Le français recherché en prostitution juvénile au Canada

Le député caquiste et président de la commission parlementaire sur la prostitution juvénile, Ian Lafrenière
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le député caquiste et président de la commission parlementaire sur la prostitution juvénile, Ian Lafrenière

Le fléau de la prostitution juvénile frappe davantage le Québec en raison de l’attrait « exotique » du français chez les « clients abuseurs » du reste du pays.

C’est une des conclusions de la commission sur la prostitution juvénile qui s’ouvrait lundi à Québec.

Cette commission itinérante composée d’élus de tous les partis doit mener des consultations et présenter des recommandations au gouvernement Legault.

Le président de la commission est le député caquiste Ian Lafrenière, un ancien policier de la Ville de Montréal.

En conférence de presse lundi midi à l’Assemblée nationale, il a fait ressortir cette conclusion troublante provenant d’une dizaine de chefs de police d’ailleurs au Canada.

« Ils m’ont confirmé la prévalence, la grande présence de jeunes Québécoises dans leurs provinces, alors c’est une réalité », a indiqué M. Lafrenière, qui a insisté pour que soit repris le terme de « client abuseur » afin de responsabiliser ceux qui ont recours à la prostitution et qui pensent qu’il s’agit d’un échange équitable de service.

Ainsi, il y a une forte proportion de Québécoises mineures dans les réseaux de prostitution au Canada, parce que les « clients abuseurs » en demandent.

« Il y a un attrait, il y a une demande. […] C’est ce qu’ils veulent. Malheureusement, les clients abuseurs, ils veulent aussi des jeunes les plus jeunes possible. Et vous allez voir, on n’utilise pas le terme « jeune fille », on parle d’enfants. En bas de 18 ans, ce sont des enfants. Et c’est un message clair qu’on envoie aussi à la population. »

En outre, la barrière de la langue est un avantage pour les proxénètes, qui peuvent mieux isoler leurs victimes qui sont déracinées. « On va les sortir donc de leur cadre, des réseaux d’amis, la famille, on va les amener travailler dans une autre province. »

La prostitution ne se passe plus à l’angle des rues, et le recrutement non plus : les réseaux sociaux sont par ailleurs les meilleurs bassins de recrutement des réseaux criminels. Les proxénètes scrutent les publications de jeunes filles vulnérables.

« Elles ont mis une annonce pour dire : “Écoutez, je me suis chicanée avec ma mère”. Le proxénète va l’approcher directement dans ce moment de grande vulnérabilité et va faire un lien, un rapprochement. […] Il y a une banque de données, plusieurs personnes mettent leur vie sur les médias sociaux. Alors, il n’en fallait pas plus que ça à un proxénète sans scrupules pour s’approcher d’elle. »

La députée péquiste Méganne Perry Mélançon a par ailleurs fait ressortir qu’il y a pas moins de 300 établissements qui offrent des services sexuels dans la région métropolitaine de Montréal, une donnée « percutante », selon ses mots.

« On veut se pencher [sur ces chiffres] pour voir si nous, au niveau politique, on peut aussi arriver avec des mesures plus restrictives pour les gens qui oeuvrent dans cette industrie-là. »