Inondations: une aide de plus pour Sainte-Marthe

La ministre des Affaires municipales et de l'Habitation, Andrée Laforest, a rencontré des sinistrés vendredi, dont Steven Proulx (à gauche).
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La ministre des Affaires municipales et de l'Habitation, Andrée Laforest, a rencontré des sinistrés vendredi, dont Steven Proulx (à gauche).

Des citoyens de Sainte-Marthe-sur-le-Lac se sont dits insatisfaits de l’aide gouvernementale supplémentaire de 17,5 millions annoncée vendredi après-midi. La formule proposée par Québec, qui double les indemnisations accordées aux sinistrés pour les biens meubles, raterait la cible en faisant fi des manques à combler pour la rénovation des bâtiments endommagés, selon eux.

« Ça ne vaut pas grand-chose », s’est désolée Sylvie Béchard après l’annonce gouvernementale à laquelle le public n’était pas convié. La résidence de Mme Béchard est prête pour l’hiver, mais ce n’est pas le cas de tous les sinistrés.

« J’ai pu faire réparer une bonne partie de ma maison pour la rendre chaude et confortable, a-t-elle expliqué. Mais il n’y a aucune division, aucune finition. Ce n’est pas avec ce qu’ils me donnent aujourd’hui que je vais pouvoir faire ça non plus. »

Près de sept mois après la rupture de la digue qui a inondé une partie de la municipalité, le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation a décidé d’offrir une compensation financière équivalente à celle déjà accordée par le ministère de la Sécurité publique pour les biens meubles essentiels gâchés par les eaux — comme les cuisinières et autres divans, ordinateurs et matelas.

La mesure, dont la valeur totale pourrait aller jusqu’à 17,5 millions, concerne quelque 1450 sinistrés. On assure à ces derniers qu’ils obtiendront l’aide rapidement, sans devoir présenter de nouvelle demande. La somme moyenne déjà octroyée pour les biens meubles s’élève à environ 12 000 $, a indiqué la ministre Andrée Laforest en conférence de presse.

« Considérant le caractère soudain et rapide [de l’inondation], nous devions prendre des mesures exceptionnelles », a déclaré Mme Laforest. Contrairement à ailleurs au Québec, les évacués n’ont pas eu le temps de mettre à l’abri leurs possessions, a-t-elle fait valoir.

Interrogée par les journalistes, la ministre Laforest a indiqué que les sommes accordées ou promises pour la reconstruction des résidences, que plusieurs sinistrés qualifient d’insuffisantes, étaient du ressort du ministère de la Sécurité publique.


Frustration

« Ils ont peur de notre réaction », a confié au Devoir le sinistré Richard Lauzon, qui a écouté la présentation officielle à travers la porte de la salle du Conseil municipal. Comme plusieurs autres résidents, il évaluait que la nouvelle mesure ne changerait pas grand-chose pour lui.

« On n’a pas perdu de meubles. Zéro plus zéro, ça fait toujours zéro », a déclaré Gaétan Chabot. Ce sinistré qui habite sa maison depuis 29 ans a obtenu un « petit montant » du ministère de la Sécurité publique pour réparer des dommages mineurs causés par l’inondation de sa cave. Cependant, il a constaté récemment que des moisissures avaient contaminé son sous-sol et que son système de chauffage centralisé était hors fonction.

« On essaie d’avoir des soumissions d’entrepreneurs pour faire les travaux, mais ce n’est pas facile. Ça devient frustrant », a-t-il dit. M. Chabot et sa femme ont loué un appartement à Blainville où ils s’installent ces jours-ci en vue de l’hiver.

Dans la foulée des inondations du printemps, le gouvernement du Québec avait offert aux sinistrés de compenser les travaux de reconstruction ou de leur offrir jusqu’à 200 000 $ pour déménager. Selon la ministre Laforest, 84 % des sinistrés de Sainte-Marthe-sur-le-Lac ont touché des versements de la part du gouvernement, sans fournir plus de détails.

La mairesse Sonia Polus s’est dite satisfaite de la bonification annoncée vendredi. « La reconstruction de la digue et les mesures supplémentaires qu’on vient d’annoncer sont des pas dans la bonne direction », a-t-elle déclaré lors de la conférence de presse.

Dans les dernières semaines, plusieurs sinistrés ont dénoncé une aggravation du sentiment de détresse dans le quartier. La fin de semaine dernière, des intervenants du réseau de la santé sont allés à la rencontre des résidents, de porte en porte, afin de leur offrir du soutien psychologique.

« On est très sensible à la situation qui se passe ici, a défendu la ministre Laforest. Oui, il y a des cas particuliers; oui, il y a des dossiers à travailler, mais il ne faut pas oublier une chose : il y a eu des inondations partout au Québec. Alors, si on signe un chèque en blanc ici, vous comprendrez qu’on a d’autres municipalités [à] aussi [prendre en compte]. »

Autres mesures

Le gouvernement a par ailleurs annoncé vendredi que la Société d’habitation du Québec (SHQ) viendra en aide aux sinistrés en haussant le plafond de la garantie de prêt. Les propriétaires pourront donc être assurés pour 95 % de la valeur marchande de leur résidence, alors que le seuil normal est de 80 %.

De plus, la SHQ et la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) dépêcheront chacun un représentant au bureau d’aide aux sinistrés de Sainte-Marthe-sur-le-Lac. La RBQ aidera les propriétaires qui peinent à trouver un entrepreneur en construction pour réparer les dommages sur leur maison.