Dominique Anglade a mal géré son budget à l’Économie

Guylaine Leclerc n’est pas tendre envers ce ministère qui dispose d’une enveloppe de 3 milliards pour l’aide au développement économique.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Guylaine Leclerc n’est pas tendre envers ce ministère qui dispose d’une enveloppe de 3 milliards pour l’aide au développement économique.

La candidate à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade, s’est défendue mercredi d’avoir mal géré des centaines de millions de dollars de subventions lorsqu’elle était à la tête du ministère de l’Économie et de l’Innovation (MEI). Dans un rapport accablant rendu public quelques heures plus tôt, la vérificatrice générale révélait plusieurs lacunes dans la reddition de compte du ministère entre 2016 et 2018.

« Au contraire, ce qu’on a été capable de démontrer, c’est qu’on a fait en sorte que l’économie a crû, on a fait en sorte qu’on a eu des projets hyper innovants et quand vous allez voir les personnes qui sont interpellées par ça dans toutes les régions du Québec, elles vont vous dire “enfin, on avait un souffle pour vraiment investir dans notre économie, pour sortir des sentiers battus”. »

Subventions mal justifiées, versements devancés pour des projets sans analyse, un chantier d’un milliard de dollars mal géré… La vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, n’est pas tendre envers ce ministère qui dispose d’une enveloppe de trois milliards de dollars pour l’aide au développement économique. Elle s’inquiète également que deux ministères, celui du Conseil exécutif et le Conseil du Trésor, lui aient refusé l’accès aux documents qui auraient permis de justifier l’octroi de certaines subventions. « C’est préoccupant pour le Vérificateur général, a-t-elle affirmé. C’est préoccupant pour le futur aussi. »

 
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La candidate à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade

Pourtant, les justifications existent, selon Mme Anglade, qui s’expliquait mal qu’elles n’aient pas été remises à la vérificatrice générale. « Je ne peux pas répondre à la place des fonctionnaires pourquoi cette information-là n’a pas été divulguée, mais ces projets-là ont été étudiés non seulement au niveau des comités consultatifs que nous avions, mais également au niveau des Conseil des ministres et ils faisaient partie des budgets », a-t-elle affirmé.

Le Devoir a obtenu une lettre du ministère du Conseil exécutif adressée à la vérificatrice générale qui stipule que « les documents visés » sont « parmi les documents les plus sensibles soumis aux ministres » et qu’ils sont « protégés par le principe du secret de délibération du Conseil des ministres ».

Québec solidaire et le Parti québécois ont tout de même demandé au gouvernement de faire preuve de plus de transparence. « On ne va pas commencer à jouer au fou avec la vérificatrice générale qui est le chien de garde ultime du gouvernement », a dénoncé le député solidaire Vincent Marissal.

« Je veux que le gouvernement de M. Legault, qui se dit transparent, passe de la parole aux actes, a demandé le député péquiste, Sylvain Gaudreault. Sans dévoiler le contenu des échanges au Conseil des ministres — ça, je peux le comprendre — il reste qu’avant d’arriver aux échanges, il y a eu des analyses qui sont faites par les fonctionnaires. »

Subventions hors normes

La vérificatrice générale a trouvé plusieurs lacunes, dont trois majeures, au ministère de l’Économie et de l’Innovation (MEI). Près des deux tiers des vingt dossiers de subventions révisés par son bureau comportaient des irrégularités entre les années financières 2016-2017 et 2018-2019. Ainsi, 262,7 millions de dollars ont été accordés hors des programmes réguliers du ministère, mais les analyses effectuées et la documentation fournie étaient incomplètes. Par exemple, deux organismes ont reçu 15 millions de dollars alors que la note d’analyse transmise au Conseil des ministres ne contenait aucune recommandation. « Rien, dans la note fournie par le MEI au ministre, n’appuie l’octroi de l’aide financière », signale Mme Leclerc.

Si elle avait respecté les normes des programmes existants, il aurait été impossible d’injecter des fonds dans l’innovation économique, a soutenu Dominique Anglade en point de presse tout en reconnaissant qu’il y avait place à une meilleure reddition de compte. « Il faut à un moment donné au sein du gouvernement qu’on soit en mesure de prendre des initiatives qui sortent un peu des cadres parce que ça nous permet d’avancer », a-t-elle plaidé.

« Un gouvernement doit être capable de faire des projets non normés, a souligné, pour sa part, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon. Par contre, la reddition de compte, la sophistication de l’analyse doit être plus importante. »

Durant les deux dernières années du gouvernement libéral de Philippe Couillard, le ministère a également devancé en fin d’année financière des versements totalisant 335,7 millions de dollars, entre autres, pour financer des projets qui n’avaient pas encore été sélectionnés comme ceux de neuf centres de recherche. « Nos travaux montrent que plusieurs projets sont finalement annulés et que les regroupements conservent l’argent pour de futurs projets », a constaté la vérificatrice générale. Cette somme mal dépensée « a contribué à diminuer le surplus annuel du gouvernement ».

De plus, le ministère n’a fait aucune planification pour connecter 340 000 foyers à Internet haute vitesse dans le cadre du programme Québec branché qui disposait d’une enveloppe de 400 millions de dollars. La vérificatrice générale recommande au ministère d’apporter plusieurs correctifs pour éviter que ces situations ne se reproduisent.

