L’incertitude persiste pour les étudiants étrangers

Bon nombre d’étudiants étrangers s’impatientent: ils veulent déposer leur demande de CSQ depuis plusieurs mois déjà.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Bon nombre d’étudiants étrangers s’impatientent: ils veulent déposer leur demande de CSQ depuis plusieurs mois déjà.

Près d’une semaine après la suspension de la réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), l’incertitude plane : installés au Québec, étudiants et travailleurs temporaires étrangers ne savent toujours pas ce qu’il adviendra de leur candidature, le gouvernement Legault étant incapable de préciser quand le PEQ sera remis sur les rails.

Le programme sera de nouveau en vigueur « en temps et lieu », a fait savoir au Devoir mercredi le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, sans fournir plus de détails.

Après avoir fait l’unanimité contre lui, le ministre caquiste a suspendu vendredi dernier son règlement qui resserrait l’accès au PEQ, cette voie expresse de plus en plus populaire pour obtenir le Certificat de sélection du Québec (CSQ). Il a alors promis de réviser les nouvelles listes controversées « des domaines de formation en demande et des emplois en déficit », aux côtés cette fois des employeurs et des établissements d’enseignement supérieur.

D’ici à ce que ce processus de consultation débouche sur un nouveau règlement, le gouvernement va traiter les demandes de CSQ en vertu des anciennes règles du PEQ, a indiqué mercredi M. Jolin-Barrette, au lendemain des excuses qu’il a présentées à la population québécoise. « Il va y avoir une clause de droits acquis pour les étudiants qui étaient déjà ici ainsi que pour les travailleurs étrangers temporaires. […] Toutes les personnes qui vont bénéficier de [cette clause] pourront déposer leur dossier », a-t-il soutenu, sans être en mesure d’avancer une date où le PEQ sera réactivé.

Tout ce qu’on veut, c’est être fixé avec des dates, des échéances et un texte officiel sur le site du ministère

Rétablir les critères antérieurs « demande des modifications réglementaires et celles-ci sont actuellement en cours », a plus tard ajouté son attaché de presse, Marc-André Gosselin.

Or, bon nombre d’étudiants étrangers s’impatientent : ils veulent déposer leur demande de CSQ depuis plusieurs mois déjà. C’est le cas de Pierre-Jean, un Français de 20 ans arrivé au Québec en 2016 pour suivre des études de science politique à l’Université de Montréal. « Depuis le recul du gouvernement, je suis dans l’incertitude totale. Je ne sais pas ce qui va se passer », confie celui qui appelle chaque jour le ministère de l’Immigration pour obtenir des réponses, en vain. « Les employés eux-mêmes ne savent pas, avance-t-il. Tout ce qu’on veut, c’est être fixé avec des dates, des échéances et un texte officiel sur le site du ministère. »

Craintes

Baccalauréat en poche, le jeune homme était sur le point de déposer une demande de CSQ cet été, mais il s’est buté le 10 juillet à la suspension jusqu’au 1er novembre du volet des diplômés du PEQ. Le ministère de l’Immigration avait pris cette décision pour « donner la priorité à la sélection de personnes qui occupent un emploi au Québec au cours de cette période », peut-on lire sur leur site Web.

« On est vraiment beaucoup à avoir peur qu’on se reprenne une suspension à nouveau, le temps que le gouvernement définisse toutes les règles, raconte Pierre-Jean. Il appréhende également une explosion des délais de traitement des requêtes après le fiasco de la réforme caquiste, maintenant sur la glace.

Normalement, le ministère de l’Immigration traite dans un délai de 20 jours ouvrables les demandes de CSQ reçues dans le cadre du PEQ. Questionné mercredi, celui-ci n’a pas été en mesure de préciser au Devoir s’il pourra désormais respecter cet engagement. Pas plus s’il entrevoit de délivrer moins de CSQ en 2019 que lors des années précédentes.

Ce qui inquiète Salma Zouin, une Marocaine de 27 ans qui vient de terminer sa seconde maîtrise en marketing à l’UQAM. « Tous mes papiers sont prêts chez moi. Il faut juste que je télécharge le formulaire en ligne, que je le remplisse et que j’envoie ma candidature », insiste-t-elle.

Mais encore faut-il que le formulaire soit modifié, reprend-elle : il est toujours collé aux nouvelles règles — avec notamment cette liste des 218 programmes d’études admissibles — finalement écartées par Québec. « Les agents du ministère me disent que le PDF sera changé et que je dois attendre. Mais jusqu’à maintenant, ça fait une semaine et rien n’a été modifié. Ils n’ont pas les détails eux non plus ! »

L’incidence de la suspension partielle puis totale du PEQ s’est déjà fait sentir sur le nombre de CSQ délivrés jusqu’à présent par le ministère de l’Immigration. Selon des chiffres obtenus par demande d’accès, il en a délivré 3594 en juillet dernier, comparativement à 4655 certificats en juillet l’année précédente. Le nombre n’a cessé de baisser ensuite : 2718 puis 2563 en août et septembre — respectivement 3309 et 4085 certificats en 2018.

Simon Jolin-Barrette entend néanmoins maintenir intacts les seuils d’immigration que son gouvernement s’est fixés, soit de recevoir entre 41 500 et 44 500 nouveaux arrivants pour 2020. « On a déposé à l’Assemblée nationale le plan annuel d’immigration 2020, alors c’est le plan qui va s’appliquer », a-t-il mentionné.

Avec Marco Bélair-Cirino et Dave Nöel