Québec adopte la norme de Santé Canada

La méthode d’échantillonnage préconisée sera dorénavant celle effectuée au premier jet d’eau après une stagnation de 30 minutes, plutôt qu’après 5 minutes d’écoulement.
Photo: Jim Cole Archives Associated Press La méthode d’échantillonnage préconisée sera dorénavant celle effectuée au premier jet d’eau après une stagnation de 30 minutes, plutôt qu’après 5 minutes d’écoulement.

Le gouvernement du Québec adopte la norme de Santé Canada sur la présence de plomb dans l’eau potable et demande à toutes les municipalités de se doter d’un plan d’action pour remplacer les entrées de service résidentielles problématiques. Aucun échéancier ni aucun coût n’ont toutefois été fixés.

« Comme citoyen, on est responsable de notre branchement dans notre maison, mais pour les montants, comment les municipalités vont demander les frais aux citoyens, je ne peux pas vous répondre parce qu’on ne sait même pas combien il y en a à corriger », a constatéla ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, en conférence de presse.

Elle était accompagnée du ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, du ministre de l’Environnement, Benoit Charette, et du directeur national de santé publique du Québec, Horacio Arruda.

L’annonce est survenue après une série de reportages sur la présence de plomb dans l’eau des Québécois. Le Devoir révélait la semaine dernière avec les étudiants de l’Institut du journalisme d’enquête de l’Université Concordia et Global News que la technique utilisée pour mesurer la présence de ce métal lourd dans l’eau potable dissimulait des concentrations élevées et potentiellement dangereuses pour la santé.

Ce qu’on voit rapidement, c’est qu’il va y avoir des coûts importants et ça nous prendra peut-être des spécialistes aussi pour nous accompagner là-dedans

Les propriétaires de résidences auront-ils l’obligation de changer leur raccordement en plomb au réseau d’aqueduc ? « Ce n’est pas une question d’obligation, c’est une question de santé publique », a affirmé la ministre Laforest, en évitant de répondre à la question.

Les résidences construites après 1980, année où le Code de la plomberie a interdit l’installation d’entrées de service en plomb, ne seront pas touchées. Celles construites entre 1940 et 1980 pourraient avoir des conduites ou des soudures en plomb.

La nouvelle a été bien accueillie par l’Union des municipalités du Québec (UMQ) et la Fédération québécoise des municipalités (FQM) qui s’attendent cependant à une contribution financière supplémentaire du gouvernement.

« Ce qu’on voit rapidement, c’est qu’il va y avoir des coûts importants et ça nous prendra peut-être des spécialistes aussi pour nous accompagner là-dedans », a réagi le président de la FQM, Jacques Demers.

La ministre Laforest a indiqué que les municipalités pourront faire appel aux programmes existants qui prévoient en tout près de 6 milliards de dollars pour les infrastructures municipales.

« Est-ce que ces sommes-là sont suffisantes, a demandé le président de l’UMQ, Alexandre Cusson. Assurément, ces choix de société là — qu’on partage — ne pourront pas se faire uniquement au fardeau financier des municipalités. »

« Il n’y a rien qui va être négligé, a précisé la ministre Laforest. S’il y a un secteur qui coûte un peu plus cher à réfectionner, on va le réparer. Il n’y a aucun problème, puis on est prêts à accompagner les municipalités sans problème. »

Eau stagnante

Davantage de canalisations ou d’entrées de service problématiques pourraient être identifiées avec l’usage d’une méthode d’échantillonnage plus stricte et l’abaissement de la concentration maximale de plomb tolérée dans l’eau de 5 parties par milliard (ppb) comme le recommande Santé Canada, plutôt que la norme québécoise précédente de 10 ppb.

La méthode d’échantillonnage préconisée sera dorénavant celle effectuée au premier jet d’eau après une stagnation de 30 minutes, plutôt qu’après 5 minutes d’écoulement. Ces changements entreront en vigueur après une modification réglementaire.

La nouvelle a réjoui le Réseau Environnement, un regroupement québécois de spécialistes en eau, qui réclamait un tel plan d’action.

« Le plus important, c’est que la norme soit changée et qu’elle soit changée rapidement », a affirmé sa présidente-directrice générale, Christiane Pelchat. « On aurait envie de demander au gouvernement d’ajouter un mécanisme de suivi de ces plans d’action » a-t-elle ajouté.

Les Québécois n’ont toutefois pas à s’inquiéter de la qualité de l’eau potable, a fait valoir le premier ministre, François Legault.

« Oui, ils doivent boire l’eau. Non, ils ne doivent pas s’inquiéter. Actuellement, l’eau au Québec est d’excellente qualité », a-t-il déclaré lors d’un impromptu de presse à l’Assemblée nationale.

Il a mentionné que les municipalités sont parvenues à réduire de 70 % les concentrations de plomb dans l’eau au fil des 40 dernières années.

Avec Marco Bélair-Cirino