Le BAPE se penchera sur le dossier de l’amiante

Benoit Charette, a donné le mandat au BAPE de dresser un «portrait de la présence de l’amiante au Québec», en collaboration avec la ministre de la Santé, Danielle McCann.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Benoit Charette, a donné le mandat au BAPE de dresser un «portrait de la présence de l’amiante au Québec», en collaboration avec la ministre de la Santé, Danielle McCann.

Le maire d’Asbestos, Hugues Grimard, souhaite que la commission d’enquête du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur l’amiante au Québec, annoncée lundi, permette d’alléger la réglementation existante. Des tonnes de résidus de ce minerai cancérigène gisent sur le site de l’ancienne mine Jeffrey située dans sa municipalité.

« Il ne faut pas que ça soit un débat émotif, a-t-il dit en entrevue au Devoir. Il faut que ça soit un débat rationnel. Il faut s’assurer que ça soit des faits, une science, et non n’importe quoi. »

Le gouvernement caquiste veut trouver des façons de traiter cette matière tout en tenant compte de ses effets sur la santé publique. « Est-ce qu’on va être capables d’alléger la réglementation suite à ça ? s’est demandé le maire. J’espère. »

Des amoncellements d’asphalte contenant de l’amiante laissés en bordure d’une route de sa municipalité durant quatre mois par le ministère des Transports l’ont récemment exaspéré. Des employés les ont finalement enlevés la semaine dernière.

« Ils ont chargé une fortune pour les enlever quand on sait que la problématique de l’amiante, c’est l’air ambiant », a-t-il fait valoir en assurant qu’ils ne contenaient qu’une faible quantité du minerai cancérigène.

D’importantes quantités de résidus d’amiante issus de décennies d’exploitation minière se trouvent sur les sites des anciennes mines à Asbestos et à Thetford Mines. Le gouvernement caquiste veut savoir comment gérer cette matière controversée.

C’est la raison pour laquelle le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a donné le mandat au BAPE de dresser un « portrait de la présence de l’amiante au Québec », en collaboration avec la ministre de la Santé, Danielle McCann.

Le communiqué mentionne également l’appui de la ministre déléguée au Développement économique régional et ministre responsable de la région de Chaudière-Appalaches, Marie-Eve Proulx.

« Ce n’est pas une démarche économique, a affirmé M. Charette en entrevue. C’est réellement une démarche de santé publique et d’environnement. Mais si certains pensent pouvoir revaloriser ces résidus de façon sécuritaire, on veut s’assurer que ça se fasse selon les plus hauts standards de la science d’aujourd’hui en matière de santé publique et d’environnement. »

Produit interdit

Le gouvernement fédéral interdit l’importation, la vente et l’utilisation de l’amiante tout comme la fabrication, l’importation, la vente et l’utilisation de produits contenant de l’amiante. Les résidus de ce minerai accumulés près des mines de Thetford Mines et d’Asbestos sont exemptés. L’amiante a été ajouté en 2018 à la Liste des substances toxiques de la Loi canadienne sur la protection de l’Environnement. Il était surtout utilisé dans l’industrie de la construction avant 1990 pour sa résistance au feu et à la chaleur.

Ses résidus ont notamment été employés dans les infrastructures routières, comme abrasif lors de la saison hivernale et comme remblai avant l’interdiction fédérale. « Il faut savoir à ce moment-ci quel type d’utilisation on pourra en faire ou comment se départir des résidus de ces infrastructures-là », a précisé le ministre de l’Environnement.

L’enquête du BAPE sera présidée par Joseph Zayed, qui sera appuyé par les commissaires Marie-Hélène Gauthier et Pierre Magnan. Leur mandat consistera à évaluer l’usage actuel de l’amiante, les projets pour le valoriser et l’éliminer, ainsi que dresser l’état des connaissances scientifiques quant à ses effets sur la santé. Il devra également « analyser la pertinence » et proposer « un cadre de valorisation » des résidus d’amiante en tenant compte à la fois des « aspects économiques, sanitaires, sociaux et environnementaux ».

La commission débutera le 25 novembre et devra présenter son rapport le 24 juillet 2020.

Extraction du magnésium

La commission d’enquête ne freinera pas la construction d’une usine de démonstration d’Alliance Magnésium en Estrie pour extraire ce métal des résidus d’amiante, qui doit débuter en 2020. L’entreprise a déjà obtenu le certificat d’autorisation environnementale nécessaire pour aller de l’avant. Le gouvernement libéral précédent avait d’ailleurs investi 30,9 millions de dollars dans ce projet.

Les audiences du BAPE ne seront-elles alors qu’un exercice fait en vain ? « Il n’y a rien de cosmétique, au contraire, s’est défendu M. Charette en montrant du doigt ses adversaires libéraux. On prend les devants dans un dossier qui malheureusement a traîné plusieurs années. »

Alliance Magnésium soutient que son procédé, qui consiste à extraire le magnésium des résidus d’amiante avec de l’acide chlorhydrique, permet de détruire complètement la fibre dangereuse.

« Maintenant, nos travaux peuvent servir à la réflexion du BAPE en matière de disposition sécuritaire des résidus miniers », a réagi le président de l’entreprise, Joël Fournier, dans un communiqué.

Québec solidaire a salué la mise sur pied d’une enquête du BAPE. « Le ministre Charette a notre appui dans cette démarche, a déclaré la députée Ruba Ghazal par communiqué. Espérons maintenant que cette consultation aura les résultats escomptés : nous permettre de tourner la page sur l’amiante une fois pour toutes au Québec. »