La Fédération des policiers municipaux demande 788 millions à Québec

La FPMQ représente une trentaine de corps policiers et est associée à celui de Montréal.
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir La FPMQ représente une trentaine de corps policiers et est associée à celui de Montréal.

Pas moins de 788 millions de dollars sont réclamés au gouvernement Legault pour « mettre fin à l’iniquité » dans le financement des services policiers au Québec.

C’est ce qu’a indiqué le président de la Fédération des policiers municipaux du Québec (FPMQ), François Lemay, en conférence de presse dimanche à Laval, en expliquant que cette somme représente 47 % des frais de fonctionnement des 33 corps policiers municipaux qu’il représente dans la province, dont trois services autochtones, et qui desservent au total une population de 5,5 millions d’habitants.

La FPMQ explique qu’il s’agit du même pourcentage qui est remboursé aux municipalités dont la sécurité publique a été confiée à la Sûreté du Québec (SQ). Son président déplore d’ailleurs ce qu’il a qualifié de « système à deux vitesses » qui perdure depuis vingt ans puisque la plupart des municipalités dotées de leur propre service de police ne reçoivent aucune subvention et doivent assumer la totalité de la facture, même si leurs citoyens paient aussi les services de la SQ des municipalités voisines à même leurs impôts.

« Ça fait vingt ans que ce système existe et que trente des villes qui ont une police municipale ne sont pas subventionnées. Alors, dans un contexte où le gouvernement se prépare à revoir le modèle de la police au Québec, eh bien, nous, on dit “assez, c’est assez” ! La priorité du gouvernement devrait être de financer l’ensemble des services policiers au Québec de la même manière », a affirmé M. Lemay.

Il estime que cette situation a fait passer le nombre de corps policiers municipaux de 120 à 33 depuis les deux dernières décennies.

François Lemay souligne que le gouvernement du Québec s’apprête même à assumer 50 % de la facture liée aux services de la SQ à compter de 2020, ce qui fera passer les sommes remboursées aux municipalités protégées par la SQ de 300 millions à 375 millions de dollars, tandis que les autres municipalités ne recevront rien.

Pour expliquer les répercussions de la situation actuelle sur la population, le président de la FPMQ donne l’exemple de Mont-Tremblant, où la municipalité songe à confier la sécurité publique de son territoire à la SQ.

« On se retrouve avec un dossier où les gens de Mont-Tremblant aiment leur service de police municipal, mais où les élus prévoient faire appel aux services de la Sûreté du Québec parce que ça représente une économie de coûts de 1 million de dollars. Dans les faits, il n’y a pas d’économie de coûts puisque, tout compte fait, ce sera toute la population du Québec qui va payer pour la police de Mont-Tremblant. »

Avant le dépôt du livre vert

La sortie du président de la FPMQ survient à quelques semaines du dépôt du livre vert sur les services policiers au Québec, que la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, devrait présenter en décembre à l’Assemblée nationale. M. Lemay demande à la ministre Guilbault de profiter de cette réflexion sur les services policiers pour en revoir le financement.

« Avant d’aller parler du concept de la police, il faut bien s’entendre sur le financement, martèle M. Lemay. Ça fait vingt ans que les villes qui ont une police municipale ne reçoivent pas l’argent auquel elles devraient avoir droit. »

Selon les statistiques fournies par la FPMQ, les coûts réels d’un territoire desservi par la SQ sont plus élevés que pour ceux desservis par des services policiers municipaux.

Si la FPMQ se dit prête à assumer sa part dans la réorganisation des services policiers au Québec, elle estime toutefois que le moment est venu d’être équitable envers tous les acteurs du milieu, d’autant plus que le Québec nage dans les surplus.

« Si le gouvernement décide de financer la police, c’est une mesure directe pour aider le citoyen, chez lui, sur son compte de taxes, a fait valoir François Lemay en conférence de presse. Pour nous, c’est clair que cette situation-là correspond exactement à ce que le gouvernement voulait faire avec ses surplus, et on représente les deux tiers de la population au Québec. »

La FPMQ représente quelque 10 000 policiers dans la province, couvrant parfois de vastes territoires, comme les services de police des villes de Montréal, de Québec, de Longueuil, de Gatineau et de Laval.