Mardi, Québec restait inflexible devant les étudiants étrangers

En vertu de nouvelles règles en immigration, de nombreux étudiants étrangers devront renoncer s’établir au Québec et d’y faire carrière.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En vertu de nouvelles règles en immigration, de nombreux étudiants étrangers devront renoncer s’établir au Québec et d’y faire carrière.

Le gouvernement Legault a fermé la porte à toute révision de son nouveau règlement en immigration mardi, au moment où les critiques fusaient des trois partis d’opposition au Parlement, des associations étudiantes, mais aussi des milieux d’affaires.

« C’est important au Québec que les étudiants puis les travailleurs qui s’en viennent au Québec répondent aux besoins du marché du travail. C’est le choix qu’on fait, puis on l’assume très bien », a déclaré le premier ministre François Legault mardi.

 

Toute la journée, le gouvernement a dû se défendre d’être « inhumain » et « insensible », tandis que les trois partis d’opposition dénonçaient les changements apportés au Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

Jusqu’à présent, le PEQ permettait notamment à des étudiants étrangers de faire une demande d’immigration express au Québec après leurs études s’ils maîtrisaient le français. Désormais, ce ne sera possible que pour les étudiants de certains programmes d’études ciblés par le gouvernement et révisés chaque année.

Le gouvernement Legault justifie son choix en disant que que le nombre de places pour les immigrants au Québec est « limité ». La CAQ a limité à 40 000 le nombre d’immigrants qui seront reçus au Québec en 2019, mais elle ne contrôle que la sélection des deux tiers d’entre eux (les réfugiés et les regroupements familiaux relèvent d’Ottawa).

« J’aimerais ça être capable de recevoir un million de réfugiés, de personnes qui veulent vivre au Québec, a aussi déclaré M. Legault. Mais à un moment donné, notre capacité d’intégration est limitée. »

Un pari risqué, selon les milieux d’affaires

Le ministre Simon Jolin-Barrette a en outre souligné que ces changements sont « nécessaires » pour que « l’économie du Québec puisse être performante ».

Or, mardi soir, les milieux d’affaires se sont joints au cortège de critiques. À leurs yeux, le gouvernement devrait tout simplement hausser les seuils d’immigration. « Sans ce carcan du seuil maximal d’immigrants, le gouvernement ne serait pas obligé de réviser à la baisse les règles qui permettent aux étudiants et aux travailleurs étrangers temporaires d’accéder au PEQ », affirment le Conseil du patronat du Québec, la Fédération des chambres de commerce du Québec, Manufacturiers et Exportateurs, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante et les chambres de commerce de Montréal et de Québec.

La liste des programmes admissibles comprend 218 disciplines de tous les niveaux, du diplôme d’études professionnelles en techniques agricoles (DEP) au doctorat en psychologie. Elle se base sur les employés jugés recherchés par le ministère de l’Emploi et du Travail et la Commission des partenaires du marché du travail, a expliqué le ministre. Elle sera révisée chaque année pour rester « collée aux besoins du marché du travail », a-t-il dit.

Or les milieux d’affaires y voient « un pari indûment risqué ». « Il faut savoir que ces listes, même si elles sont établies sur des bases rigoureuses, sont très restrictives, plutôt imprécises et qu’elles fluctuent dans le temps », écrivent-ils.

Les oppositions font front commun

En matinée mardi, les trois partis d’opposition ont dénoncé le gouvernement d’une seule voix dans ce dossier. « On brise des vies, on brise des rêves », a dit le député libéral Monsef Derraji lors d’un point de presse en compagnie de représentants d’associations étudiantes et d’une vingtaine d’étudiants étrangers touchés par la mesure, certains d’entre eux ne pouvant réprimer leurs larmes en s’adrssant aux journalistes.

