La Ville de Québec renvoie la balle au promoteur des terres des Soeurs de la Charité

Un promoteur souhaite construire 6500 unités résidentielles sur les anciennes terres agricoles des Sœurs de la Charité.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Un promoteur souhaite construire 6500 unités résidentielles sur les anciennes terres agricoles des Sœurs de la Charité.

Déboutée une seconde fois par le gouvernement dans le dossier des terres des Soeurs de la Charité, la Ville de Québec fait un pas de côté et renvoie la balle aux promoteurs du projet, la Société en commandite Terres d’espérance.

« C’est vrai qu’on voulait un projet d’exception à cet endroit-là […] mais en même temps, ça reste un projet privé », a dit la vice-présidente du comité exécutif, Marie-Josée Savard mercredi. « Éventuellement, ça sera peut-être au promoteur de prendre les décisions pour la suite des choses. »

La Société en commandite Terres d’espérance souhaite construire 6500 unités résidentielles sur les anciennes terres agricoles des Soeurs de la Charité, dans le secteur de Beauport.

En 2014, les Soeurs avaient vendu ces terrains à la Fondation Dallaire qui avait ensuite créé la Société Terres d’espérance pour développer le projet.

La Fondation et les Soeurs, qui demeurent partenaires du projet, avaient alors annoncé que les profits potentiels du développement estimés à 150 millions de dollars seraient versés à des oeuvres caritatives. Une initiative philanthropique qui avait emballé le maire, Régis Labeaume, et son équipe.

Pour favoriser le projet, la Ville avait soumis au gouvernement un schéma d’aménagement et de développement qui prévoyait le retrait des terrains de la zone agricole.

Schéma encore rejeté

Or, ledit schéma doit être approuvé par le ministère des Affaires municipales pour être adopté. Mardi, la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, a rejeté la portion concernant les terres des Soeurs de la Charité. C’est la deuxième fois en près d’un an que le ministère rejette la vision de la Ville pour ce projet.

Dans une lettre transmise au maire, son sous-ministre Frédéric Guay a écrit que la ville n’a pas « démontré que l’empiétement en zone agricole était inévitable et nécessaire pour répondre à la croissance anticipée de la population sur son territoire. »

La Ville faisait valoir que ce projet immobilier était nécessaire pour soutenir la croissance de la population d’ici 15 ans. « On voulait un projet d’exception à cet endroit-là », a reconnu Marie-Josée Savard mercredi.

Le sous-ministre ajoute que, de toute façon, un tel changement devrait être approuvé par la Commission de la protection du patrimoine agricole (CPTAQ).

Silence des promoteurs

Le Devoir a tenté en vain de joindre le vice-président de la Fondation Dallaire, Michel Dallaire mercredi.

Quant aux religieuses qui sont partenaires du projet, elles ont préféré rester discrètes. Jointe au téléphone, la supérieure générale Monique Gervais a dit « préférer attendre avant de réagir ».

En attendant, une partie de la communauté réside toujours sur une portion non vendue des grandes terres associées au projet. Pendant l’été, les terres sont louées à des producteurs agricoles qui exploitent du soya.

Mercredi, la section régionale de l’Union des producteurs agricoles (UPA) a déclaré dans un communiqué que le rejet du plan de la ville était « une bonne nouvelle » et qu’elle poussait « un soupir de soulagement ».

En matinée, le conseiller de l’opposition Jean Rousseau, opposant notoire au projet, insistait sur le fait que ce projet favoriserait l’étalement urbain, d’autant plus que le secteur n’est pas desservi par les transports en commun.

Pendant ce temps, des groupes de citoyens demandent que les terres soient plutôt utilisées à des fins publiques. « Ça a déjà été une ferme urbaine, ça pourrait redevenir une ferme urbaine, il pourrait y avoir des serres », réclame Monique Gagnon, porte-parole du groupe Voix citoyenne. Avec le réchauffement climatique, les gens cherchent de plus en plus à se rapprocher de leurs sources d’alimentation, ajoute-t-elle.

Interpellée à ce sujet, Marie-Josée Savard répète que c’est un projet privé et qu’ils « peuvent faire leurs représentations » auprès des promoteurs.