QS oppose son pays au Québec de François Legault

Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé, co-porte-paroles de Québec solidaire
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé, co-porte-paroles de Québec solidaire

Québec solidaire (QS) demande au premier ministre, François Legault, de ne pas utiliser les Québécois comme « cobayes » de l’« idéologie caquiste ».

À l’instar de l’ex-chef de gouvernement canadien Stephen Harper, M. Legault fait fi du consensus scientifique pour faire avancer des projets, dont celui de troisième lien routier entre Québec et Lévis et celui du complexe de liquéfaction, d’entreposage et de transbordement de gaz naturel GNL Québec, a dénoncé le co-porte-parole de QS, Gabriel Nadeau-Dubois, au terme du congrès 2019 de sa formation politique dimanche après-midi.

La Coalition avenir Québec (CAQ) et QS ont des vues diamétralement opposées sur le Québec, a fait valoir le député de Gouin. « Une petite province sans ambition ou un pays qui voit grand. Un gouvernement qui nous divise, ou un projet de société qui nous rassemble », a-t-il affirmé devant un parterre de quelques centaines de personnes.

Aux yeux de sa « camarade » Manon Massé, la CAQ promeut « un nationalisme de peureux ». « La CAQ rêve du Québec d’hier. Nous, on est le parti du Québec tel qu’il est aujourd’hui. Et demain, on va former le plus beau pays du monde, le plus grand, le plus vert, le pays du Québec », a déclaré la co-porte-parole de QS.

Les membres d’un gouvernement solidaire bloqueront tout projet d’oléoduc ou de gazoduc, imposeront des mesures d’écofiscalité aux entreprises, percevront et redistribueront les impôts, taxes et contributions fédéraux payés sur le territoire québécois, et ce, même si la Constitution du Canada leur interdit d’aller de l’avant. « L’acte d’autodétermination exige inévitablement des ruptures. Alors, le jour où on va accéder au pouvoir, ça ne sera pas une surprise », a précisé Mme Massé dans une mêlée de presse.

Pourtant, QS n’est pas sans savoir que les pipelines interprovinciaux relèvent de la compétence fédérale. « Moi, je vous dis qu’au jour 1 de notre élection, ce ne sera pas de responsabilité fédérale », a lancé la cheffe parlementaire de QS à l’Assemblée nationale, tout en promettant de « ramer fort » lorsque le Canada « va essayer de nous passer un pipeline à travers la gorge ».

De toute manière, la Loi constitutionnelle de 1867 dans laquelle le partage des pouvoirs législatifs entre Ottawa et Québec a été couché sur papier est « illégitime », ont souligné à gros traits les ex-dirigeants d’Option nationale, Sol Zanetti (chef) et Émilie Charbonneau (présidente) au cours du week-end. « [Elle] a été faite par une gang de vieux lords saouls », a laissé tomber Mme Charbonneau dans l’auditorium du cégep Édouard-Montpetit samedi, faisant rire les délégués qui y étaient rassemblés. « Bref, un torchon colonial. »

Plus de 150 ans après son entrée en vigueur, l’Acte de l’Amérique du Nord britannique « tient [le Québec] dans un État pétrolier », estime Manon Massé. « Créer un Québec-État, c’est une façon de couper avec cette réalité-là », a-t-elle fait valoir.

Deux poids, deux mesures ?

QS reconnaît-il aux autres gouvernements provinciaux le droit de fouler aux pieds la loi fondamentale du Canada afin de concrétiser leurs promesses phares ? « Les provinces feront bien ce qu’elles veulent », a répondu Manon Massé, avant d’ajouter : « Nous, on veut faire l’indépendance du Québec. Ce n’est pas juste : “Je ne fais pas ça parce que ça ne me tente pas.” » On est en processus d’autodétermination », a-t-elle poursuivi.

En plus d’inscrire des « gestes de rupture » avec le Canada au programme d’un gouvernement solidaire, les quelque 400 délégués de QS rassemblés ce week-end au cégep Édouard-Montpetit se sont rangés au cours du week-end derrière la proposition de mettre à la porte le lieutenant-gouverneur du Québec et d’abolir le serment d’allégeance à la reine.

Ils ont aussi convenu de doter le Québec d’une armée — ou plutôt d’une « force d’autodéfense hybride, à composantes civile et militaire, dont le rôle sera axé sur la sécurité collective et la dissuasion » — après son accession à l’indépendance.

Le candidat à l’élection partielle dans Jean-Talon, Olivier Bolduc, a fait une courte apparition sur la scène de la salle Pratt & Whitney Canada dimanche après-midi. Il a laissé derrière lui la députée de Taschereau, Catherine Dorion, qui, selon l’état-major de QS, lui a prêté main-forte tout le week-end dans le bastion libéral de la capitale nationale. « Pendant que les paquebots rouillés de la vieille politique cherchent la carte, nous sommes là pour prendre leur relève, plus nombreux, plus forts et plus solidaires que jamais », a déclaré M. Nadeau-Dubois, se disant persuadé qu’« une aube orange se lève » sur Québec.


Victoire facile de Gabriel Nadeau-Dubois

Les quelque 400 délégués de Québec solidaire ont renouvelé ce week-end le mandat de leur co-porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois, pour deux ans. L’ex-leader étudiant n’a fait qu’une bouchée de son adversaire, Étienne Gélinas. Il a obtenu 84 % des suffrages contre 11 % pour M. Gélinas.

Territoire indivisible ?

En marge des travaux, Manon Massé a souligné que QS reconnaît le droit à l’autodétermination des Premières Nations et des Inuits. « Le droit [à l’autodétermination] que nous reconnaissons pour nous-même, nous le reconnaîtrons pour tout le monde, autochtones aussi. Pour nous, c’est un droit pour toutes les nations à travers le monde », a-t-elle mentionné dans une mêlée de presse. Le territoire du Québec est-il indivisible ? « Pour nous, dans le cadre d’un processus d’indépendance, il n’y aura pas de division du territoire québécois, c’est clair », a répondu du tac au tac Gabriel Nadeau-Dubois.