Projet de loi sur l’industrie du taxi: le bâillon semble évité

Des chauffeurs de taxi manifestaient une nouvelle fois, jeudi, dans plusieurs villes du Québec. Plusieurs ont convergé vers le parlement de Québec.
Photo: Olivier Zuida Archives Le Devoir Des chauffeurs de taxi manifestaient une nouvelle fois, jeudi, dans plusieurs villes du Québec. Plusieurs ont convergé vers le parlement de Québec.

C’est peut-être la fin de la crise du taxi qui perdure depuis l’arrivée d’Uber au Québec : c’est du moins ce que souhaite le gouvernement Legault, qui a réussi à faire adopter jeudi tous les articles de son projet de loi qui bouleversera profondément cette industrie.

Les élus des trois partis d’opposition n’ont pas étiré les débats en commission parlementaire. Ce faisant, ils ont permis de passer au vote sur les derniers articles à adopter.

Le projet de loi 17 peut maintenant cheminer vers les autres étapes de son adoption finale, qui pourrait avoir lieu jeudi même, à moins qu’une fois en Chambre les débats s’étirent.

Mercredi, le premier ministre François Legault avait menacé de recourir au bâillon pour forcer l’adoption de la pièce législative avant l’échéance du projet pilote avec la multinationale Uber la semaine prochaine. En cas de vide juridique, Uber serait devenu illégal.

Des chauffeurs de taxi manifestaient une nouvelle fois, jeudi, dans plusieurs villes du Québec. Plusieurs convergeaient vers le parlement de Québec, où ils se rassembleront tout au long de la journée.

Il s’agit d’un ultime appel à l’aide adressé au gouvernement du Québec, alors que le projet de loi qui déréglemente l’industrie doit être adopté sous peu et que le projet pilote qui permet les activités d’Uber arrivera à échéance lundi.

« Nos membres de tous les coins du Québec ont manifesté le désir de manifester et de lancer un dernier cri d’aide au gouvernement », a expliqué le porte-parole de l’Association des taxis des régions du Québec (ATRQ), Serge Lebreux, en entrevue jeudi.

Des chauffeurs ont manifesté à Rouyn-Noranda, à Sept-Îles et à Rimouski, par exemple. Et dès 9 h 30, des groupes ont commencé à se rassembler devant le parlement à Québec, où d’autres contingents devaient se joindre à eux jusqu’à 17 h.

« La loi a déjà commencé à faire des ravages, surtout en région. On était déjà en manque de personnel et, avec l’ajout de la menace de la loi et la publicité négative que ça a entraîné, ça a fait en sorte que les candidats se poussent vers d’autres professions », a soutenu M. Lebreux.

Revendications

L’ATRQ revendique une compensation plus généreuse pour les propriétaires de taxi, ainsi qu’une distribution plus équitable de ces sommes.

L’offre gouvernementale de 770 millions de dollars, à laquelle 35 millions ont été récemment ajoutés, pour un total de 805 millions, est jugée trop éloignée de la demande de l’industrie de 1,2 milliard de dollars pour compenser la perte de valeur des permis de taxi causée par la déréglementation.

L’association demande également qu’une table nationale sur le taxi se penche sur l’application de la future loi.

Le ministre des Transports, François Bonnardel, a déposé des amendements à son projet de loi lundi, mais ceux-ci n’ont pas suffi à calmer l’insatisfaction des propriétaires de permis de taxi. Il s’était notamment dit prêt à devancer le paiement des compensations plutôt que de les étaler sur cinq à six ans.

De même, le ministre a annoncé qu’il créerait une table nationale de concertation de l’industrie du transport rémunéré de personnes par automobile pour conseiller le gouvernement quant à l’application de sa réforme. Il a aussi bonifié le programme d’aide pour les besoins particuliers de propriétaires de permis de taxi.

M. Lebreux plaide que la technologie ne règle pas tous les problèmes de l’industrie, qu’il faut également donner davantage de formation aux chauffeurs et mieux encadrer l’industrie.

« On leur tend la main pour un dernier blitz de pourparlers. Pour l’instant, on n’a pas eu de téléphone » de la part du ministère des Transports, a déploré M. Lebreux jeudi avant-midi.