Les chauffeurs de taxi de nouveau à couteaux tirés avec le gouvernement

Le projet pilote avec Uber se termine lundi et le gouvernement veut faire adopter son projet de loi sur le taxi avant cette échéance.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le projet pilote avec Uber se termine lundi et le gouvernement veut faire adopter son projet de loi sur le taxi avant cette échéance.

Le temps presse pour l’adoption du projet de loi sur les taxis, à un point tel que le premier ministre François Legault n’écarte pas la possibilité d’utiliser le bâillon pour passer au vote avant la fin du projet-pilote avec Uber lundi.

« On souhaite l’adopter avec la collaboration de l’opposition, a-t-il répondu mardi à la question d’un journaliste sur l’usage de cette mesure d’exception. Ils peuvent toujours voter contre le projet de loi, mais je pense que, quand ça fait 70 heures qu’on débat d’un projet en commission parlementaire, M. Barrette a dit ce qu’il avait à dire. »

Il faisait référence au porte-parole libéral en matière de transports, Gaétan Barrette, qui a été jusqu’à maintenant très critique du projet de loi 17 en commission parlementaire.

Au moment où ces lignes étaient écrites, l’étude détaillée devait se poursuivre jusqu’en soirée. Les députés en commission débattaient de l’article 149, alors que le projet de loi en compte 275. Or, les travaux se sont tout de même accélérés depuis la veille.

M. Legault a rappelé que le gouvernement tomberait « dans un vide juridique » après la fin du projet-pilote, qui ne peut pas être renouvelé une fois de plus.

Les taxis régionaux ont accusé mardi le gouvernement Legault et Taxelco de « collusion », avant de se rétracter quelques heures plus tard, tout en laissant planer la menace d’une grève générale illimitée.

« Dans le cadre de l’entente de principe, ce n’est pas Uber la menace, mais Taxelco », a affirmé le porte-parole de l’Association des taxis des régions du Québec (ATRQ), Serge Lebreux, en conférence de presse mardi. Cette association dit représenter 80 % des propriétaires de permis de taxi dans la province.

Elle reproche au ministre des Transports, François Bonnardel, d’avoir renié une entente de principe conclue avec eux il y a quelques jours pour favoriser Taxelco, l’entreprise achetée par Pierre Karl Péladeau au printemps dernier. Les taxis régionaux croient que le ministre a fini par céder aux pressions de l’entreprise, qui rejetterait la demande de quota pour limiter le nombre de voitures de taxi dans les rues dans le but d’utiliser ses 200 véhicules électriques.

« S’il met ça sur le chemin, automatiquement ça baisse le revenu collectif des autres », a fait valoir le conseiller principal de l’ATRQ et ex-ministre des Transports, Guy Chevrette.

François Bonnardel a rapidement balayé ces allégations du revers de la main. « Il faut arrêter les théories du complot », a-t-il affirmé. Il a offert une tout autre explication pour ne pas avoir acquiescé à l’ensemble des demandes de l’ATRQ. « C’est fort simple : il n’y a pas de consensus dans l’industrie du taxi », a-t-il expliqué, en précisant que l’association n’avait pas réussi à rallier les principaux acteurs montréalais.

Le ministre Bonnardel a annoncé lundi qu’il devançait le paiement de l’indemnisation aux propriétaires de permis de taxis pour compenser leur perte de valeur. Ceux-ci se partageront 814 millions, en incluant l’argent déjà versé par les libéraux en 2018, alors qu’ils évaluaient la valeur de leurs permis à 1,4 milliard.

M. Bonnardel prévoit également la création d’une table nationale de concertation. L’ATRQ demande que cette table de concertation se penche sur les points en litige. Elle veut une meilleure compensation financière pour ses membres et des mécanismes de protection du marché, comme la délimitation de territoires de desserte et des quotas sur le nombre de voitures.