Québec ne peut défendre à lui seul le français, pense Marois

Pauline Marois croit que les citoyens sont les premiers responsables de la question.
Photo: Graham Hughes Archives La Presse canadienne Pauline Marois croit que les citoyens sont les premiers responsables de la question.

Ce n’est pas au gouvernement seul d’agir pour empêcher que le français ne « s’effrite » au Québec : la société civile — les citoyens — a un rôle central à jouer, estime l’ancienne première ministre Pauline Marois.

« Oui, le gouvernement a une responsabilité… mais les citoyens aussi », a soutenu Mme Marois lundi, en marge du lancement d’une campagne de financement de la Fondation pour la langue française. « Ce sont les premiers responsables de cette question. »

Pauline Marois juge que « s’il n’y a pas d’intervention des citoyens pour agir, parler, s’approprier cette langue, s’affirmer pour souhaiter que dans les commerces [on leur réponde en français], on risque de voir s’effriter cette langue. Ça n’exclut pas que le gouvernement intervienne, mais des citoyens doivent s’approprier cette démarche et cette action ».

Mme Marois avait fait une sortie remarquée à la fin de l’été autour des « glissements » du français observés dans une étude récente de l’Office québécois de la langue française. Lundi, la publication d’un sondage Léger commandé par la Fondation et indiquant que 62 % des répondants se disent « préoccupés par l’usage du français dans l’espace public » est venue « confirmer les inquiétudes » de l’ancienne cheffe du Parti québécois.

« Il y a le risque de l’indifférence, dit-elle. On voit que chez les jeunes, il y a une préoccupation moins grande […] quand on s’adresse à eux en anglais dans un commerce. Ils sont moins portés à réagir. »

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir François Legault et Pauline Marois lundi soir

Legault d’accord

François Legault, qui a participé au lancement officiel de la campagne de financement en soirée, a abondé.

« C’est inquiétant de voir que les jeunes ne s’inquiètent pas assez », pense le premier ministre. Mais il a soutenu qu’il faut dans ce contexte « aider les jeunes à aimer davantage le français », en en faisant la « promotion, en [investissant] en culture ». « Plus on aime notre langue, plus on en est fiers, plus on la défend. »

M. Legault, qui n’exclut pas de revoir la Loi 101, a réitéré qu’il entend agir pour que le gouvernement « donne l’exemple » et communique en français avec les citoyens nouvellement arrivés. Plus largement, il estime qu’il y a « beaucoup d’emphase à mettre sur le français langue de travail et le français chez les nouveaux arrivants ».

Le sondage Léger de lundi donne une mesure de la perception qu’ont les citoyens de l’état du français au Québec : 56 % des répondants estiment que la situation s’est détériorée depuis dix ans. Une majorité (58 %) pense aussi que « l’avenir du français est avant tout la responsabilité » de chaque citoyen.

Pas de loi sur le « Bonjour-Hi »

Concernant le « Bonjour-Hi », Pauline Marois ne croit pas que le gouvernement peut faire grand-chose sur le plan légal. « Ce serait un peu compliqué » d’adopter une loi interdisant la formule, a-t-elle dit en faisant référence à une idée effleurée en octobre par le ministre responsable du dossier de la langue française, Simon Jolin-Barrette.

Est-ce dire que Québec ne peut rien dans ce dossier ? Non, répond Mme Marois. « Il y a eu une motion unanime adoptée par l’Assemblée nationale » en 2017 pour préconiser l’utilisation du « Bonjour » dans les commerces, a-t-elle rappelé. Ce genre de geste « manifeste la volonté qu’ont les décideurs que ça devienne une règle […]. C’est un engagement moral qui a énormément de poids. »

Une fondation « apolitique »

Mise sur pied l’an dernier pour « promouvoir la langue française », la Fondation pour la langue française est un « véhicule purement philanthropique et apolitique », précisait lundi Maxime Laporte, coprésident de l’organisme, avec John Parisella.

« La mission [de promotion] s’inscrit de manière complémentaire au combat plus axé sur la défense de la langue et sur des propositions de mesures politiques » que d’autres acteurs peuvent faire, dit-il.

La campagne « Je parle le français par coeur » vise à amasser cinq millions de dollars. L’argent doit notamment servir à financer des projets d’intégration pour les immigrants allophones et des campagnes de promotion.

Avec Leïla Jolin-Dahel

3 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 19 novembre 2019 06 h 06

    Le français « par cœur » : un slogan d’origine louisianaise ?

    Il y a de cela plusieurs décennies, un nationaliste canadien-français dont j’oublie le nom – Beauceron d’origine je crois, revint d’un séjour en Louisiane porteur d'un nouveau slogan : « Le français, je le parle par cœur. »

    Jamais auparavant n’avait-on eu au Québec l’idée de pareille chose. Jusque-là, tout le monde parlait français parce que c’était tout simplement normal de parler français. Pareil concept, convenable en Louisiane où la langue française n’est plus qu’un reliquat poussiéreux d’une époque révolue, prit hélas racine chez quelques « grosses têtes » de chez nous. De son côté, l’immense majorité de la population québécoise continua de parler français parce que pour elle, il est normal et naturel de parler français…et d’imposer cette langue au besoin. Le slogan à l’effet de parler le français « par cœur » éloigne la langue française de la normalité : il suggère que ce n’est pas normal de parler français, que çà prend une raison affective pour parler français.

    En Israël, dira-t-on : « L’hébreu, je le parle par cœur » ? Aux États-Unis, parle-t-on l’anglais « par cœur » ? En Pologne, parle-t-on le polonais « par cœur ? »

    L'expansion des langues procède de la force des tribus ou des nations dont elles sont le moyen d'expression et leur délitement procède de leur faiblesse. Cela n'a rien à voir avec l'amour, la fierté ou le « par cœur ».

  • Claude Girard - Abonné 19 novembre 2019 06 h 15

    Une autre façon de voir

    Concernant le « Bonjour-Hi », ça peut aussi vouloir dire « Bonjour-I dont speak English »

  • Daniel Gagnon - Abonné 19 novembre 2019 16 h 43

    Il faut absolument l’aide du gouvernement du Québec.

    Ce qui est en cause, c’est surtout l’effritement de la loi 101, cette formidable loi qui nous a donné pour la première fois au Québec la sécurité linguistique. Mais il faut de toute urgence que la loi 101 se raffermisse, c’est une question cruciale que le Premier ministre Legault ne semble pas comprendre.
    La fidélité à notre langue est le signe même de notre liberté et de notre indépendance. Par notre langue, nous pouvons exprimer et répandre nos propres idées, nous pouvons exister, nous pouvons nous affirmer.
    Notre langue française ne va pas bien, il faut le dire, et il est plus que temps de réagir, car elle est maltraitée de toutes parts et en danger plus que jamais.
    Il faut revoir la loi 101, il faut avoir le courage politique de la renforcer (Monsieur Legault plastronne et pérore, mais il ne fait rien, alors que l’heure est grave).
    Il faut absolument l’aide du gouvernement du Québec. Il ne suffit pas que les citoyens et citoyennes se mobilisent. Tous les jours l’anglais progresse et la société civile ne peut à seule endiguer le flot de la langue dominante qui nous submerge.
    Il ne faut pas sous-estimer l’environnement assimilateur de l’anglais se répand au galop, avec une rapidité époustouflante.