Jolin-Barrette promet des mesures «costaudes» pour protéger le français

Simon Jolin-Barrette a hérité du dossier de la langue française le 4 septembre dernier.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Simon Jolin-Barrette a hérité du dossier de la langue française le 4 septembre dernier.

Simon Jolin-Barrette a promis des mesures « costaudes », mardi, afin de protéger et faire rayonner la langue française.

Il répliquait ainsi au député Joël Arseneau, du Parti québécois (PQ), qui l’exhortait à déposer rapidement un plan d’action sur la langue française. Après plus d’un an au pouvoir, le gouvernement Legault ne s’est toujours pas engagé à rouvrir la loi 101, a souligné l’élu péquiste.

Au député Arseneau, qui lui a lancé en Chambre : « À quand les actions ? […] On n’a rien à se mettre sous la dent ! », M. Jolin-Barrette a répondu : « Le dîner n’est pas encore servi, mais il sera servi très bientôt et il y aura de la nourriture pour en manger énormément ».

La veille, M. Arseneau avait relevé le recul du ministre sur l’enjeu du « Bonjour-Hi ». Simon Jolin-Barrette avait dû corriger le tir, après avoir suggéré une interdiction du « Bonjour-Hi » dans les commerces pour faire en sorte que le français soit la seule langue d’accueil.

M. Jolin-Barrette a hérité du dossier de la langue française le 4 septembre dernier, lorsque le premier ministre François Legault a choisi de retirer ces responsabilités des mains de la ministre de la Culture, Nathalie Roy.

Cette valse-hésitation du gouvernement Legault traduit un « malaise évident », selon le PQ, qui est revenu à la charge mardi avec la motion suivante : « Que l’Assemblée nationale affirme que la promotion et la protection de la langue française passent par des modifications aux dispositions de la Charte de la langue française et, ainsi, qu’elle exhorte le gouvernement à déposer un projet de loi en ce sens ». Le gouvernement caquiste a refusé d’en débattre.

« Nous avons demandé aujourd’hui qu’un projet de loi soit déposé pour renforcer la loi 101. À notre grande surprise, le gouvernement a voté contre cette proposition. Pourquoi ce refus d’agir concrètement en faveur du français au Québec ? » a réagi sur Twitter le chef intérimaire du PQ, Pascal Bérubé.

Dans l’opposition, la Coalition avenir Québec (CAQ) trouvait que le gouvernement Marois (2012-2014) allait trop loin, tandis que le gouvernement Couillard (2014-2018) était trop timide. À la demande de son chef, François Legault, la députée d’Iberville, Claire Samson, avait produit en 2016 un document définissant la politique du parti sur la promotion de la langue française et la francisation des immigrants.

Jolin-Barrette ne se sent pas « lié » par le rapport Samson

Mais le mystère autour de l’action éventuelle du gouvernement Legault demeure entier. La CAQ est même en train de renier son propre rapport sur la langue française, estiment M. Arseneau et la porte-parole libérale en matière de langue française, Christine St-Pierre.

Ils ont tous deux noté la volonté du ministre de n’en retenir que « certains éléments ». « Je ne suis pas lié au rapport Samson, mais je vais certainement m’en inspirer », a déclaré vendredi M. Jolin-Barrette, au terme d’une interpellation sur le « renforcement de la loi 101 ».

Dans son rapport, Mme Samson recommandait entre autres d’utiliser en exclusivité le français avec les nouveaux arrivants, d’obliger les immigrants à suivre des cours de français, de créer un poste de commissaire à la langue française, relevant de l’Assemblée nationale, et d’abolir le Conseil supérieur de la langue française, devenu caduc.

La langue d’affichage commercial devait aussi, selon elle, faire l’objet de correctifs au profit du français.

« Il a dit du bout des lèvres qu’il regardait le rapport Samson et qu’il y avait des choses intéressantes, mais il n’a pas dit qu’il l’embrassait à tour de bras, là, il n’a pas dit ça du tout du tout », a souligné Mme St-Pierre.

« C’est la plateforme du gouvernement en matière de langue et ce qu’on a dit du bout des lèvres, c’est que peut-être que certains éléments seraient retenus mais on ne savait pas encore lesquels », s’est pour sa part étonné M. Arseneau.

Selon lui, « le fait d’avoir coalisé un certain nombre de personnes (d’anciens libéraux, péquistes et adéquistes) impose un immobilisme qui est inacceptable ».

Le PQ propose quant à lui :

- d’étendre l’application de la loi 101 aux entreprises de 25 à 49 employés ;

- d’interdire aux entreprises d’exiger la connaissance de l’anglais lors d’une embauche quand ce n’est pas nécessaire à l’emploi ;

- de mettre en vigueur l’article 1 de la loi 104 qui veut que l’État communique uniquement en français avec les personnes morales.