La FAE s’oppose au projet d’abolition des commissions scolaires

Selon le syndicat, le projet de loi 40 «retire le peu de pouvoir» qu’ont les enseignants en matière de pédagogie pour les confier aux conseils d’établissement des écoles.
Photo: Jeff Pachoud Agence France-Presse Selon le syndicat, le projet de loi 40 «retire le peu de pouvoir» qu’ont les enseignants en matière de pédagogie pour les confier aux conseils d’établissement des écoles.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, « attaque de plein fouet la profession enseignante » au moyen du projet de loi abolissant les commissions scolaires, dénonce la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

Selon le syndicat, le projet de loi 40 « retire le peu de pouvoir » qu’ont les enseignants en matière de pédagogie pour les confier aux conseils d’établissement des écoles, où les parents et les représentants de la communauté seront majoritaires. « Les profs sont minoritaires. Donc, une multitude de gens qui n’ont pas mis les pieds dans une classe depuis belle lurette ou, pire, qui n’y ont jamais mis les pieds viendraient dire à des profs comment évaluer et quelles approches pédagogiques, supposément, seraient les plus probantes », a déploré le président de la FAE, Sylvain Mallette, à l’occasion d’une conférence de presse mardi.

Les conseils d’établissement pourront adopter le projet éducatif de leur école, après avoir défini « eux-mêmes » les orientations à prendre pour mieux soutenir la réussite éducative, expliquait le ministre Roberge, après avoir déposé le projet de loi 40 au Parlement la semaine dernière. « Le projet éducatif fixe l’horaire, fixe la grille-matières [et fixe] les arts enseignés au primaire. C’est important », avait-il dit.

Ce faisant, M. Roberge porte un « regard paternaliste, méprisant à l’endroit des profs, comme si les profs étaient incapables par eux-mêmes, ensemble, collectivement, de discuter de ces questions-là », a ajouté M. Mallette tout en montrant du doigt le projet de loi 40.

M. Mallette, qui représente plus de 45 000 enseignants au Québec, craint de voir les théoriciens sociaux constructivistes, qui ont « pris le pouvoir » du ministère de l’Éducation et des commissions scolaires, faire la pluie et le beau temps dans les écoles québécoises. « Depuis 20 ans, ils cherchent littéralement à nous imposer certaines approches pédagogiques », a-t-il dénoncé. Ils ont demandé au ministre caquiste, par médias interposés, de « permet[tre] l’accès à toutes les approches pédagogiques ».

La vice-présidente de la FAE, Nathalie Morel, craint de faire les frais de « l’ingérence [de gestionnaires] dans [ses] pratiques pédagogiques : le choix de [ses] approches, de [ses] instruments d’évaluation, de [son] matériel didactique ». « La lecture du projet de loi 40 m’a profondément choquée et estomaquée. Il contient tout ce dont les profs n’ont pas besoin », a lâché Mme Morel, qui enseigne au primaire depuis plus de 30 ans. « On se serait attendu à beaucoup plus de considération et de respect de la part d’un ex-collègue devenu ministre », a-t-elle poursuivi.

D’autre part, la FAE se désole de voir M. Roberge légiférer afin de créer des « obligations de formation continue » aux enseignants assorties « de modes de contrôle, de supervision ou d’évaluation » ainsi que de « sanctions ». « [Le ministre] laisse donc l’impression que les profs ne se forment pas ou sont mal formés, c’est faux. […] Cette proposition-là du ministre, en plus d’être méprisante à l’endroit du personnel enseignant, ne répond pas aux difficultés qui ont été déterminées depuis plusieurs années par les enseignantes et les enseignants », a insisté M. Mallette à la presse.

Le regroupement syndical demande au ministre caquiste de modifier de « fond en comble » le projet de loi 40 par lequel « le ministre s’approprie des pouvoirs comme jamais ».

« Sors de ce corps Gaétan Barrette. C’est hallucinant », a lancé M. Mallette.

Il a mis en garde mardi M. Roberge contre l’ivresse du pouvoir. « Le pouvoir, ça nourrit l’arrogance. Et puis l’arrogance, c’est ce qui perd les gouvernements », a-t-il dit, non sans rappeler le sort réservé aux réformes mises en branle par ses prédécesseurs. « Toutes les réformes, au Québec, en éducation ont échoué. Pourquoi ? […] Elles ont échoué parce qu’on n’a pas écouté les profs. »

Enfin, la FAE n’arrive pas à croire que l’abolition des élections scolaires et des postes de commissaires scolaires et de présidents de commission scolaire entraînera des économies de dizaines de millions de dollars qui permettront d’embaucher 160 professionnels supplémentaires ― ou encore d’ajouter une heure de services professionnels de plus par semaine par établissement, a mentionné M. Mallette.