Québec défend son investissement de 30 millions dans les dirigeables

Les ballons dirigeables que prévoit de construire l’entreprise française Flying Whales seront capables de transporter des marchandises très lourdes, a indiqué le premier ministre du Québec, François Legault.
Photo: Fournie par Flying Whales Les ballons dirigeables que prévoit de construire l’entreprise française Flying Whales seront capables de transporter des marchandises très lourdes, a indiqué le premier ministre du Québec, François Legault.

Le gouvernement du Québec a raison d’investir 30 millions de dollars dans la construction de dirigeables industriels, selon Barry Prentice, un expert en économie du transport de l’Université du Manitoba qui s’intéresse à cette technologie depuis de nombreuses années.

« Cette industrie n’en est qu’à ses débuts, mais il y a un fort potentiel de croissance, a-t-il noté en entrevue au Devoir. C’est la première fois qu’un gouvernement — avec celui de la France — investit dans un dirigeable civil depuis les Allemands et leur Zeppelin ».

Le Zeppelin allemand Hindenburg s’était enflammé au moment de son atterrissage en 1937 tuant 35 des 97 personnes à bord.

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a dû défendre les millions de dollars qu’Investissement Québec injectera dans l’entreprise française Flying Whales lors de son annonce mercredi. Il était entouré du président-directeur général de l’entreprise, Sébastien Bougon, et du président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset. Aucun des prototypes de l’entreprise n’a encore volé.

Investissement Québec ne « prendra pas de risque indu » avec « l’argent de la population », a assuré le ministre. « Pensez à [ce qui va se passer] si cet appareil-là fonctionne, a-t-il répondu au Devoir qui lui demandait pourquoi les Québécois devaient assumer le risque financier d’investir dans un tel projet. On met 20 millions d’euros. Des 20 millions d’euros, il y a une grande partie qui revient déjà en recherche et développement. […] Il va avoir des brevets qu’on va récolter et je ne parle même pas du bénéfice futur : 400 emplois à vendre des dirigeables. Le potentiel est énorme dans une grappe industrielle où on veut attirer du talent. »

Critiques

Le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, a contesté le « nationalisme économique » caquiste. « On n’a pas de meilleur projet au Québec que d’investir dans cette grosse balloune-là?», a-t-il demandé en mêlée de presse. Moi, j’en ai des projets à lui proposer. » Il a suggéré au ministre Fitzgibbon de mettre de l’argent dans le Fonds d’innovation et de développement économique local de la Matanie pour stimuler le développement économique et social dans cette région de la Gaspésie.

Investissement « judicieux »

Les 30 millions de dollars d’Investissement Québec serviront plutôt à acquérir des actions de l’entreprise française Flying Whales, ce qui garantit à sa nouvelle filiale québécoise l’exclusivité de la production dans l’ensemble des Amériques. Il ne faut toutefois pas attendre la construction d’une usine au Québec avant 2023 puisque Flying Whales installera d’abord sa production dans la région de la Nouvelle-Aquitaine, en France, en 2022. La ville québécoise où seront installés les bureaux de recherche et développement de l’entreprise et son usine n’a pas encore été sélectionnée. Une usine est également prévue en Chine.

L’échéancier est optimiste, selon Barry Prentice, qui n’anticipe pas de vol commercial avant 2023 ou 2024. Il estime tout de même qu’il s’agit d’un choix judicieux qui peut avoir un effet de levier. « Il y a plusieurs minerais qui sont inexploités dans le Nord-du-Québec parce que nous ne pouvons pas y construire de routes, le coût est trop élevé », a-t-il indiqué.

Il s’agit d’un projet « très sérieux », a défendu le premier ministre François Legault en mêlée de presse, en ajoutant que les gens « allaient être surpris ». « Il y a des entreprises dans le secteur aéronautique qui croient en ce projet-là, a-t-il expliqué. Pour l’expliquer en deux mots, c’est un ballon dirigeable qui est capable de transporter des marchandises très lourdes, donc, entre autres, je pense à tout le Plan Nord. »

Le partenariat de Flying Whales avec l’entreprise chinoise Aviation Industry Corporation of China (AVIC) a soulevé des doutes sur la protection de la propriété intellectuelle. « Les Chinois ne sont pas actionnaires de l’opération québécoise », a souligné le ministre Fitzgibbon.