« Ça fait un an et trois mois que je suis ici. La troisième journée après mon arrivée, j’avais déjà un travail », a raconté Alessandra, une étudiante d’origine belge. « Aujourd’hui, tous mes rêves, tout ce que j’ai lâché, sont remis en question. »

Plus tard, lors de la période de questions, plusieurs élus ont demandé au ministre Jolin-Barrette de les rencontrer.

« Ces gens-là, on est allés les chercher, on leur a fait des promesses. Aujourd’hui, le gouvernement de la CAQ leur claque la porte au visage », a lancé Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire. « C’est surtout la rupture d’une promesse qu’on a faite à des êtres humains en chair et en os. Des gens qui sont ici. »

Le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, a dit quant à lui qu’il ne pouvait tout simplement pas appuyer ce « dérapage » qui va « coûter cher » à l’économie du Québec et à son image à l’étranger.

M. Jolin-Barrette a répété que ces jeunes n’avaient jamais eu de « garantie » qu’ils pourraient immigrer au Québec, alors que le premier ministre Legault répétait qu’il voulait « des ingénieurs », des « gens en informatique » et « des infirmières ».

Le ministre de l’Immigration s’est aussi défendu de vouloir les forcer à quitter le Québec. Il soutient qu’après leurs études, ils peuvent avoir accès à un permis de travail fédéral d’une durée équivalente à celle de leur diplôme, a-t-il expliqué.

« Durant cette période », ils peuvent postuler au PEQ comme travailleur temporaire, à condition d’avoir décroché un emploi dans une des professions en déficit au Québec. Le cabinet du ministre indique aussi qu’il n’est pas impossible qu’Arrima lance des invitations à des gens détenant des offres d’emplois validées, même dans des secteurs où il n’y a pas de pénurie de main-d’oeuvre.

10 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 6 novembre 2019 06 h 37

    Incompétence


    En matière d'immigration, une foi de plus, le gouvernement montre son caractère buté et son incompétence. Il serait le seul à avoir le pas.Ce gouvernement est dangereux.

    M.L.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 6 novembre 2019 09 h 42

      Une "foi" (sic) de plus...vous montrez votre caractère irascible. Se pourrait-il que vous soyez PLCiste à tout crin, avec des oeillières en +? :-(
      Vous aviez tellement hâte de critiquer (bis) le Ministre ,que vous avez raté le point de presse de ce matin. D'ailleurs la journaliste IP a aussi fait preuve de peu de retenue...en visant un Ministre et un gouvernement qui sont à l'écoute des Québécois.es... plus que jamais.
      Je (personnellement) regrette qu'il l'ait fait (reviser sa position)...mais après re-lecture, j'admets que le tout est bien ficelé.
      M. Jolin-Barrette ayant revisé son point de vue ...sur le sujet des étudiants étrangers parlant Français.. Cette fois-ci, soyez bon joueur.
      Criez au loup trop souvent...plus personne ne vous ...entendra.!

  • Robert Taillon - Abonné 6 novembre 2019 07 h 42

    Honte pour le Québec

    Les facons de faire de ce gouvernement sont une honte pour le Québec ! D'attaquer des gens lors des changements de positions du gouvernement est inhumain et totalement innacceptable. De modifier des choix pourquoi pas, bien qu'une consultation avec des organismes et spécialistes qui ont une plus longue vue, qui connaissent les dossiers seraient plus judicieux pour prendre des décisions afectant la population, si au moins ils n'attaqueraient pas ceux et celles déjà engagés dans les programmes déjà existants ce serait plus humain quoique tou à fait discutable dans le présent dossier. Les facons de faire en copiant le président du pays au sud est ridicule et démontre que plusieurs ont mal voté en placant des gens aussi peu aptes à diriger un gouverment.

  • Raymond Labelle - Abonné 6 novembre 2019 08 h 04

    Le gouvernement du Québec a reculé: droits acquis préservés

    "Le gouvernement du Québec a finalement décidé de faire des concessions dans le dossier du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Les étudiants étrangers et travailleurs temporaires qui sont déjà au Québec pourront finalement se prévaloir d’une clause de droits acquis."

