Les chefs autochtones dénoncent l’absence de François Legault à une rencontre

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, en mêlée de presse
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, en mêlée de presse

La rencontre de jeudi entre le gouvernement et les chefs autochtones était un « rendez-vous manqué » en raison de l’absence du premier ministre François Legault, a dénoncé Ghislain Picard.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador a rappelé qu’une discussion de nation à nation impliquait que le chef de la nation québécoise soit présent à la table.

M. Legault a plutôt mandaté sa ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, pour discuter des suites à donner au rapport Viens. Il n’a fourni aucune explication pour son absence, jeudi.

Rappelons que le 30 septembre dernier, la commission Viens en est venue à la conclusion que les Autochtones du Québec subissent diverses formes de discrimination systémique. Elle a formulé pas moins de 142 recommandations.

La commission avait pour mandat d’enquêter sur les relations entre les Autochtones et les services publics québécois, particulièrement les services policiers, à la suite d’un reportage de Radio-Canada, en 2015, qui donnait la parole à une dizaine de femmes autochtones affirmant avoir été victimes d’abus sexuels de la part de policiers de la Sûreté du Québec (SQ) en poste à Val-d’Or.

La rencontre de jeudi, dans un grand hôtel de Québec, devait servir à planifier la suite des choses et dresser la liste des priorités. Les intervenants ont finalement convenu d’organiser une deuxième rencontre en décembre.

« Un processus, s’il devait être considéré comme étant sérieux, sincère, le premier ministre aurait dû être à la table, a dénoncé M. Picard en fin de journée. C’est un rendez-vous manqué. »

Le Grand chef du Conseil de la Nation Atikamekw, Constant Awashish, a été tout aussi cinglant. « Les absents ont toujours tort », a-t-il déclaré en mêlée de presse.

François Legault avait présenté, le 2 octobre dernier, ses excuses « les plus sincères » aux nations autochtones et aux Inuits pour les préjudices graves subis au cours des ans.

M. Picard avait réservé un accueil froid aux excuses du premier ministre, en lui rappelant que le Québec « n’a jamais reconnu le droit à l’autodétermination des Premières Nations ».

Des femmes ont peur

Plus tôt jeudi, la directrice générale du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or, Édith Cloutier, a affirmé que des femmes autochtones n’osent toujours pas sortir de chez elles de peur de rencontrer des policiers de la SQ.

Elle a exigé des excuses formelles du corps policier, mais n’a pas obtenu l’appui de la ministre D’Amours. Selon la ministre, les excuses du premier ministre Legault incluaient déjà la SQ.

« Ça ne veut pas dire qu’on ne s’occupera pas du dossier des femmes de Val-d’Or, au contraire », a-t-elle dit en mêlée de presse.

Encore aujourd’hui, des femmes autochtones « vivent toujours dans la peur » et « ne sortent pas de la maison », a déploré Mme Cloutier.

« Elles ne souhaitent pas marcher dans les rues de Val-d’Or de peur, parce qu’elles sont encore habitées par cette peur, de croiser un policier en uniforme. »

Les solutions existent

Selon Mme Cloutier, des solutions existent pour rétablir le climat de confiance entre les Autochtones et la société québécoise, et elles peuvent être mises en place « demain matin ».

Elle demande au gouvernement Legault de mieux financer les services de première ligne aux Autochtones, tels que les centres d’amitié.

« Pourquoi le gouvernement du Québec ne finance-t-il pas à une hauteur satisfaisante les services de première ligne donnés par les centres d’amitié autochtones présents dans 12 villes du Québec ? » a demandé un journaliste à la ministre D’Amours.

« Moi, j’arrive [en poste] », a-t-elle répondu. La Coalition avenir Québec (CAQ) s’est fait élire le 1er octobre 2018, il y a de cela plus d’un an. Mme D’Amours a été nommée ministre le 18 octobre 2018.

Elle s’est vantée, jeudi, d’être en mode écoute et de n’avoir aucun plan. « Le gouvernement du Québec est là aujourd’hui pour entendre les priorités des Autochtones, a-t-elle déclaré. C’est vrai, je n’ai pas d’ordre du jour, c’est vrai, je n’ai pas de plan, parce que je veux qu’on le monte ensemble ».

« Je vous avoue que c’est très déstabilisant comme gouvernement de ne pas avoir de plan. C’est la première fois que ça arrive, qu’on s’assoit devant eux et qu’on est à l’écoute et qu’on va prioriser avec eux. Je n’ai rien sur la table », a-t-elle ajouté.