Les caquistes souhaitent ravir Jean-Talon aux libéraux

Le premier ministre François Legault présentant Joëlle Boutin, la candidate de la Coalition avenir Québec pour l'élection partielle dans Jean-Talon
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre François Legault présentant Joëlle Boutin, la candidate de la Coalition avenir Québec pour l'élection partielle dans Jean-Talon

Pour la première fois en un demi-siècle, un parti politique provincial paraît en bonne position pour ébranler la forteresse libérale de Jean-Talon, réputée imprenable, le 2 décembre.

Les électeurs de cette circonscription de Québec devront alors choisir celui ou celle qui succédera à Sébastien Proulx, qui a tiré sa révérence en août dernier. On saura le soir du 2 décembre si la forteresse a tenu le coup, malgré les vents contraires, ou si la Coalition avenir Québec (CAQ) a gagné son pari en élisant un 76e député.

En interne, les récents coups de sonde font croire à la CAQ qu’elle a déjà une bonne longueur d’avance, misant sur la déconfiture libérale à l’échelle nationale pour confirmer sa mainmise sur Québec et le vote francophone.

Si le Parti libéral du Québec (PLQ) perd Jean-Talon lors de cette élection complémentaire du 2 décembre, il n’aura plus aucun député en dehors de l’Outaouais et de la région de Montréal.

Le vote par anticipation se tiendra la même fin de semaine que le prochain conseil général du PLQ, à Sherbrooke, les 23 et 24 novembre, ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour les libéraux, qui lanceront alors officiellement leur course à la chefferie.

« La femme numérique »

Comme en 2018, la CAQ a choisi Joëlle Boutin pour la représenter dans Jean-Talon, où elle avait fait bonne figure, se classant deuxième. Le PLQ, en baisse par rapport aux résultats précédents, avait recueilli 32 % du vote, tandis que la CAQ se faisait menaçante avec 28 % d’appui.

Depuis, Mme Boutin dirige le cabinet du ministre Éric Caire. Elle était auparavant conseillère au cabinet de relations publiques National. Elle a aussi participé à la fondation de Femmes Alpha, un site Web qui mise sur le leadership des femmes en affaires, en favorisant « l’essor de la femme numérique ».

Sa candidature a été annoncée officiellement dimanche, en présence de nombreux élus caquistes de la région et du chef du parti et premier ministre, François Legault. Il a dit miser sur la grande popularité de son gouvernement depuis un an pour ravir Jean-Talon.

« Je pense que les gens sont satisfaits du gouvernement. C’est sûr qu’il y a un signal qu’on espère d’appuyer les mesures qui ont été prises par le gouvernement, les mesures économiques et la loi 21 », a commenté M. Legault, en mêlée de presse, en disant s’attendre à « une lutte serrée ».

Gertrude Bourdon, prise deux

Le PLQ espère pouvoir conserver Jean-Talon en misant sur une de ses candidates vedettes de l’élection de 2018, mais une figure qui demeure controversée, Gertrude Bourdon.

Circonscription de prestige pour les libéraux, Jean-Talon a toujours été représentée par de grosses pointures, appelées à jouer un rôle-clé au Conseil des ministres, comme Philippe Couillard, Yves Bolduc, Gil Rémillard et Raymond Garneau, notamment.

Gestionnaire de haut niveau, ancienne directrice du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHU), Gertrude Bourdon était candidate l’an dernier dans Jean-Lesage. Elle a terminé troisième avec 17,9 % du vote, derrière Québec solidaire et la CAQ.

Elle s’était illustrée par son hésitation à se porter candidate pour le PLQ ou la CAQ, se faisant une réputation de « magasiner » son parti au lieu d’affirmer des convictions.

Le chef du parti par intérim, Pierre Arcand, annoncera officiellement sa candidature mardi.

Le vote des jeunes

Québec solidaire, qui a déjà conquis deux circonscriptions de Québec en 2018 (Jean-Lesage et Taschereau), mise sur une campagne intensive très ciblée auprès des étudiants pour espérer ravir Jean-Talon.

Les solidaires seront donc très présents dans les établissements d’enseignement, principalement l’Université Laval, pour solliciter le vote des jeunes, une clientèle traditionnellement plus sensible au programme de QS. Mais la lutte s’annonce difficile, QS n’a récolté que 19 % du vote dans Jean-Talon en 2018.

Cette fois, pas moins de quatre candidats potentiels s’affrontent et la soirée d’investiture aura lieu mercredi pour désigner le candidat de QS.

L’un d’eux, Frédéric Poitras, un conseiller politique du maire de Québec, Régis Labeaume, a déjà reçu l’appui formel de la co-porte-parole du parti, Manon Massé, un geste qui a fait grincer des dents d’autres candidats.

Un retraité chez les péquistes

Le Parti québécois (PQ), qui n’a pas l’habitude de faire bonne figure dans Jean-Talon, présentera un enseignant à la retraite, Sylvain Barrette, soit le même candidat que l’an dernier lors de la générale, lors de laquelle il n’avait récolté que 14 % du vote. Il sera officiellement désigné candidat lundi soir.