    Tiré de: https://www.ledevoir.com/politique/quebec/566404/jolin-barrette-clause-grand-pere

    Alléluia!

    • Raymond Labelle - Abonné 6 novembre 2019 23 h 19

      Une reculade préméditée? Il était question de la suspension du PEQ dès juilllet 2019.
      Le gouvernement avait déjà annoncé une suspension du Programme de l'expérience québécoise (PEQ) dès juillet 2019.

      Quelqu'un l'avait alors commenté (voir: https://www.ledevoir.com/opinion/idees/558906/immigration-ces-apprentis-sorciers-qui-nous-gouvernent ) Déjà, on avait sorti les mêmes arguments contre le caractère rétroactif de cette suspension.

      On pouvait alors avoir l'impression d'un ballon d'essai par le gouvernement.

      Que j'ai de la difficulté à croire que la reculade d'aujourd'hui n'était pas déjà prévue dès l'annonce de ces derniers jours.

      Avoir l'air méchant, puis d'un bon gars humain qui comprend les gens quand on lui explique la situation. Créer de l'angoisse, puis la faire disparaître, le soulagement éloignant de l'examen de la nouvelle politique de façon prospective.

      Suis-je parano?

  • Bernard LEIFFET - Abonné 6 novembre 2019 08 h 11

    Faire l'apprenti sorcier ne mène nulle part!

    Qui peut prévenir l'avenir d'une société aujourd'ui et dans dix ans, voire vingt ans, ce qui correspond au passage d'une nouvelle génération ? Nous savons tous que le manque de main-d'oeuvre, à différents grades de qualification, est généralisé dans de nombreux pays industrialisés, dont la nation québécoise! Le pire, c'est que le Québec est vaste! Avec tous les emplois et la formation au cégep et à l'université, en région éloignée, il n'a pas le moyen de perdre ceux et celles qui ont eu le goût de venir ici, dans un milieu à majorité francophone!
    Il faut revenir en arrière pour revoir le fonctionnement du capitalisme : on engageait la main d'oeuvre bon marché en fonction d'un nouveau contrat puis, celui-ci terminé, c'était le chomâge jusqu'au prochain contrat! Sans oublier le travail en chaîne d'Henri Ford, du taylorisme, etc. Là on parlait d'innovations industrielles, d'abord pour les tout-puissants. Au 21e siècle, celui de l'Intelligence artificielle, il semble que nos élus sont obnubilés par le désir de propulser les pions pour rencontrer la demande des employeurs, comme si un être humain était encore considéré comme un numéro, celui des anciennes cartes de présence (carte de punch)! Le Québec n'apparaît pas comme un bar ouvert, surtout à l'heure actuelle où tous ceux et celles qui offrent du travail pensent aussi à fermer boutique!
    Répéter les mêmes choses, les marteler sans y apporter une amélioration, et évoquer du même coup l'Intelligence artificielle qui peut résoudre de nombreux problèmes, comme celui du jour, est plus qu'inquiétant car il s'agit de l'avenir de milliers de personnes, d'êtres humains, mais aussi de celui du Québec qui sera pointé comme un endroit à éviter pour les étrangers! Souvent il est plus sage de prévenir les coups plutôt que d'élever un mur, celui de la honte! Monsieur François Legault, comme Premier Ministre, chacun de nous doit changer de cap un jour, c'est à vôtre tour, avant que le Québec ne devienne la risée des Autres!

  • François Boulay - Abonné 6 novembre 2019 09 h 06

    Immigration

    On les invite à venir. Ils étudient en vue d'obtenir un diplome et s'attendent à ce qu'on les accepte tel que convenu. Tout à coup, on change les règlements et BYE BYE CHARLIE BROWN. Aucun respect pour l'être humain. C'est vrai, ce sont juste des diplomés étrangers à qui on a fait des promesses.

    MONDOU, je viens de réaliser, Maxime Bernier, c'est de la petite bière comparé à la CAQ.