Vers une loi spéciale

Le président du Conseil du trésor, Christian Dubé
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Le président du Conseil du trésor, Christian Dubé

Nouvel échéancier, nouvel avertissement : Québec a laissé planer mardi la menace d’une loi spéciale visant les médecins spécialistes, à défaut d’avoir « une perspective d’entente » avec eux d’ici vendredi.

De la pure « instrumentalisation », a répliqué la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Diane Francoeur, qui y voit une manoeuvre politique à l’approche des négociations dans le secteur public.

« On est quand même rendus à la mi-novembre et on a dit qu’on voulait avoir un règlement au début de décembre », a lancé le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, à son arrivée à l’Assemblée nationale.

 

 

 

Si le ministre ne voit pas poindre une « perspective d’entente » avec la FMSQ d’ici la fin de la semaine, il entend « regarder les autres alternatives ».

« Vous les connaissez, les alternatives », a-t-il lancé à une horde de journalistes qui l’interrogeaient sur la possibilité d’avoir recours à une loi spéciale pour réduire la rémunération des médecins ou fixer leurs conditions de travail. Christian Dubé s’est gardé de prononcer l’expression « loi spéciale », préférant affirmer qu’il s’engageait à « regarder c’est quoi, nos autres moyens ».

« Instrumentalisation »

Pour le gouvernement, il n’est donc plus question d’attendre le rapport final de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) sur la rémunération des médecins spécialistes au pays, pas plus qu’il n’est envisageable de patienter à la fin de l’année 2019 pour réduire l’enveloppe destinée aux médecins spécialistes — comme l’avait évoqué le premier ministre François Legault au début du mois d’octobre.

Pourquoi un tel empressement ? « J’aimerais bien le savoir ! » a d’abord répondu Diane Francoeur au cours d’un entretien avec Le Devoir. « C’est sûr que M. Legault avait très clairement exprimé […] qu’il voulait avoir une conclusion pour Noël, mais à ce que je sache, Noël n’est pas la semaine prochaine. »

 

Si le ministre Dubé a mis « une ligne dans le sable » — selon l’expression qu’il a utilisée —, c’est peut-être dans l’espoir d’avoir les coudées franches au cours des négociations qui s’amorcent avec le secteur public, a ajouté la Dre Francoeur. « On est instrumentalisés par un Conseil du trésor et un premier ministre qui voient la négociation avec le secteur public qui s’en vient cet hiver. Ils veulent régler ça avant de commencer la prochaine négociation », a-t-elle avancé.

Son commentaire fait écho à une affirmation du ministre des Finances, Eric Girard, qui a déclaré la semaine dernière que les sommes récupérées à même l’entente avec les médecins spécialistes pourraient être redistribuées à d’autres employés du milieu de la santé.

Québec a renoncé au milliard par année

En début de journée mardi, Radio-Canada a rapporté que les médecins spécialistes seraient désormais prêts à réduire leur enveloppe de rémunération de près de 400 millions de dollars par année, pour un total d’environ 1,6 milliard sur quatre ans.

Un article paru dans La Presse le 31 octobre indiquait qu’à ce moment, les médecins spécialistes proposaient de renoncer à 250 millions par an.

Ni Québec ni la FMSQ n’ont voulu commenter ces chiffres mardi, afin de « ne pas négocier sur la place publique ».

On est quand même rendus à la mi-novembre, et on a dit qu’on voulait avoir un règlement au début de décembre

« Je peux vous confirmer, toutefois, qu’on a bonifié de façon significative l’offre qu’on avait faite la première fois », a déclaré la Dre Francoeur. « On chemine tranquillement », a-t-elle ajouté, avant de confirmer que le milliard de dollars que François Legault avait promis de récupérer dans la renégociation de l’entente ne faisait plus partie des discussions. « Un milliard par année, ce n’était basé sur rien », a-t-elle ensuite déclaré.

Christian Dubé a lui aussi évité d’évoquer le milliard de dollars sur lequel François Legault tablait en campagne électorale. Il a préféré parler d’une rémunération « raisonnable », « en compétition avec le reste du Canada ».

L’objectif du gouvernement demeure, en cela qu’il souhaite que les médecins gagnent 9 % de moins que leurs confrères du reste du Canada, par souci d’équité envers « l’ensemble des travailleurs québécois », a-t-il confirmé. « Mais je ne ferai aucun commentaire, pour respecter ma parole, les montants qui sont recherchés », a-t-il ajouté.

5 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 13 novembre 2019 00 h 26

    Encore la précipitation

    Logiquement, le gouvernement devrait attendre le dépôt du rapport final de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) pour connaître le niveau du redressement à faire. Je n'ai aucune sympathie envers les médecins spécialistes et j'appuie entièrement la volonté du gouvernement de rétablir leur rémunération à un niveau acceptable, mais encore faut-il se baser sur des faits solidement établis.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 13 novembre 2019 10 h 16

      Moi non plus, je n'ai aucune sympathie particulière pour les médecins spécialistes. Mais avant de parler de «redressement», il importe de prendre la mesure la plus précise et objective possible des écarts en cause. A moins que nous préférions nous en remettre à notre sentiment, ce qui est toujours assez périlleux.

  • Jason CARON-MICHAUD - Abonné 13 novembre 2019 09 h 42

    Se comparer à pire...

    Je rappelle simplement que le PFEQ demande de faire la distinction besoin et désir. Où notre systême d'éducation a-t-il failli pour laisser croire à ces médecins qu'ils avaient besoin d'un si gros salaire? C'est cette libido inadéquatement éduquée et tributaire d'un hédonisme naïf qui pousse à la consommation ostentatoire et la surconsommation dans la foule qui émule: du système 1 de KAHNEMAN. Et après on se demande pourquoi, si on généralisait le mode de vie des Canadiens, les ressources produites en une année par la planète seraient utilisées en 7 mois... Qui a le coeur franc pourra sincèrement nier cette réalité?

    Comme le mentionnait un récent article du devoir, c'est BETHUNE qui a raison: c'est le serment d'HIPPROCATE qui doit être adéquatement honoré par les médecins, y compris dans leur mode de vie, car «la rapacité individualiste» et la surconsommation sont des maux de notre société actuelle.

    Et le Canada anglais n'a pas de leçon de justice à donner ici. À quoi cela servirait-il l'objectivité matérialiste de se comparer à pire? Se complaire, et émuler comme des moutons très précisément la surconsommation ostentatoire?

    • Jason CARON-MICHAUD - Abonné 14 novembre 2019 12 h 09

      HIPPOCRATE bien sûr...

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 14 novembre 2019 02 h 53

    Gangstérisme d'Etat

    Québec agit en gangster contre les médecins spécialistes et il risque de faire la même chose avec les syndiqués du secteur public.