Grève au CN: Legault demande une loi spéciale au fédéral

Selon François Legault, il y a urgence en raison des risques de pénurie de propane, livré par l’entremise des chemins de fer, et qui est essentiel dans plusieurs secteurs de l’économie du Québec.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Selon François Legault, il y a urgence en raison des risques de pénurie de propane, livré par l’entremise des chemins de fer, et qui est essentiel dans plusieurs secteurs de l’économie du Québec.
Les réserves de propane du Québec seront épuisées d’ici cinq jours en raison de la grève à la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN), ce qui place la province en « état d’urgence », selon le gouvernement Legault.

Ainsi, Ottawa et les partis d’opposition doivent se préparer à adopter une loi spéciale avant même la reprise des travaux parlementaires à Ottawa, prévue le 5 décembre, a affirmé jeudi le premier ministre François Legault.

« On utilise à peu près six millions de litres de propane par jour, a-t-il expliqué en mêlée de presse, à Québec. Nous disposons de réserves de 12 millions de litres. Nous avons commencé à faire des choix. Nous avons [du propane] pour quatre jours, quatre jours et demi. »

Selon M. Legault, la priorité a été donnée aux hôpitaux et résidences pour personnes âgées qui utilisent le propane pour chauffer. Cette source d’énergie est également névralgique pour de nombreux éleveurs, qui doivent chauffer des établissements comme des poulaillers, et agriculteurs pour faire sécher les céréales récoltées.

Bien qu’il souhaite que le CN et ses 3200 cheminots représentés par la Conférence ferroviaire de Teamsters Canada, en grève depuis mardi, puissent conclure une entente négociée, le premier ministre estime qu’« on ne peut pas exclure d’avoir un projet de loi spéciale » pour forcer un retour au travail.

Environ 85 pour cent du propane consommé par le Québec est acheminé par voie ferroviaire, principalement depuis Sarnia, en Ontario, selon la présidente et chef de l’Association canadienne du propane, Nathalie St-Pierre.

« Les camions font la file pendant environ six heures à Sarnia pour obtenir du propane, a-t-elle expliqué au cours d’un entretien téléphonique. L’impact est significatif pour le Québec parce qu’il est difficile d’avoir accès à un approvisionnement en propane autrement que par train. »

Même si l’impasse était dénouée entre le CN et les Teamsters, il faudrait « plusieurs jours », voire des semaines, avant que l’approvisionnement en propane puisse revenir à la normale au Québec, selon Mme St-Pierre.

Agriculteurs en détresse Entre-temps, la situation continue de se compliquer pour de nombreux agriculteurs, qui, après une saison des récoltes difficile en raison des conditions météorologiques, sont incapables de faire sécher leurs grains.

« Mon fournisseur de propane m’a prévenu de ne pas récolter de maïs humide, a indiqué jeudi le président des Céréaliers du Québec, Clément Leblanc, au cours d’une entrevue téléphonique. Il ne peut pas me garantir qu’il va venir me livrer du propane. »

Établi dans la région de Saint-Hyacinthe, M. Leblanc a cessé de récolter dans ses champs, où il reste pour environ 500 000 $ de maïs, puisque les grains ne se conservent que deux ou trois jours sans séchage.

La Coop fédérée et l’Union des producteurs agricoles (UPA) ont déjà publiquement demandé à ce que les gouvernements agissent pour minimiser les conséquences de la grève au CN sur les agriculteurs, qui connaissent une saison des récoltes difficile en raison des conditions météorologiques.

« Cette crise du propane arrive en pleine période de séchage des grains et ne peut être prise à la légère », a fait valoir le président de la Coop fédérée, Ghislain Gervais, par voie de communiqué.

Selon l’UPA, les producteurs céréaliers sont aux prises avec « l’une des récoltes les plus humides depuis des décennies ». Les besoins en propane sont plus criants que jamais, puisqu’il faut faire sécher les céréales.

Ce sont des chefs et des agents de train ainsi que les agents de triage du CN qui sont en grève depuis mardi – l’échéancier fixé pour conclure une entente avec la partie patronale.

Sans contrat de travail depuis le 23 juillet, les Teamsters se disent préoccupés par les longues heures de travail, des enjeux entourant la fatigue et ce que le syndicat considère comme des conditions de travail dangereuses.