Ottawa pourrait rejeter les cibles du Québec en immigration

Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, a présenté les cibles québécoises en matière d’immigration, mais il devra compter sur la collaboration d’Ottawa.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, a présenté les cibles québécoises en matière d’immigration, mais il devra compter sur la collaboration d’Ottawa.

Ottawa n’offre aucune garantie qu’il respectera les nouvelles cibles québécoises en immigration pour l’année 2020. Le gouvernement caquiste compte admettre quelque 43 750 immigrants en 2020, soit 4050 de plus qu’en 2019, selon le Plan d’immigration du Québec 2020 déposé à l’Assemblée nationale mercredi.

« Nous avons toujours été clairs : la baisse des seuils était temporaire, a expliqué le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette. C’est pourquoi, au cours de la prochaine année, nous entamerons une augmentation graduelle du nombre de personnes immigrantes admises afin de répondre adéquatement aux besoins des entreprises et des régions du Québec. En 2020, le Québec accueillera entre 43 000 et 44 500 personnes immigrantes, toutes catégories confondues. »

L’élu caquiste entend faire passer l’immigration économique — travailleurs qualifiés et gens d’affaires — de 54 % en 2019 à 59 % en 2020. En contrepartie, il accueillerait moins de réfugiés — jusqu’à 7900 — et moins de personnes en vertu du programme fédéral de regroupement familial, dont le nombre devrait osciller entre 9600 et 10 600.

Or, c’est Ottawa qui détermine combien d’immigrants sont accueillis dans l’ensemble du pays dans ces deux catégories et les cibles déposées à la Chambre des communes il y a un an prévoient une augmentation graduelle du nombre d’immigrants de 2019 à 2021. Il compte notamment admettre 49 700 réfugiés en 2020. Or, le Québec rate la cible fédérale puisqu’il doit en prendre en charge environ 20 % en vertu de l’Accord Canada-Québec sur l’immigration.

59 %
C’est la proportion des immigrants économiques que le Québec désire accueillir en 2020. Il s’agit d’une augmentation de 5 %, qui se ferait au détriment des réfugiés et de la réunification familiale.

Ottawa n’a pas l’obligation de respecter les cibles québécoises dans les catégories des réfugiés et de la réunification familiale puisqu’elles relèvent de la compétence fédérale, a rappelé Mathieu Genest, l’attaché de presse du ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen. Celui-ci n’avait pas l’intention en juin d’obtempérer au désir du gouvernement Legault d’avoir davantage de contrôle sur ces deux catégories de nouveaux arrivants. Il faudra attendre la nomination du prochain ministre pour connaître les orientations du gouvernement Trudeau post-élection. Entre-temps, Ottawa craint toujours que la réduction dans la catégorie du regroupement familial crée un système à deux vitesses désavantageux pour les résidents du Québec, qui devraient attendre plus longtemps avant d’être réunis avec leurs proches. Il s’attend à ce que d’autres provinces en accueillent davantage en contrepartie, ce qui réduira le temps d’attente des familles.

Déception du milieu des affaires

Plusieurs organismes qui avaient réclamé une augmentation substantielle du nombre d’immigrants pour répondre à la pénurie de main-d’oeuvre ont été déçus par le document du ministre Jolin-Barrette.

« Il y a une réalité économique sur le terrain qui dépasse largement ce que propose le gouvernement », a déclaré la présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec, Véronique Proulx, par communiqué. Elle a souligné que le secteur manufacturier comptait 16 000 postes vacants.

La décision du gouvernement risque d’aggraver les problèmes de main-d’oeuvre vécus par de nombreux employeurs, selon la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ). « La décision du gouvernement de maintenir son seuil à un maximum de 52 500 personnes, en 2022, s’explique difficilement, malgré les représentations conjointes de l’ensemble des partenaires du marché du travail », a souligné son président-directeur général, Stéphane Forget.

4 commentaires
  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 31 octobre 2019 09 h 27

    Merci Canada

    Si le Canada rejette les cibles du Québec en immigration comme il rejette la laïcité et tout le reste, il concrétisera une fois de plus la réalité des «deux solitudes».

  • Jean Jacques Roy - Abonné 31 octobre 2019 09 h 28

    La CAQ traite l’immigration à la façon du comptable d’un petit dépanneur.

    Il est vrai que le gouvernement actuel se retrouve devant une situation de retard au Québec dans les structures et moyens pour bien acueillir les immigrant.es au Québec et ce sur deux aspects:
    - Apporter tout le support économique et financier nécessaires à la francisation et à l’accès aux milieux culturels.
    - Établir des politiques de reconnaisse réelle des compétences des nouveaux arrivants (étutes et expertse de travail). Bref, apporter support et ressources pour l’insertion valorisante au travail.

    Dans son approche la CAQ, pour affronter ces difficultés, utilise une méthode de négociation avec Ottawa qui tourne en rond. La CAQ s’obstine sur des « quota » d’immigrants réfugiés et parainés qu’on ne veut pas recevoir... Pourquoi? La CAQ dit parce qu’on n’a pas les moyens de les franciser et de les faire travailler selon les besoins des entrepreneurs.

    Or, c’est là l’erreur dans l’approche du gouvernement du Québec. Au lieu de se battre à Ottawa pour baisser les quota, il faudrait surtout se battre à Ottawa pour obtenir les ressources financières pour combler les retards provinciaux pour apporter massivement le support dont ont besoins les immigrants réfugiés et .parrainés. Évidemment, pour modifier son approche, le gouvernement nationaliste identitaire devrait aussi changer son discours par rapport aux nouveaux arrivants comme si ceux-ci étaient « une charge » au lieu de les voir ce qu’ils sont réellement: notre avenir collectif...

  • Will Dubitsky - Abonné 31 octobre 2019 11 h 07

    CAQ: l'obsession et le harcèlement envers les immigrants

    Un an de gouvernement ciblant les immigrés. Symboles religieux, suppression des dossiers concernant 50 000 personnes souhaitant obtenir le statut de résident permanent, y compris les étudiants étrangers titulaires d’un diplôme québécois, abaissement des quotas d’immigration malgré la pénurie d’employés, le mépris des réfugiés et le regroupement familial, dont beaucoup peuvent également remédier à la pénurie d’employés, l’accompagnement des immigrants avec des agents de libération conditionnelle et maintenant le test des valeurs inutiles. Sur le critère des valeurs, il convient d’ajouter à la liste à choix multiples de la question "Identifier la ou les situations où il y a discrimination," "l’embauche d’enseignantes portant des symboles religieux."

    Et le projet de loi 17, détruit principalement l’industrie du taxi à Montréal, composée principalement d’immigrants.

    C'est ce qu'on appelle l'obsession et le harcèlement envers les immigrants.

    La politique identitaire populiste, en particulier pour ceux qui vivent en dehors des centres urbains, est aujourd'hui une mode. Il suffit de penser aux attraits de Trump et du Brexit et de Marine LePen.

  • Joël Tremblay - Abonné 1 novembre 2019 00 h 35

    PME Québec et leur CA, la CAQ...

    "L’élu caquiste entend faire passer l’immigration économique — travailleurs qualifiés et gens d’affaires — de 54 % en 2019 à 59 % en 2020."

    Parfait, comme ça les "gens d'affaires" qui se sont mis riches à exploiter leurs compatriotes dans leurs pays vont pouvoir venir ici exploiter les québécois.e.s! Super!

    Le maintien du statut-quo est important.