins des individus qui sont derrière tout cela ». « Ce qui construit une société riche, c’est la diversité : la diversité de formations, la diversité de provenances, la diversité de cultures », a affirmé M. Féchette, qui prête main-forte à quelque 4000 personnes immigrantes par année.

7 commentaires
  • Frédéric Hanslik - Abonné 22 novembre 2019 23 h 04

    Etonnant

    Je trouve cela assez rare de voir un politicien admettre une erreur, faire marche arrière, et déclarer avoir appris quelque chose. D'accord la faute était grosse mais malgré tout, M Jolin-Barette a agi de façon honorable il me semble. Depuis le virage identitaire de QS, je m'étonne moi-même de commencer à trouver la CAQ moins rebutante.

    • Marc Therrien - Abonné 23 novembre 2019 09 h 30

      Il y a deux visions du leadership professionnel qui se confrontent. La première, plus traditionnelle et conservatrice, qui veut qu’un professionnel est une personne dont les niveaux de connaissance et d’expérience en sa matière d’expertise lui confèrent une compétence lui permettant d’approcher le zéro erreur dans ses actions. La seconde, plus moderne qui tient compte de la complexité qui s’agrandit, voit plutôt le professionnel comme celui qui peut corriger continuellement la trajectoire de son action au fur et à mesure des obstacles qui se présentent. On parle alors d’incompétence compétente, une idée qui relève quand même de la très antique attitude socratique qui valorisait l’ignorance savante.

      Marc Therrien

  • Michel Dubé - Abonné 22 novembre 2019 23 h 28

    Que dire?

    Le pouvoir qui vous tombe dessus et qui vous fait croire que parce que les apparachiks qui contrôlent les ministères depuis toujours, sont vos alliés. Vous êtes des marionnettes des hauts fonctionnaiires qui sont là d"un gouvernement à l'autre, d'un parti à l'autre. Et ils vous vont faire des gaffes dont vous n'êtes que des pauvres innocents. Et de très mauvais décideurs et gestionnaires. Jusqu'à la prochaine élection, où vous serez enore mis sur la liste d'épicerie de ...vos rêves et de vos incompétences ou de votre enregistrement qui tourne en boucle....
    Michel Dubé

  • Hugues Cormier - Abonné 23 novembre 2019 07 h 49

    Gratitude à Messieurs Jolin-Barrette et Leblanc pour leur attitude / Ce qui blesse instruit

    Bruxelles pour quelques jours,
    Gratitude à Messieurs Jolin-Barrette et Leblanc pour leur attitude. Monsieur Jolin-Barrette est un ministre encore plus aguerri sur ce dossier suite aux difficultés rencontrées. Ce qui blesse instruit. La façon qu'il entend procéder pour arrimer besoins du Québec et la demande d'immigration est enrichie de cette expérience. Il a une approche humaine.
    Les personnes qui méritent d'être reconnues comme êtres humains et candidats potentiels à l'immigration sont nombreuses par rapport aux besoins du Québec, cela peut certes être des diplômés universitaires mais cela peut parfois très bien être aussi des diplômés de formation professionnelle, ou autres. Détenir un diplôme ne peut signifier une acceptation automatique et obligatoire à moins que l'admission à un programme se soit faite sur une promesse formelle du genre si vous étudiez sur un sujet donné à une institution donnée au Québec, vous êtes certain d'être admis comme immigrant. Ce ne serait pas bien sage d'agir dans ce sens quelque soit le diplôme ou le lieu d'étude. Ce serait du laisser-faire total. La qualité du français des candidats à l'immigration est un autre point très important et on peut tout à fait penser que certains milieux d'enseignements aident à la place du français au Québec alors que d'autres non. Et les étudiants immigrants qui étudient dans un milieu francophone terminent leurs études, il ne faut pas s'inquiéter, bilingues. Ce n'est pas le cas chez les étudiants-immigrants unilingues anglophones qui étudient dans des milieux anglophones. Le but de l'immigration doit-il être de favoriser l'anglais et d'ainsi affaiblir le caractère francophone du Québec ? Oui à une immigration qui contribue à sa façon à la santé du français au Québec, à l'image de la loi 101 en son domaine et son temps et non à une immigration qui nuirait à la santé du français au Québec. Les Québécois peuvent s'épanouir sans vendre leur âme...

  • Raynald Rouette - Abonné 23 novembre 2019 10 h 58

    Informations incomplètes et boycott


    Pourquoi l'immigration est devenu un sujet tabou au Québec?

    Pourquoi l'auteur de "Disparaître" Jacques Houle et autres ne sont pas invités à bien expliquer leur point de vue? Autant dans Le Devoir, La Presse ou Radio Canada RDI Montréal.

    Il apparaît clairement y avoir un déséquilibre dans le traitement de l'information en général. Il en a été de même pour le traitement des polémiques SLAV et Kanata. Une tendance lourde et inquiétante...

  • Gilles Théberge - Abonné 23 novembre 2019 11 h 45

    Il me semble que tous les domaines d'étude devraient faire partie de la liste du ministre.

    Ça tombe sous le sens, pour un gouvernement qui comprend que l'instruction enrichit, comme me disait mon père dans le temps, « qui s'instruit s'enrichit » !

    C'est encore vrai aujourd'hui.