Plomb dans l’eau: le PQ met la CAQ face à ses contradictions

Québec ne sait pas comment rejoindre les responsables des garderies privées non régies pour les inviter à tester l’eau.
Photo: iStock Québec ne sait pas comment rejoindre les responsables des garderies privées non régies pour les inviter à tester l’eau.

Le gouvernement a sa « part de responsabilité » dans le manque de contrôle actuel sur les garderies non régies, selon Véronique Hivon, puisque la Coalition avenir Québec (CAQ) les défendait quand elle était dans l’opposition.

« La CAQ se battait pour qu’il y ait le moins d’encadrement possible de ces milieux-là au nom de l’entrepreneuriat et du libre-choix, a déclaré Mme Hivon en entrevue au Devoir jeudi. Elle s’est battue pour que ces milieux-là restent non régis alors qu’on menait la charge à l’époque. »

La députée péquiste de Joliette réagissait à un article du Devoir de jeudi qui rapportait que le gouvernement ne pouvait pas imposer des tests sur la qualité de l’eau dans les milliers de garderies privées non régies parce qu’il n’avait même pas leurs adresses. Une situation vivement dénoncée par le ministre actuel de la Famille, Mathieu Lacombe.

Si Mme Hivon se réjouit de la position actuelle de M. Lacombe dans le dossier, elle trouve néanmoins que la CAQ a la mémoire courte. « Il y a une contradiction spectaculaire entre ce qui nous est dit aujourd’hui et ce qui était défendu par la CAQ à l’époque », dit-elle.

Interrogé à ce sujet jeudi matin, le premier ministre François Legault a rétorqué qu’à l’époque, il n’était pas question de « plomb dans l’eau ».

Sous le gouvernement Couillard, Geneviève Guilbault, alors critique de la CAQ en matière de famille, avait vanté les mérites du « modèle d’affaires » des garderies privées. En novembre 2017, elle avait aussi participé à une manifestation aux côtés de responsables de garderies non régies contre le projet de loi 143.

Ce projet de loi visait à resserrer le contrôle des services de garde non régis en diminuant le ratio possible d’enfants de six à quatre par éducatrice. Or, face à la pression populaire, le gouvernement avait finalement atténué sa portée et reculé sur les ratios.

Par contre, Mme Guilbault était aussi favorable à ce que le ministère obtienne plus de renseignements sur les milieux non régis. Lors de l’étude du projet de loi 143 en commission parlementaire, elle avait déposé un amendement pour que ces services de garde soient obligés d’obtenir un numéro d’identification auprès du ministère de la Famille. Cet amendement avait été rejeté.

Par ailleurs, la députée de Louis-Hébert avait voté contre un amendement proposé par Mme Hivon réclamant que ces garderies rendent des comptes à des bureaux coordonnateurs, comme c’est le cas dans le réseau public.

Inacceptable, selon l’opposition

Les révélations sur l’absence de tests de détection de plomb dans des milliers de garderies ont suscité toutes sortes de réactions jeudi matin.

Le ministre Lacombe a promis des « modifications législatives » pour régler le problème, mais a reconnu que cela va prendre « des mois ».

« C’est préoccupant », a quant à elle déclaré la députée solidaire Christine Labrie. « Si on donne des crédits d’impôt pour que les parents inscrivent leurs enfants [dans des garderies non régies], on devrait pouvoir minimalement s’assurer de la qualité. »

Pour la libérale Marwah Rizqy, le gouvernement « se cherche des excuses » et le ministère n’a qu’à demander à Revenu Québec de lui transmettre « les adresses de ces personnes-là ». « Qu’on envoie immédiatement des gens faire des tests de plomb. Ça suffit, les excuses, qu’ils se mettent au travail. »

Or, au cabinet du ministre de la Famille, on maintient que ces adresses constituent des renseignements personnels protégés par la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels.