Détection du plomb dans l’eau: le Québec adoptera la méthode de Santé Canada

Le réseau scolaire devra lui aussi suivre les recommandations de Santé Canada.
Photo: iStock Le réseau scolaire devra lui aussi suivre les recommandations de Santé Canada.

Québec change de cap et demande aux écoles et aux municipalités de respecter la méthodologie préconisée par Santé Canada et cesser de faire couler l’eau pendant cinq minutes pour tester le niveau de plomb dans l’eau. Le gouvernement Legault attendra toutefois le printemps prochain pour changer la réglementation.

« [La ministre de la Santé], Danielle McCann, va s’assurer que partout les tests soient faits correctement, comme le recommande Santé Canada », a déclaré le premier ministre, François Legault, à la sortie du Conseil des ministres mercredi. Une annonce qui survient sept mois après la publication des recommandations par l’organisme fédéral.

M. Legault s’est tout de même voulu rassurant, affirmant que « jusqu’à preuve du contraire, oui, c’est sécuritaire [de boire de l’eau], a-t-il dit. Maintenant, on ne veut pas prendre de chances. »

 

Une enquête du Devoir, des étudiants de l’Institut du journalisme d’enquête de l’Université Concordia et de Global News a révélé mercredi que les méthodes utilisées pour mesurer le plomb dans l’eau potable des Québécois camouflent des concentrations élevées et potentiellement dangereuses pour la santé.

Le Québec est la seule province à exiger des municipalités qu’elles laissent couler l’eau cinq minutes avant de prélever les échantillons pour les tests, une méthode qui sous-estime les résultats. Santé Canada préconise plutôt un échantillonnage après 30 minutes de stagnation pour obtenir le niveau moyen d’exposition au plomb.

La question, c’est pourquoi, depuis plus de 10 ans, les gouvernements ont ignoré les recommandations de Santé Canada, les uns après les autres

Mais pourquoi le Québec prend-il autant de temps à adopter la méthode de Santé Canada ? « Moi aussi, je me suis posé la même question ce matin, a reconnu M. Legault. »

Le premier ministre a dit avoir appris le matin même que la méthode utilisée dans les municipalités « n’était peut-être pas la bonne ». « Nous avons déjà fait quelque chose concernant l’eau dans les écoles, [mais] il semble que nous devons revoir la méthode dans les municipalités ».

Plus tôt dans la journée, le ministre de l’Environnement, Benoît Charrette, s’en était plutôt remis aux municipalités. « On ne peut pas naturellement prendre à notre charge la qualité de l’eau qui est offerte par toutes les municipalités dans chacune des résidences du Québec ; la responsabilité incombe aux municipalités », a-t-il affirmé.

Son ministère a d’ailleurs invité, il y a quelques mois, les municipalités à prendre en considération la recommandation de Santé Canada d’abaisser le seuil maximal acceptable de plomb dans l’eau de 10 microgrammes par litre à 5.

M. Charrette n’a par contre pas été en mesure de préciser qui devait vérifier si les municipalités respectent bien cette nouvelle directive.

Aux yeux de Michèle Prévost, titulaire de la Chaire industrielle en eau potable de Polytechnique Montréal, le ministre Charrette est « mal informé ». « Les municipalités ne sont pas responsables d’appliquer des normes qui n’existent pas dans la province », lance-t-elle.

En effet, le Règlement sur la qualité de l’eau potable du Québec demande actuellement aux municipalités de « laisser couler l’eau du robinet à débit modéré pendant au moins cinq minutes avant de prélever l’échantillon ». Les normes de Santé Canada n’ont aucune force légale au Québec.

« La question, c’est pourquoi depuis plus de 10 ans les gouvernements ont ignoré les recommandations de Santé Canada, les uns après les autres », s’offusque Mme Prévost. Elle souligne néanmoins la « volonté politique » du gouvernement Legault, et espère que « des actions suivront cette grande déclaration ».

De son côté, le ministre Benoît Charrette a dit attendre un rapport de son ministère qui doit être déposé au plus tard en mars 2020 au gouvernement dans le cadre de la révision du Règlement sur la qualité de l’eau potable avant de changer les règles. « J’ai demandé au ministère [si] on peut devancer de quelques semaines, sinon de quelques mois, cette mise à jour là, a-t-il affirmé. C’est un scénario qui est envisagé actuellement, mais pour lequel on n’a pas encore de certitude. »

Un an pour tester les écoles

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a pour sa part donné une année aux directions d’écoles pour tester la qualité de l’eau et, au besoin, « corriger la situation », tout en reconnaissant qu’il s’agit d’un échéancier « optimiste et ambitieux ».

Le réseau scolaire devra lui aussi suivre les recommandations de Santé Canada. « Évidemment, on n’attendra pas que l’eau coule pendant trois, quatre, cinq, dix minutes avant de tester l’eau. On va tester l’eau dès la première goutte pour être un peu en situation réelle, lorsque les jeunes arrivent le matin », a-t-il dit, précisant avoir discuté des « meilleures façons » de s’y prendre avec des experts du projet de recherche VisezEau.

Les fontaines d’eau des écoles primaires devront être traitées en priorité puisque les enfants en bas âge sont les plus vulnérables. Même des niveaux de plomb très faibles peuvent affecter le développement du cerveau et avoir des effets sur le quotient intellectuel.

Cela dit, M. Roberge a invité mercredi la population à ne pas sombrer dans la paranoïa. « Il faut éviter de se faire, tout le monde, une psychose de l’eau », a-t-il dit, avant d’ajouter : « Il y a définitivement un problème à régler. C’est pour ça qu’on va faire tous les tests ».

2 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 17 octobre 2019 00 h 14

    Bravo pour cette enquête! On peut se demander si la rencontre de hier entre les ministères aurait eu lieu sans la couverture médiatique sur le plomb dans l’eau auquelle Le Devoir a participé.

    J’invite - en passant - tous les lecteurs du Devoir à soutenir ce journal en s’abonnant (plus ce journal sera fort financièrement, plus il aura une marge financière pour - peut-être - faire davantage d’enquêtes): Montréal : 514-985-3355 - Sans frais : 1 800 463-7559

  • Michel Petiteau - Abonné 17 octobre 2019 12 h 47

    Appel à Nazdecabre!

    "M. Legault s’est tout de même voulu rassurant, affirmant que « jusqu’à preuve du contraire, oui, c’est sécuritaire [de boire de l’eau], a-t-il dit. Maintenant, on ne veut pas prendre de chances. »"
    Vraiment ? Je ne suis pas du tout rassuré. Jusqu’à preuve du contraire M. Legault ne possède ni les connaissances ni les compétences minimales requises pour produire pareille affirmation, à classer comme sophisme. Ni lui ni aucun de ses ministres.
    M. Roberge : " … on va faire tous les tests".
    " ... on ne veut pas prendre de chances ... on va faire tous les tests ..." Mais qui donc est le "on"?
    Quand des médias confèrent aux propos des hommes politiques - j’emploie le masculin à dessein – valeur de parole d’évangile, attention, danger. La loi et l’ordre, oui. Les arts et les sciences, non.
    Les hommes politiques, eux, savent - pas toujours - que leurs sermons, sans parler de leurs faits et gestes, vont être repris et amplifiés, par mille médias, sur la place publique, et que la foule est moutonnière.
    Le temps est venu de convoquer Nazdecabre!
    "Sophisme : Dans le langage ordinaire, tout raisonnement captieux (propre à tromper par une apparence de vérité) et faux. Ce discours politique est un tissu de sophismes." (Dictionnaire encyclopédique universel Quillet-Grolier)