Contamination au plomb: l’eau est bonne, dit Legault

François Legault a réitéré la promesse de son gouvernement de rehausser les normes actuellement en vigueur.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne François Legault a réitéré la promesse de son gouvernement de rehausser les normes actuellement en vigueur.

Le premier ministre, François Legault, minimise les conséquences du plomb dans l’eau potable au Québec. « Il ne faut pas non plus faire peur aux gens […] Il n’y a pas de problème », a-t-il déclaré, jeudi.

Lorsque Le Devoir a rappelé à M. Legault que Nathalie Légaré, une résidente de Sainte-Agathe-des-Monts, a appris d’une journaliste que son eau contenait onze fois la norme québécoise de 10 parties par milliard (ppb), soit 114 ppb, selon les tests municipaux effectués après cinq minutes d’écoulement, il a rétorqué : « Mais, en même temps, est-ce qu’il y a des problèmes pour la santé ? C’est ça, la question. »

On va se dire les vraies choses, les normes étaient presque établies pour ne pas trouver de plomb dans l’eau

Pourtant, plusieurs études ont démontré que le plomb dans l’eau a des effets néfastes sur la santé à long terme. L’Institut national de santé publique (INSPQ), qui conseille le gouvernement, reconnaît que même de faibles niveaux d’exposition peuvent affecter le développement du cerveau et avoir des effets sur le quotient intellectuel des enfants. Chez les adultes, il peut provoquer de l’hypertension, un dysfonctionnement rénal ou une diminution des performances cognitives. L’Organisation mondiale de la santé range le plomb parmi les 10 produits chimiques « gravement préoccupants pour la santé publique ».

De son côté, Mme Légaré confie être rassurée de n’avoir jamais bu l’eau du robinet puisqu’elle préfère depuis toujours s’approvisionner à une source d’eau naturelle. « Mais je suis consciente que c’est une maladie invisible ».

Mais le premier ministre insiste : « Il faut rassurer la population. Depuis 40 ans, la quantité de plomb dans l’eau au Québec a diminué de 70 % ».

En guise de preuve, il a indiqué que le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, qui est expert en maladies neurodéveloppementales, « n’a jamais vu de cas » d’enfants intoxiqués au plomb lorsqu’il pratiquait au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine.

« M. Carmant est un neuroscientifique spécialisé dans les crises épileptiques. L’intoxication saturnine cause des convulsions à des niveaux très élevés, mais je ne lui demanderais pas son avis sur la toxicité du plomb à faible exposition », souligne pour sa part Bruce Lanphear, professeur en santé publique à l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique.

« M. Carmant n’a pas traité de cas récents d’empoisonnement au plomb lié à la consommation de l’eau », a précisé son cabinet. Il souligne que Québec ne prend pas à la légère le dossier et adoptera d’ailleurs la norme recommandée par Santé Canada.


Épidémie pédiatrique silencieuse
 

S’il n’y a pas lieu d’effrayer la population, M. Lanphear insiste sur les risques du métal neurotoxique. « Pourquoi est-il acceptable d’avertir les gens du terrorisme ou des changements climatiques, mais pas de l’eau contaminée au plomb ? »

Le plomb est d’ailleurs qualifié comme « une épidémie pédiatrique silencieuse », soutient Mona Hanna-Attisha, une pédiatre qui a soigné des patients à Flint, au Michigan, qui a fait face à une crise de l’eau potable en 2015. « J’aimerais que les patients arrivent avec des taches violettes, des convulsions ou une éruption cutanée. Mais [l’exposition au plomb] n’a pas de symptômes », a-t-elle dit en entrevue avec l’équipe d’enquête formée du Devoir, de l’Institut du journalisme d’enquête de l’Université Concordia et Global News. L’équipe a révélé les lacunes dans l’application du règlement sur la qualité de l’eau potable à travers le Québec.

M. Legault a aussi réitéré sa promesse de rehausser les normes et d’assurer leur application par les municipalités. « Moi, je veux rassurer les Québécois, notre eau est bonne, il n’y a pas de danger ».

« On va se dire les vraies choses, les normes étaient presque établies pour ne pas trouver de plomb dans l’eau », note Alexandre Cusson, président de l’Union des municipalités du Québec. Il se questionne sur la capacité des petites municipalités à emboîter le pas à Montréal en obligeant les propriétaires à remplacer leur partie des tuyaux en plomb.

Une préoccupation partagée par la Fédération québécoise des municipalités, qui rappelle que les petites municipalités manquent de professionnels. « La nouvelle réglementation implique d’importantes décisions locales. Il faudra établir si on est capable de l’appliquer », souligne son président, Jacques Demers.

L’élu péquiste Sylvain Gaudreault abonde dans le même sens. Il invite aussi les municipalités et le gouvernement à mettre à jour leurs pratiques « de transparence et de reddition de comptes ». « Ce n’est pas aux citoyens de faire les frais de la négligence qui s’est étendue sur plusieurs années », estime-t-il.

La ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, a assuré que « les municipalités font le travail ». « Ce ne sont pas les municipalités et les usines de traitement [de l’eau] qui sont problématiques. L’eau qui sort des municipalités est tout à fait potable. La problématique, c’est le branchement avec les maisons. Il ne faut pas mettre la faute sur les municipalités ».

L’élue caquiste s’est dite « très fière » du plan d’action proposé. « C’est merveilleux ce qu’on fait ! » Son ministère va « obliger » les municipalités à déposer un plan d’action d’ici mars 2020.

Du côté de l’INSPQ, on confirme que « globalement, l’eau du Québec est d’excellente qualité ». « Il ne faut pas donner l’impression qu’il y aurait des problèmes partout et qu’il ne faudrait plus consommer l’eau. […] Si vous faites couler l’eau avant, dans la majorité des cas il n’y aura pas de problème », assure Patrick Levallois, médecin spécialiste en santé publique à l’INSPQ.

2 commentaires
  • Jean Thibaudeau - Abonné 25 octobre 2019 07 h 43

    MOUAIS. Il n'y a pas de problème climatique non plus, n'est-ce pas? Fait pas faire psur au monde, n'est-ce pas?

  • Chantale Desjardins - Inscrite 25 octobre 2019 16 h 39

    M. Legault manque d'aplomb...

    La définition de l'eau est: incolore, inodore et sans saveur. H2O
    Donc ou est le plomb M. Legault. Venant du premier ministre, c'est triste.