Québec solidaire refuse de désavouer la désobéissance civile

Après avoir perturbé la circulation sur le pont Jacques-Cartier mardi, des militants du mouvement Extinction Rebellion étaient de retour dans les rues mercredi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Après avoir perturbé la circulation sur le pont Jacques-Cartier mardi, des militants du mouvement Extinction Rebellion étaient de retour dans les rues mercredi.

La co-porte-parole de Québec solidaire (QS) Manon Massé doit condamner le geste « illégal » des manifestants écologistes, dont une militante de son parti, qui ont grimpé sur la structure du pont Jacques-Cartier à Montréal mardi, selon le premier ministre François Legault.

« Je pense que Manon Massé doit prendre ses responsabilités, a-t-il déclaré en mêlée de presse mercredi avant la période des questions. Ce n’est plus une militante de la rue. C’est une députée à l’Assemblée nationale, responsable de légiférer. Donc, elle doit clairement condamner ce geste. »

« Elle ne peut pas cautionner un geste qui est illégal, elle ne peut pas cautionner un geste qui est dangereux, qui n’est pas sécuritaire », a-t-il ajouté.

Chantal Poulin, l’une des trois membres d’Extinction Rebellion arrêtés par les policiers, est une militante de QS qui a travaillé à la campagne électorale du député Alexandre Leduc il y a un peu plus d’un an. Mme Poulin est également troisième vice-présidente du Syndicat de l’enseignement de la Pointe-de-l’Île (SEPI). Le syndicat a publié un communiqué pour préciser qu’il ne cautionnait pas son geste.

On ne fera pas de purge à Québec solidaire parce que quelqu’un a fait de la désobéissance civile non violente

Le premier ministre Legault s’en est pris au fait qu’en tant qu’enseignante du primaire, la militante montre le mauvais exemple. « On ne veut pas qu’une enseignante vienne donner comme modèle aux jeunes que c’est une bonne idée de monter sur la structure du pont, a-t-il affirmé. Je pense qu’il y a d’autres manières de signifier son appui à la lutte contre les changements climatiques. »

« Contrairement aux autres partis politiques, on ne va pas cracher sur ces gens-là, a répondu l’autre porte-parole de QS, Gabriel Nadeau-Dubois. On ne va pas les traiter de tous les noms, on ne va pas leur tourner le dos. Ce sont des citoyens et citoyennes qui ont posé un geste qui [ne fait pas partie des] moyens que nous on utilise comme formation politique, mais on ne crachera pas au visage de ces gens-là. »

« On ne fera pas de purge à Québec solidaire parce que quelqu’un a fait de la désobéissance civile non violente », a-t-il ajouté plus tard.

Coup d’éclat... pacifique

Mme Massé avait refusé la veille de dénoncer ce coup d’éclat qui a perturbé l’heure de pointe montréalaise mardi matin. « À ma connaissance, ce sont des gestes pacifiques, des gestes non violents, avait-elle répondu. Et vous le savez qu’on ne dénonce pas ces situations-là. Je réitère que ces gens-là [exhortent] le gouvernement à agir rapidement. »

« QS est la seule formation politique au Québec hier à ne pas avoir condamné ces activistes qui ont bloqué le pont Jacques-Cartier, s’est indigné le ministre des Transports, François Bonnardel en mêlée de presse mercredi. Ce n’est pas banal ! Ce sont des dizaines de milliers d’automobilistes qui utilisent ce pont matin et soir. »

Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a accusé QS de ne pas tenir « un discours constructif » avec son projet de faire de l’obstruction parlementaire systématique pour bloquer l’adoption de projets de loi s’il n’obtient pas un plan d’action crédible contre la crise climatique d’ici le 1er octobre 2020.

« S’ils ne contrôlent pas leurs membres, ils peuvent à tout le moins contrôler leurs députés et leurs propres propos, a-t-il fait valoir. Et les propos vont dans le même sens que les agitateurs qui ont fait des siennes hier matin et hier après-midi. »

« La planète est en train de cramer, mais la priorité de Benoit Charette et de François Legault, c’est l’attitude de QS, a rétorqué M. Nadeau-Dubois. Ça parle beaucoup de leur réel intérêt pour la lutte contre les changements climatiques. »

Les esprits se sont échauffés durant la période des questions lorsque M. Legault a nargué M. Nadeau-Dubois hors micro. « Je vais le dire au micro, puisque le premier ministre ne l’a pas dit, a répété le leader parlementaire des solidaires en le pointant du doigt. Il dit qu’on veut aller sur le pont. Bien, vous, M. le Premier Ministre, vous nous menez à la catastrophe avec votre climatopassivité ! » Le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, s’est ensuite empressé de rappeler tous les élus à l’ordre avant de mettre fin à la période des questions.