Un institut des actes médicaux superflus

La Fédération des médecins spécialistes du Québec compte au total 10 000 membres.
Photo: iStock La Fédération des médecins spécialistes du Québec compte au total 10 000 membres.

L’entente de principe conclue entre le gouvernement Legault et les médecins spécialistes sur la rémunération prévoit aussi la création d’un « institut » pour recenser les actes médicaux moins pertinents et générer de nouvelles économies.

« On va créer un institut de la pertinence », a annoncé vendredi la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Diane Francoeur.

L’Institut va « revoir la pertinence des soins, faire le ménage dans la polypharmacie pour les personnes âgées », a-t-elle mentionné. « Pourquoi est-ce qu’on continue à faire un test Pap tous les ans alors que les recommandations sont [de le faire] tous les trois ans ? »

Le Conseil du trésor et la FMSQ ont annoncé vendredi qu’ils avaient conclu une entente de principe sur la baisse de la rémunération des médecins spécialistes.

Le montant concédé par la FMSQ dans l’entente de principe n’a pas été dévoilé. Rappelons toutefois que la dernière offre de 400 millions de dollars a été rejetée plus tôt cette semaine par le gouvernement Legault.

Mardi, le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, avait brandi la menace d’une loi spéciale s’il n’y avait pas de « perspective d’entente » vendredi.

Le temps est enfin venu de tourner la page. Fini le déni-grement des médecins spécialistes !

« Nous sommes allés plus loin que nos obligations, on a voulu éviter les dérapages, on a voulu éviter la crise », a déclaré Diane Francoeur dans une allocution à Québec.

Le président du Conseil du trésor a quant à lui réservé ses commentaires pour plus tard. En campagne électorale, la Coalition avenir Québec (CAQ) avait promis de récupérer 1 milliard de dollars de l’entente conclue entre le précédent gouvernement libéral qui devait être en vigueur jusqu’en 2023.

Les détails de l’accord devraient être dévoilés d’ici quelques semaines, « le temps d’écrire les textes, d’aviser nos membres », a indiqué Mme Francoeur.

Des économies

Chose certaine, quel que soit le montant récupéré, il sera investi en santé selon des priorités définies par le nouvel Institut de la pertinence.

Cet institut s’inspire d’un groupe de travail créé en Ontario en 2018 dans la foulée de sa dernière entente avec les médecins. Le comité a notamment recommandé qu’on cesse de pratiquer des tests d’imagerie pour traiter les problèmes de sinus parce que la recherche indique que ce n’est pas nécessaire. Il a aussi suggéré qu’on permette aux patients de revoir un médecin spécialiste sans passer par leur médecin de famille.

Le groupe de travail ontarien a également l’obligation d’obtenir des résultats, soit des économies de 100 millions cette année et de 360 millions l’an prochain.

Mauvaise presse

Vendredi, la présidente de la FMSQ a réfuté l’idée voulant que les concessions faites par ses membres prouvent qu’ils sont payés trop cher. « Pas du tout », a-t-elle dit lors d’une mêlée de presse. « On sait qu’au niveau de la rémunération, on est cinquièmes au Canada. »

Plus tôt dans le discours prononcé devant ses membres, elle s’était réjouie que l’entente puisse redorer leur image. « Le temps est enfin venu de tourner la page. Fini le dénigrement des médecins spécialistes ! » avait-elle lancé, ce qui lui a valu de forts applaudissements.

« Si le gouvernement se sent autorisé à nous attaquer, c’est peut-être parce qu’on leur en a donné l’occasion, a-t-elle par contre signalé. Par exemple, je ne comprends pas comment certains groupes peuvent encore offrir à leurs membres des formations dans des îles paradisiaques. »

Environ un millier de médecins spécialistes participaient vendredi à une journée de formation au Centre des congrès de Québec. La FMSQ compte au total 10 000 membres.

L’allocution de la présidente avait été précédée d’une présentation saisissante de Daniel Borsuk, le chirurgien plastique qui a pratiqué, l’an dernier, la première greffe de visage au Canada.

Plus tard devant les journalistes, Mme Francoeur a fait allusion à lui pour justifier la rémunération de ses membres. « Il faut rester compétitifs, a-t-elle noté. Je sais pas si vous étiez à la conférence de Dr Borsuk. Pensez-vous qu’on ne risque pas de se le faire voler celui-là ? On en a plusieurs des comme ça. »