Trop d’antibiotiques en agriculture

Le ministère québécois de l’Agriculture tarde à restreindre les usages reconnus comme non appropriés des antibiotiques, indique le commissaire au développement durable, Paul Lanoie. Par exemple, il n’a pas interdit l’administration d’antibiotiques comme facteurs de croissance chez les animaux destinés à l’alimentation, ignorant ainsi les recommandations formulées par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) et le ministère de la Santé et des Services sociaux. Au Canada, le Québec se classe au deuxième rang pour sa consommation d’antibiotiques en production animale. Plus de 27 % des quelque 868 000 kilogrammes d’antibiotiques distribués au pays l’ont été au Québec. Par ailleurs, M. Lanoie trouve curieux de voir les vétérinaires être autorisés à prescrire les antibiotiques et à les vendre avec profit.
7 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 21 novembre 2019 06 h 27

    Bonnet blanc, blanc bonnet

    PLQ/CAQ, Dominique Anglade/Pierre Fitzgibbon: même combat.

    Madame Leclerc, notre vérificatrice générale est déçue et s'inquiète pour la suite des choses avec le gouvernement Legault. Nous aussi.

    Des documents "sensibles" et "protégés". Un nouveau ministre à l'Économie et l'Innovation de la CAQ qui nous semble avoir fait ses classes au PLQ Inc. Une même valse des millions par centaines, au bout du compte, qui se danse dans les bras d'on ne sait pas qui, dans ce bal masqué. Et. qui part avec notre argent avant que l'orchestre ait fini de jouer pour aller le terrer on ne sait ni dans quoi ni où.

    Comédie pour les uns, tragédie pour les autres, ce film qui n'en finit plus a plus qu'assez duré pour ceux et celles qui paient au guichet tournant.

    • Hermel Cyr - Abonné 21 novembre 2019 10 h 22

      Tout à fait d’accord avec vous. En fait il s’agit d’un même pouvoir au plan socio-économique. Éric Girard, l’actuel ministre des Finances et alors candidat de la CAQ avait en pleine campagne électorale félicité le gouvernement Couillard pour la bonne gestion des finances du Québec.

      Mais les électeurs ne semblent pas voir que la CAQ est l’équipe économique #2 des mêmes intérêts fondamentaux. Il n’y a qu’à voir la réaction des ministres de la CAQ et du PM à ce rapport et aussi à la mauvaise gestion de Mme Anglade dans l’affaire de la vente de Rona.

      Aujourd’hui ce gouvernement surfe sur de l’argent enlevé à la société civile sans plan, sans vision et … il faut bien l’avouer, sans opposition qui vaille !

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 21 novembre 2019 07 h 18

    Une belle parleuse et une petite faiseuse

    Les Libéraux ont mal géré l'économie du Québec, faisant passer le revenu disponible par personne du 4e rang canadien (sous le PQ) au dernier rang sous Couillard.

    Ils ont hérité d'un budget de l'État équilibré en 2003, en ont rompu l'équilibre en 2007 et ont mis une décennie à rétablir cet équilibre. Et ce par des coupures sauvages qui ont pénalisé tout le monde.

    Leur stratégie industrielle s'est limitée au Plan Nord, un gigantesque projet de gaspillage des fonds publics 60 milliards$ qui, heureusement, a été un flop.

    Quand à la gestion de son propre ministère, la vérificatrice a parlé.

    Et pour ce qui est du sérieux du travail de Mme Anglade comme ministre, tout est dit dans mon texte intitulé 'Le derrière miraculeux de la ministre'.

    • Hermel Cyr - Abonné 21 novembre 2019 15 h 59

      … et en plus, Mme Anglade a le culot de dire que « les personnes qui sont interpellées par ça dans toutes les régions du Québec, […] vont vous dire “enfin, on avait un souffle pour vraiment investir dans notre économie, pour sortir des sentiers battus”. »

      Évidemment que les profiteurs de la gabegie du gouvernement Couillard et de l’ex-ministre vont être d’accord. Ce sont eux qui s’en on mit plein les poches et qui ont ensuite laissé tomber les projets bidons qui les ont engraissés. … et peut-être engraissé la caisse libérale avant les dernières élections.

      C'est potentiellement très grave cette affaire ! Il faut une enquête plus poussée. Et j’espère que le PQ ne va pas laisser tomber le morceau.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 22 novembre 2019 10 h 30

      Hermel Cyr écrit : "j’espère que le PQ ne va pas laisser tomber le morceau."

      Le PQ a intérêt à ce que Mme Anglade soit élue cheffe du Parti Libéral du Québec.

      L'intérêt du PQ, c'est de déterrer cette affaire une fois seulement qu'elle aura été élue cheffe. Et alors, de reparler de sa défense catastrophique des fleurons de l'économie québécoise (alumineries, Bombardier, Rona, etc.), et de la gestion arbitraire de son budget ministériel.

      Mme Anglade, c'est la cheffe idéale du PLQ… pour les autres partis politiques.

      Je prie Dieu pour qu'elle soit élue…

  • Françoise Labelle - Abonnée 21 novembre 2019 08 h 22

    Gestion bric-à-brac

    «des versements totalisant 335,7 millions de dollars, entre autres, pour financer des projets qui n’avaient pas encore été sélectionnés comme ceux de neuf centres de recherche»
    On verse 335 millions à des projets qui n'ont pas été sélectionnés?? Il me semble que les montants auraient dû être gelés plutôt que versés.
    Comment qualifier ce mode de gestion?

    Dire que l'économie a crû n'a aucune valeur sans démonstration que la croissance est attribuable à la gestion de son ministère. L'économie a décru sous les coupures néo-libérales (illogiques en période de stagnation), il est normal qu'il y ait eu une reprise. Reprise d'ailleurs mondiale.

  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 21 novembre 2019 08 h 55

    Est ce la machine libérale qui transforme ses intervenants en incompétent fraudeur ou est ce les incompétents fraudeurs qui transforment la machine libérale? Mystère...